Table des Matières
I. L’actualité
des recherches de la communauté PCMI
Auteurs Institut Titre
1 Francois Aguillon LCAM, Orsay Etude théorique de
la formation de H2 sur les grains
2 Patrick Boissé
IAP Structure à petite échelle dans le gaz moléculaire par suivi
temporel de l’étoile HD 34078
3 Caroline Bot Obs. Strasbourg Milieu interstellaire dans le petit nuage de
Magellan
4 Jonathan Braine L3AB Étude
de la formation stellaire
intergalactique
5 Philippe Bréchignac LPPM, Orsay PAHs et nanograins carbonés interstellaires
6 Cecilia Ceccarelli LAOG Evolution physique et chimique des proto-étoiles
7 Thierry Chiavassa PIIM,
Marseille Réactivité
des glaces interstellaires
8 Françoise Combes LERMA Gaz moléculaire et physique des galaxies
9 Michel Costes LPCM, Bordeaux Réactivité à basse énergie cinétique et
température
10 Patrick Crozet
LASIM, Lyon Spectroscopie d’hydrures et d’halogénures métalliques
11 Marie-Lise Dubernet LERMA Bases de données sur les excitations collisionnelles et
Observatoires Virtuels
12 Anne Dutrey
L3AB Chimie des disques
proto-planétaires
13 Yves Ellinger Museum Etudes théoriques de la physico-chimie de la matière
interstellaire
14 Edith Falgarone LERMA/ENS Structure à petite échelle des nuages
moléculaires
15 Nicole Feautrier LERMA Photo-dissociation
de SiO et réaction Si+O2
16 Stéphan Fauve
ENS PARIS Transport du champ magnétique par la turbulence
17 Dolores Gauyacq LPPM, Orsay Photo-dynamique des petits hydrocarbures
18 Robert Georges PALMS, Rennes Spectroscopie du méthane à très haute
température
19 Maryvonne Gerin LERMA Emission sub-mm CI
et CO de galaxies proches
20 Mohammad Heydari LERMA Formation et évolution des étoiles massives des nuages de
Magellan
21 Christine Joblin
CESR L’expérience
PIRENEA
22 Anthony Jones
IAS Poussières et
structure du milieu interstellaire
23 Azzedine Lakhlifi Obs.
Besançon Spectroscopie
et réactivité de molécules à la surface d’agrégats
24 Jean-Louis Lemaire LERMA/Cergy Formation de H2 dans le milieu
interstellaire
25 Hughes Leroux LSPL, Lille Silicates
des environnements circumstellaires au milieu interstellaire
26 Ronald McCaroll LCPMR, Paris VI Photochimie de CH+ dans l’espace
interstellaire
27 Claude Meny CESR Propriétés
optiques des grains interstellaires : mécanismes d’émission à basse
température
28 Brian Mitchell
PALMS, Rennes Absorption
X et nano-particules de carbone
29 François Pajot IAS Spectro-imageurs
submm FIBRE/CSO et SAFIRE/SOFIA
30 Thierry Passot
OCA Turbulence dans le
milieu interstellaire
31 Cécile Reynaud SPAM, CEA Expérience SONATE : source de
nanograins triés en taille
32 Daniel Rouan
DESPA Observations
IR à haute résolution angulaire
33 Evelyne Roueff LUTH Molécules dans
l’univers et modélisation du milieu interstellaire
34 Bertrand Rowe PALMS, Rennes Collisions en phase gazeuse à très basse
température
35 Thierry Stoecklin LPCM, Bordeaux Dynamique inélastique ultra-froide
36 A. Suzor-Weiner Paris VI Recombinaison dissociative d’ions moléculaires
37 Pierre Valiron LAOG Surfaces de potentiels et collisions pour l’astrophysique
38 Michel Vervloet LPPM, Orsay Spectroscopie térahertz de laboratoire
pour Herschel
39 Adam Walters
CESR Préparation
spectroscopique pour Herschel et ALMA
40 Georges Wlodarczak PhLAM,
Lille Spectroscopie
térahertz : préparation de la mission Herschel
41 Louis d’Hendecourt IAS,
Orsay Astrochimie Expérimentale
III. Publications
I. L’actualité des recherches de la communauté PCMI
La
plupart des équipes financées par PCMI au
cours des années 2001 à 2003 ont contribué à ce document en rédigeant un bref
rapport de leur activité. Ces rapports donnent un panorama de la diversité des
recherches financées par le Programme. Nous résumons ici les principales questions et résultats avec le souci de donner une vue d’ensemble de
l ‘activité soutenue par PCMI, de la situer dans le contexte astrophysique
et aussi d’illustrer la pertinence de l’approche pluridisciplinaire, expérimentale et théorique, dans
l’interprétation des observations de la matière interstellaire.
Composition de la matière interstellaire
L’étude
de la composition de la matière interstellaire à travers la spectroscopie
continue d’être un thème majeur du programme.
L’interprétation des données astrophysique repose sur la comparaison des
données astrophysiques avec des mesures de laboratoire orientées par notre
compréhension des processus physico-chimiques interstellaires. Les progrès les plus récents porte sur les
grains et les glaces mais de nouvelles expériences sur les molécules sont engagées au PhLAM à Lille et au LPPM à Orsay dans la
perspective de l’ouverture du domaine
sub-mm avec Herschel.
ISO
a donné une vive impulsion à l'étude de la poussière interstellaire. Les
observations spectroscopiques se poursuivent aujourd’hui avec le satellite
Spitzer et au sol dans l’infrarouge avec ISAAC et VISIR au VLT et MIDI sur le VLTI. Les données
ISO ont établi une classification minéralogique des silicates cristallins
produits dans les enveloppes des étoiles. Les expériences de synthèse
d’analogues de silicates interstellaires en phase gazeuse, opérationnelles à
l’IAS et au CRPG de Nancy, ouvrent de
nombreuses perspectives. La modélisation
de la courbe d’extinction montre que leur structure cristalline est détruite
dans l’espace interstellaire. Des expériences en laboratoire suggèrent que cette évolution résulte de l’irradiation
des grains par le rayonnement cosmique. Les expériences de recuits
d’échantillons irradiés montrent la formation de billes métalliques à l’image
des grains dits GEMS (glass embedded with metal and sulfides) que l’on trouve
dans les poussières du système solaire (rapport Leroux).
PCMI
a également financé plusieurs expériences de synthèse et de caractérisation de
nano-particules carbonés dans le but de l’identification de la nature des PAHs
interstellaires. L’expérience SONATE engagée au CEA a pour objectif la synthèse
d’agrégats de carbone nano-métriques en quantité
suffisante pour faire des mesures spectroscopiques IR qui pourront être confrontés
aux bandes d’émission interstellaires
(rapport Reynaud). L’expérience de spectroscopie sur les molécules PAHs
au LPPM s’oriente également vers des agrégats synthétisés au sein de
l’expérience. Une remarquable reproduction des bandes d’absorption IR associées
à la matière carbonée vient d’être obtenu à l’IAS avec le produit de
l’irradiation UV d’une glace de CH4. Le lien entre la matière
carbonée vue en absorption et les PAHs interstellaires vus en émission reste
encore à être élucidé.
Les
observations ISO ont permis d’identifier les principaux constituants des glaces
moléculaires observées dans les condensations proto-stellaires. Cette recherche
s’est poursuivie avec une plus grande sensibilité avec ISAAC au VLT. Une confrontation fine des données
astrophysiques avec les études de laboratoire (rapport d’Hendecourt) a permis
l’identification de complexes moléculaires entre CH3OH et H2O
et NH3 et H2O. L’expérience de l’IAS intégrera bientôt un
spectromètre de masse qui permettra de détecter des produits trop peu abondants
de la photo-chimie des glaces pour être identifiés par spectroscopie. Ces
mesures devraient contribuer à l’interprétation des observations
spectroscopiques du gaz près des jeunes étoiles où l’on observe une riche
chimie nourrie par l’évaporation des glaces sous l’effet du rayonnement ou d’un
choc.
Chimie gaz/grains
Plusieurs
projets PCMI contribuent à donner un nouvel éclairage sur l’étape initial de la
chimie interstellaire : la formation de H2. L’expérience
FORMOLISM qui reproduit au laboratoire
le processus de formation à la surface des grains vient de donner ses
premiers résultats (Rapport Lemaire). Le but premier de cette expérience est
d’étudier l’excitation de H2 à sa formation, un problème qui est
aussi abordé de manière théorique. La modélisation des observations FUSE et ISO
a permis de montrer que la formation de H2 opère à un taux
approximativement constant pour une large gamme de températures des grains et
des gaz. Ce résultat suggère l’existence de voies distinctes de formation
mettant en jeu des atomes d’hydrogène physisorbés et chimisorbés.
La
spectroscopie infrarouge des PAHs et de
molécules carbonées montre l’existence d’une riche photochimie du carbone
dans les enveloppes circumstellaires des étoiles carbonées et aussi à la
surface des nuages pénétrés par l’UV (régions de photodissociation). La
relation entre les PAHs et les petits d’hydrocarbures identifiés par
spectroscopie rotationnelle et/ou ro-vibrationnelle et plus généralement la
place des PAHs dans la chimie interstellaire sont à élucider. C’est un objectif
majeur de l’expérience PIRENEA au CESR.
La
détection avec ISO et FUSE d’hydrogène moléculaire chaud loin d’étoiles et donc
ne pouvant être expliqué par un chauffage radiatif du gaz ou par pompage
suggère l’existence dans le milieu diffus de poches de gaz moléculaire
chauffé par dissipation de l’énergie
turbulente. Les conséquences de ce résultat
sur la chimie interstellaire n’ont été encore qu’à peine explorées. Il
pourrait ouvrir une nouvelle piste pour identifier les porteurs des bandes
diffuses.
Chimie en phase gazeuse à basse
température
Le
programme PCMI a joué un rôle majeur dans la mise en œuvre d’expériences de
cinétique à basse température et/ou à basse énergie. Si la contribution
financière elle-même à ces expériences lourdes ne représentent pas qu’une
fraction des besoins, le rôle d’expertise et de soutien du PN PCMI a été
déterminant. On peut citer dans ce contexte les expériences CRESU à Rennes,
sous l’impulsion de B. Rowe ainsi que les expériences de jet à Bordeaux
engagées sous la responsabilité de M. Costes. Le groupe de Rennes abrite une
nouvelle expérience CRESU grâce au déménagement de l’équipement de Birmingham
et l’arrivée du professeur I. Sims. L’avenir des études de cinétique en phase
gazeuse est prometteur et de nouveaux défis sont attendus : on peut citer
la mesure des rapports de branchement des produits de réaction sur certaines
réactions clés qui constituent une des incertitudes majeures des modèles. Par
ailleurs, il faut mentionner le couplage de ces études avec les aspects
théoriques mettant en jeu tant les calculs de surface de potentiel que les
aspects dynamiques. Il faut saluer à cet égard le débat (international)
engendré entre les expérimentateurs et les théoriciens par les mesures de la
constante de vitesse de la recombinaison dissociative de l’ion H3+.
Les équipes de Rennes et d’Orsay ont joué leur partition dans ces échanges.
Cette réaction est critique pour la modélisation du milieu interstellaire car
elle pilote l’ionisation du milieu via
les ions moléculaires.
Modélisation
L’interprétation
des observations spectroscopiques du gaz s’appuie le plus souvent sur des
modèles intégrant la chimie y compris les échanges gaz/grains, le transfert de rayonnement
et les processus de chauffage et refroidissement du gaz. La communauté
française a une compétence reconnue sur la modélisation des régions de
photodissociation et des chocs. La
confrontation de ces modèles avec les observations a permis de quantifier
empiriquement des processus physico-chimiques clés (e.g. chauffage du gaz par
l’effet photoélectrique sur les grains, taux de formation de H2).
Ces études sont menées en relation étroite avec les différentes équipes de
physiciens et chimistes impliqués dans les études de réactivité et de
mécanismes photochimiques et/ou d’excitation collisionnelle. Les efforts de
mise en ligne des codes devraient être poursuivis afin de permettre aux
observateurs de tester eux-mêmes leurs scénarii
Structure du MIS, turbulence et
formation d’étoiles
Les observations de la matière interstellaire révèlent
dans un nombre grandissant d’environnements des écarts aux prédictions de
modèles basés sur des hypothèses d'équilibre (e.g. équilibre thermique du
milieu diffus) ou de stationnarité (e.g. rapport ortho/para de H2
dans les régions de photodissociation, excitation de H2 dans les
chocs) . Les modélisations dépendantes du temps et les
simulations numériques prennent donc une place grandissante dans notre domaine
de recherche. Les simulations numériques permettent de quantifier l’impact de
la dynamique du gaz interstellaire sur
sa structuration, son évolution physico-chimique et la formation des étoiles.
Des chercheurs français ont obtenu des résultats originaux sur plusieurs
sujets : le couplage entre turbulence et instabilité thermique dans le
milieu diffus, entre effondrement gravitationnel et évolution physico-chimique
dans les condensations proto-stellaires et entre dynamique et physico-chimie
dans les chocs magnétisés autour des jeunes étoiles. Dans chacun de ces cas,
l’approche numérique renouvelle
l'interprétation des observations et notre compréhension des questions
astrophysiques sous-jacentes.
En
ce qui concerne le lien entre la turbulence, le champ magnétique et la formation d’étoiles, deux paradigmes
s'affrontent. L'un prédit que les filaments denses dans lesquels se forment les
étoiles sont dus aux chocs inhérents à la nature supersonique, voire
super-Alfvénique, de la turbulence, et que ces chocs sont si puissants qu'ils
forment d'emblée des structures assez denses pour être instables
gravitationnellement. L'autre prédit que la matière, parce qu'elle est
légèrement ionisée, n'échappe que lentement au soutien que lui procure le champ
magnétique, s'effondrant seulement une fois
séparée de ses ions, sous l'effet de sa propre gravité. Ces deux
scénarios, on le comprend, prédisent des évolutions temporelles, donc des taux de formation d'étoiles,
extrêmement différents et à ce jour les débats sur le sujet continuent d'être
vifs (rapport Falgarone). Le programme a sur ce sujet contribué au financement
d’un projet expérimental pour étudier le transport de champ magnétique par la
turbulence (rapport Fauve).
Nouvelles perspectives:
Les
observations astrophysiques ont ouvert plusieurs nouveaux champs de recherche à
la communauté PCMI.
Chimie des protoétoiles et des disques
proto-planétaires :
Un
nombre grandissant d’observations réalisées avec les télescopes mm en
particulier l’interféromètre de l’IRAM ainsi que le VLT, le VLTI et Spitzer dans l’infrarouge
explorent la chimie de la matière dans les protoétoiles et les disques
proto-planétaires. Un résultat saillant de ces recherches est la découverte de
molécules multi-deutérées dans les condensations proto-stellaires impliquant un fractionnement exceptionnel.
Les limites sur l’abondance de HDO relatif à H2O (<10-4)
dans les glaces montrent que le
fractionnement ne résulte pas d’une formation préférentielle de molécules
deutérées à la surface des grains mais de l’impact de la condensation de
molécules sous forme de glace, en particulier CO, sur la chimie du gaz
résiduel. La recherche de molécules pre-biotiques est une autre perspective de
ces recherches. La découverte de NH3 sous forme d’un complexe
moléculaire avec l’eau (la principale
bande de vibration de l’ammoniac vers 9 micron est cachée par la bande des
silicates) montre que les éléments nécessaires sont présents. Les expériences
réalisées au Lure démontrent la production d’acides aminés par irradiation de
glaces de composition interstellaire avec une possible légère différence
chirale induite par la polarisation du rayonnement (expérience Chiral-Micmoc).
Les observations de molécules dans les disques avec l’interféromètre de l’IRAM
ont d’abord mis en évidence la rotation képlérienne. Elles permettent
maintenant de caractériser les
conditions physiques et d’explorer
la chimie du gaz. L’impact de la croissance des grains sur la photodissociation
est suggéré par la modélisation de l’émission de CO et 13CO (rapport Dutrey).
Emission
Galactique micro-onde dans les données sur le fond cosmologique. Séparation des
composantes
Les
observations du fond cosmologique ont mis en évidence un excès d’émission
Galactique par rapport aux composantes
attendues : émission free-free, synchrotron et des grains.
S’agit-il d’une émission dipolaire rotationnelle des nano-particules carbonées
ou d’une mauvaise estimation des autres sources d’émission ? Cette
question illustre un nouveau champ de recherche ouvert par le problème de la séparation des composantes
cosmologiques et galactiques dans les projets d’étude du fond cosmologique
micro-onde. C’est un champ grandissant de recherches stimulées par le
développement d’instruments de grande sensibilité, en particulier dans le domaine sub-millimétrique les
résultats des projets ballons ARCHEOPS et BOOMERANG, à plus grande longueur
d’onde le satellite WMAP et la préparation scientifique de Planck.
Polarisation
et champ magnétique
La
mesure de la polarisation de l'émission thermique de la poussière dans le
milieu diffus avec ARCHEOPS ouvre une nouvelle perspective sur la nature des grains. Quels grains s’alignent avec le
champ magnétique ? Quels sont les mécanismes d’alignement et où sont ils
effectifs? C’est aussi la possibilité de d’explorer la structure du champ
magnétique interstellaire en relation avec celle de la matière interstellaire.
Le développement d’instruments sols permettant la mesure de la polarisation de
l’émission des grains et Planck devraient donner une vive impulsion à ce sujet.
Galaxies infrarouge et matière interstellaire à grand z:
Avec la détection de galaxies à grand z aux
longueurs d’onde sub-mm, l'étude de la matière interstellaire est projetée dans le contexte de l’évolution des galaxies
où il est important de comprendre
l'impact de l’histoire de la formation stellaire et de l'abondance des éléments
lourds sur la formation de nuages moléculaires, le rapport gaz/poussière, la
nature et les propriétés des grains. La détection d’importantes masses de
poussières dans des quasars à grand z suggère une nucléation efficace des poussières dans
les éjecta de supernovae suivie par la
condensation des éléments lourds dans les nuages moléculaires sur les sites de
nucléation. Donc la possibilité de produire une matière interstellaire riche en
poussières avant même la contribution des étoiles AGB. Avec les premiers
résultats Spitzer et aussi des observations dans le visible on retrouve dans
les spectres de galaxies lointaines les signatures spectroscopiques de la
matière solide Galactique (bosse à 220 nm, bandes d’absorption et d’émission de
la matière carbonée, bandes des glaces). Les bandes PAHs sont utilisées comme
diagnostics spectroscopiques pour distinguer les galaxies à flambées d’étoiles
des noyaux actifs et interviennent dans la modélisation des comptages. Ces
résultats illustrent les nouvelles perspectives ouvertes dans le domaine
extragalactique.
Liste des
Rapports
Auteurs Institut Titre
1 Francois Aguillon LCAM, Orsay Etude théorique de la formation de H2 sur
les grains
2 Patrick Boissé IAP Structure à petite échelle
dans le gaz moléculaire par suivi temporel de l’étoile HD 34078
3 Caroline Bot Obs.
Strasbourg Milieu
interstellaire dans le petit nuage de Magellan
4 Jonathan Braine L3AB Étude de la
formation stellaire intergalactique
5 Philippe Bréchignac LPPM,
Orsay PAHs et nanograins
carbonés interstellaires
6 Cecilia Ceccarelli LAOG Evolution
physique et chimique des proto-étoiles
7 Thierry Chiavassa PIIM, Marseille Réactivité des glaces interstellaires
8 Françoise Combes LERMA Gaz
moléculaire et physique des galaxies
9 Michel Costes LPCM, Bordeaux Réactivité à basse énergie
cinétique et température
10 Patrick Crozet LASIM, Lyon Spectroscopie d’hydrures et d’halogénures
métalliques
11 Marie-Lise Dubernet LERMA Bases de
données sur les excitations collisionnelles et Observatoires Virtuels
12 Anne Dutrey L3AB Chimie des disques
proto-planétaires
13 Yves Ellinger Museum Etudes
théoriques de la physico-chimie de la matière interstellaire
14 Edith Falgarone LERMA/ENS Structure à petite échelle des nuages
moléculaires
15 Nicole Feautrier LERMA Photo-dissociation de SiO et réaction Si+O2
16 Stéphan Fauve ENS PARIS Transport du champ magnétique par la
turbulence
17 Dolores Gauyacq LPPM, Orsay Photo-dynamique des petits hydrocarbures
18 Robert Georges PALMS, Rennes Spectroscopie du méthane à très haute
température
19 Maryvonne Gerin LERMA Emission sub-mm CI et CO de galaxies proches
20 Mohammad Heydari LERMA Formation
et évolution des étoiles massives des nuages de Magellan
21 Christine Joblin CESR L’expérience PIRENEA
22 Anthony Jones IAS Poussières et structure du milieu interstellaire
23 Azzedine Lakhlifi Obs.
Besançon Spectroscopie
et réactivité de molécules à la surface d’agrégats
24 Jean-Louis Lemaire LERMA/Cergy Formation de H2 dans le milieu
interstellaire
25 Hughes Leroux LSPL,
Lille Silicates
des environnements circumstellaires au milieu interstellaire
26 Ronald McCaroll LCPMR, Paris VI Photochimie de CH+ dans l’espace
interstellaire
27 Claude Meny CESR Propriétés
optiques des grains interstellaires : mécanismes d’émission à basse
température
28 Brian Mitchell PALMS, Rennes Absorption X et
nano-particules de carbone
29 François Pajot IAS Spectro-imageurs submm FIBRE/CSO et SAFIRE/SOFIA
30 Thierry Passot OCA Turbulence dans le milieu
interstellaire
31 Cécile Reynaud SPAM, CEA Expérience SONATE : source de
nanograins triés en taille
32 Daniel Rouan DESPA Observations IR à haute résolution angulaire
33 Evelyne Roueff LUTH Molécules
dans l’univers et modélisation du milieu interstellaire
34 Bertrand Rowe PALMS, Rennes Collisions en phase gazeuse à très basse
température
35 Thierry Stoecklin LPCM, Bordeaux Dynamique inélastique ultra-froide
36 A. Suzor-Weiner Paris VI Recombinaison dissociative
d’ions moléculaires
37 Pierre Valiron LAOG Surfaces
de potentiels et collisions pour l’astrophysique
38 Michel Vervloet LPPM, Orsay Spectroscopie térahertz de laboratoire
pour Herschel
39 Adam Walters CESR Préparation spectroscopique
pour Herschel et ALMA
40 Georges Wlodarczak PhLAM,
Lille Spectroscopie
térahertz : préparation de la mission Herschel
41 Louis d’Hendecourt IAS,
Orsay Astrochimie Expérimentale
1. Etude théorique de la formation de H2
sur des grains
F. Aguillon, S. Morisset, M. Sizun,
V. Sidis
Laboratoire des Collisions
Atomiques et Moléculaires
Unité mixte de recherche
Université Paris Sud / CNRS UMR 8625
Fédération de Recherche
"Lumière Matière" FR2764
Bât 351, Université Paris
Sud, 91405 Orsay
Nous
nous intéressons au problème la formation de H2 dans le milieu
interstellaire (MIS), catalysée par des grains dans les nuages froids. Notre
approche de collisionnistes consiste à déterminer dans un premier temps les
interactions entre hydrogène et grain, puis dans un second temps à mener les
calculs de dynamique décrivant la réaction. Sur ce second aspect, deux
mécanismes principaux ont été depuis longtemps définis : le mécanisme
direct, dit Eley-Rideal (ER), décrit la réaction entre un hydrogène adsorbé et
un hydrogène de la phase gaz ; le mécanisme indirect, dit
Langmuir-Hinshewold (LH) fait intervenir la migration des deux atomes H sur la
surface, qui désorbent au cours de la réaction
Les
signatures infrarouges des grains[1,2]
révèlent l’existence de liaisons de type graphitique. Aussi décrivons-nous le
grain comme une surface (0001) de graphite. Aux énergies d'intérêt
astrophysique, une description très précise des interactions semble nécessaire.
C'est pourquoi notre groupe a entrepris en 1997 un calcul au niveau DFT de
l’interaction H-H-coronène[3-5],
l’idée étant de modéliser la surface de graphite par le petit PAH qu'est le
coronène (C24H12) afin de pouvoir mener des calculs ab
initio de haute précision. Le principal résultat est que la
chimisorption induit une sensible reconstruction de la surface, entraînant la
formation de puits de chimisorption assez profonds (440meV) et localisés
juste au-dessus d'un atome de carbone. Ceci est en fort contraste la
physisorption, laissant la surface inchangée, et conduisant à des puits bien plus
faibles (quelques meV), indépendants de la position de l'atome d'hydrogène sur
la surface. Ainsi, si l'hydrogène est chimisorbé
sur le grain, le mécanisme ER est le seul envisageable car la migration n'est
guère possible ; au rebours, si l'hydrogène est physisorbé sur le
grain, il migrera facilement et le mécanisme LH sera fortement favorisé.
Le mécanisme ER a suscité un grand nombre de travaux
théoriques, dont certains[6,7]
très voisins de notre approche. Notre contribution propre a consisté d'une part
à pousser les calculs du mécanisme ER jusqu'aux très basses températures
d'intérêt astrophysique, avec une gamme d'énergie s'étendant de 0,3meV à
500meV, ce qui a nécessité des développements méthodologiques pour mener le
calcul de paquet d'onde.[8,9] D'autre part, nous avons étudié
l'influence de la reconstruction de la surface qui intervient pendant et après
la réaction.[10] Les résultats que nous avons établis sont (1) que
la réaction produit de l'hydrogène très excité vibrationnellement et (2) que la
probabilité de réaction, même si elle est augmentée par la prise en compte de
la relaxation de la surface, tend à chuter aux basses températures régnant dans
le MIS.
C'est
pourquoi nous avons aussi entrepris une étude quantique de la dynamique du
mécanisme LH,[11,12] en
supposant que les 2 atomes H étaient initialement physisorbés. Les surfaces de
potentiels obtenues par la méthode DFT n'ont pas le degré de précision voulu
pour décrire correctement la physisorption. Aussi avons nous modélisé les
interactions à longue portée par des potentiels de paire établis à partir de
données expérimentales,[13]
en supposant la surface du grain plane et rigide. Ceci nous a permis de
mener un calcul quantique dans toute sa dimensionnalité, en prenant en compte
quantiquement les 4 degrés de liberté non triviaux du système. Le principal
résultat est que (1) l'énergie libérée par la réaction se retrouve
essentiellement dans la vibration, et beaucoup moins dans la rotation ou dans
le chauffage du grain ; (2) la réaction est très efficace jusqu'aux très
basses température, avec une section efficace (qui pour une réaction sur une
surface est homogène à une longueur) valant autour de 4 unités atomiques.
Références
[1] J.S. Mathis, W. Rumpl
et K.~. Nordsiek, ApJ 217, 425 (1977)
[2] F.X. Désert, F.
Boulanger et J.L. Puget, A&A 237, 215 (1990)
[3] V. Sidis et
L. Jeloaica, 7th Int. Conf. on the applications of the Density Functional
Theory in Chemistry and Physics (Vienne, Autriche, Sept.1997)
[4] L. Jeloaica et V.
Sidis, Chem. Phys. Lett. 300, 157 (1999).
[5] V. Sidis, L. Jeloaica,
A. G. Borisov et S. A. Deutscher dans : Molecular Hydrogen in Space
(eds. F. Combes et G. Pineau des Forêts, Cambridge University Press) 2001.
[6] A. J. Farebrother, A. J. M. H. Meyer,
D. C. Clary et A. J. Fisher, Chem. Phys. Lett. 319, 303 (2000). A.J.H.M. Meijer, A.J.
[7] X. Sha,
B. Jackson, and D. Lemoine, J. Chem. Phys 116, 7158 (2002).
[8] S. Morisset, F.
Aguillon, M. Sizun, V.Sidis, PCCP 5, 50- 506 (2003).
[9] S. Morisset, F. Aguillon, M. Sizun,
and V. Sidis, Chem. Phys. Lett. 378, 615 (2003).
[10] S. Morisset, F.
Aguillon, M. Sizun, V.Sidis, article accepté à J. Phys. Chem.
[11] S. Morisset, F.
Aguillon, M. Sizun, V.Sidis, article accepté à J. Chem. Phys.
[12] S. Morisset, F.
Aguillon, M. Sizun, V.Sidis, article en préparation.
[13] E. Ghio, L. Mattera,
C. Salvo, F. Tommasini, U. Valbusa, J. Chem. Phys. 73, 556 (1980).
P. Boissé, B-G Andersson, S.
Federman, P. Felenbok, G. des Forêts, M. Gerin, C. Gry, P. Hily-Blant, J.
Krelowski, F. Le Petit, L. Pagani, E. Rollinde, E. Roueff
Afin d’étudier la structure à
petite échelle au sein de nuages moléculaires translucides, nous avons
entrepris depuis fin 1999 un suivi temporel des raies d’absorption de (entre autres)
CH, CH+ (observations effectuées à l’OHP) et H2 (FUSE) dans le
spectre de l’étoile éteinte HD34078 (AE Aur). Cette étoile « runaway » possède
une vitesse transverse de 103 km/s ce qui nous permet de sonder dans le gaz
situé en avant-plan, des échelles allant de 1 UA à quelques 100 UA (grâce aux
données historiques disponibles). Les spectres visible (collaboration avec S.
Federman et J. Krelowski) ont permis de mettre en évidence une augmentation de
20% de N(CH) durant ces dix dernières années alors que N(CH+) est resté stable
(Rollinde et al. 2003 : A&A 401, 215; astro-ph /0301474). Les mesures les
plus récentes semblent indiquer que N(CH) est maintenant dans une phase de
décroissance.
Les sept spectres FUSE acquis
depuis 2000 montrent quant à eux que N(H2) n’a pas varié de plus de
5% ; il ne semble donc pas y avoir de structure à petite échelle marquée dans
le nuage (Boissé et al. 2004 : A&A in press, astro-ph/0408042).
Cependant, les données FUSE ont révélé une caractéristique tout à fait inattendue
: la présence de H2 très excité (raies de v ≠ 0 et jusqu’à
v=0, J=11 détectées). Un travail important de modélisation a été effectué (basé
sur le modèle de J. Le Bourlot, qui a été adapté pour l’occasion) afin de
comprendre l’origine de cette composante et pour s’assurer que le reste du
nuage dont nous cherchons à sonder la structure n’a pas été perturbé par une
éventuelle interaction avec HD34078. Il apparaît que le gaz fortement excité
est très certainement situé dans un choc en arc entourant HD34078 ; le flux UV
intense qu’il reçoit engendre une PDR chaude, ce qui permet de bien rendre
compte de l’excitation extrème observée.
Des observations CO
effectuées à l’IRAM indiquent que le nuage sondé est étroitement associé à
l’étoile. Cependant, à cause de la grande vitesse de cette dernière,
l’interaction très récente n’a sans doute encore affecté qu’une fraction très
limitée du nuage. S’il en est bien ainsi (travail en cours) HD34078 fournirait
à la fois une occasion unique d’étudier la dynamique de certains processus
interstellaires (par ex. le chauffage du gaz par les grains) et la possibilité
de sonder « in situ » la structure et la composition d’un nuage
translucide standard.
Caroline Bot et Laurent
Cambrésy (Observatoire de Strasbourg et Centre de Données Stellaires)
Collaboration : Francois Boulanger et Guilaine
Lagache (IAS)
Daniel Egret (Observatoire de Paris)
Monica Rubio (Universidad de Chile)
Le
but de ce travail est d'étudier à différentes échelles spatiales les propriétés
de la poussière et du milieu interstellaire d'une Galaxie de faible métallicité
et de fort taux de formation d'étoiles: le Petit Nuage de Magellan (SMC). Ce
projet passe par une étude d'images multi-longueurs d'onde et
multi-résolutions, et se place comme exemple scientifique d'utilisation des
Observatoires Virtuels.
Abondance des poussières dans le gaz
diffus et nuages moléculaires
Le
Petit Nuage de Magellan est une galaxie proche de faible métallicité, de fort
taux de formation d'étoiles malgré une apparente faible proportion de gaz
moléculaire.
Les
observations du gaz et des poussières de cette galaxie permettent d'étudier
l'impact de la métallicité et de l'histoire de la formation d'étoiles sur
l'abondance et les propriétés des poussières. Le SMC constitue un modèle local
de galaxies lointaines non résolues par les observations et nous donne par
rapport à notre galaxie un point de vue externe plus propice à l'étude de
structures à grandes échelles.
Un
travail d'analyse des images multi-longueurs d'ondes de l'émission du gaz et de
la poussière dans la direction du Petit Nuage de Magellan a débuté en 2002 et a
abouti à une publication dans A\&A en 2003. Nous avons comparé les données
ISOPHOT à 170micron avec les cartes IRAS HiRes et H I ATCA/Parkes, hors des
régions de formation d'étoiles. L'analyse de ces observations a permis de
mesurer la température et l'émissivité par atome d'hydrogène des grains dans le
milieu diffus du SMC, et le spectre du milieu diffus a été modélisé. On trouve
que l'émissivité des grains dans le milieu diffus est 30 fois plus faible que
dans le voisinage solaire, alors que la différence en métallicité est seulement de 10. Une plus faible fraction des métaux serait
donc sous forme solide dans le SMC.
Nous
avons étendu cette étude aux poussières dans les nuages moléculaires. Plusieurs
nuages moléculaires ont été détectés à 1mm avec l'instrument bolométrique SIMBA
sur le SEST, ainsi qu'à 150micron par l'instrument ISOPHOT. Ces observations
ont été combinées pour un nuage moléculaire quiescent, SMCB1 \#1, avec les
densités de colonne d'hydrogène déduites de sa masse viriel et de sa taille. La
modélisation du transfert de rayonnement dans ce nuage, combinée avec le modèle
de poussière de Désert et al., nécessite une émissivité des grains similaire a
celle du voisinage solaire.
Si
la métallicité dans les nuages moléculaires est la même que pour le milieu
diffus du SMC (1/10 de celle du voisinage solaire), ce résultat implique une
évolution du rapport gaz sur poussière entre le milieu diffus et les régions
denses. Ce n'est pas surprenant puisque dans le milieu diffus, on s'attend à ce
que les grains soient détruits par les explosions de supernovae. Cette
destruction est compensée entre deux explosions par une accrétion des éléments
lourds d'autant plus rapide que le gaz est dense.
Petits grains
La
modélisation des données, que ce soit dans le milieu diffus ou les nuages moléculaires
nous a permis de déduire les rapports d'abondances entre PAHs, petits et gros
grains. Par rapport à la Galaxie, on trouve une déficience des PAHs et petits
grains relativement aux gros grains (voir figure) dans le milieu diffus, alors
que le rapport PAHs sur gros grains est proche de 1 dans SMCB1#1. La
destruction des grains par les supernovae serait donc plus efficace pour les
petits grains.
Vers une base de données LMC/SMC
L'étude
multi-spectrale du SMC nécessite l'accès et le traitement de données provenant
d'instruments différents, avec des formats hétérogènes et des résolutions
multiples. Afin de poursuivre cette étude, C. Bot a travaillé au Chili début
2004, en collaboration avec Monica Rubio, afin de réunir, d'uniformiser et
structurer les données moléculaires, millimétriques et infrarouges disponibles
sur place. Ces données devraient à terme rentrer dans une base de données
multi-instruments couvrant le LMC et le SMC. La mise en place de cette base de
données complexe permettra de tester le générateur de bases de données SAADA,
développé actuellement à Strasbourg.
Outils d'analyse et Observatoire virtuel
La
préoccupation concernant l'émission étendue ou diffuse dans le cadre des
Observatoires astronomiques Virtuels (VO) est émergeante grâce à notre action
et cette thématique apparait maintenant comme une des priorités dans
l'Observatoire Virtuel. Ce changement
fait suite à deux réunions entre l'équipe du CDS à Strasbourg et des
spécialistes de l'émission diffuse, ainsi qu'à un projet pour la démonstration
AVO. Des spécifications ont été définies pour que l'Observatoire Virtuel
européen puisse gérer l'émission étendue dans les données. En particulier, le
logiciel de visualisation d'images Aladin (prototype officiel de l'Observatoire
Virtuel Européen, développé par le CDS) a subit des améliorations et commence à
être utilisé dans ce cadre grâce à une collaboration de l'équipe IDHA (Images
Distribuées Hétérogènes pour l'Astronomie) de Strasbourg.
4. Étude
de la formation stellaire
intergalactique ; galaxies naines de marée.
Le
milieu intergalactique (MIG) contient des quantités restées longtemps insoupçonnées de matière d'origine purement
galactique. Ainsi, des cartographies radio ont mis en évidence, dans
plusieurs groupes compacts, la présence de nuages de gaz d'hydrogène
atomique situés bien en dehors des
disques stellaires. Leur métallicité élevée traduit une pollution du MIG qui semble
observée même à grand redshift. Des
relevés systématiques de nébuleuses
planétaires ont révélé qu'une fraction non négligeable des populations stellaires, dans les
amas, résident en fait dans le milieu intra-amas. Si les étoiles peuvent mourir dans le milieu
intergalactique, elles peuvent aussi y
naître, comme viennent de le constater plusieurs groupes qui ont mis à jour des régions HII très compactes
entre des galaxies d'amas. Les mécanismes
grâce auxquels les galaxies
perdent de la matière et alimentent
le MIG sont maintenant bien étudiés: processus internes, comme les
supervents associés aux flambés de
formation stellaire ou les jets émanant de noyaux actifs; effets d'environnement comme les collisions
de marée entre galaxies, ou le balayage par pression dynamique exercé par le
gaz chaud intra-amas sur le milieu interstellaire
Les
allocations généreuses de temps de télescope par l'IRAM nous ont permis de
poursuivre notre campagne d'observation, entre les galaxies, du gaz dans sa composante moléculaire (Braine et al., 2000, Nature 403,
867 ; Braine et al. 2001 A&A 378, 51). En juillet 2001, nous avions
cartographié l'émission CO du groupe
compact HCG 92 (``le quintette de
Stephan'') et y découvert des réserves
de gaz moléculaire en grande quantité: l'équivalent du contenu de la Voie Lacté dans le milieu intra-groupe
(Lisenfeld et al., 2002, A&A 394,823). En utilisant l'interféromètre du
Plateau de Bure, nous avons pu montrer que les nuages sont compacts (Lisenfeld
et al., 2004, A&A sous presse, astro-ph/0407473; voir Figure 1) et associés
à des bandes de poussières .
Le financement du PCMI nous a permis de couvrir une partie des frais de mission des
collaborateurs impliqués dans ce projet, en particulier, pour les chercheurs
français, Jonathan Braine (Bordeaux,PI)
et Pierre-Alain Duc (Saclay).

Figure1 :
Gaz moléculaire dans le quintette de
Stephan. Les contours de l'émission CO, obtenue avec l'interféromètre du
Plateau de Bure, sont superposés à une image HST en vraies couleurs d’une queue de marée présente dans ce célèbre groupe compact de galaxies. On trouve dans le milieu
intra-amas une quantité de gaz moléculaire équivalente au contenu total de la
Voie Lactée. D'après Lisenfeld et al., 2004.
Par
ailleurs, nous menons en parallèle des
études sur la cinématique des queues de
marée, ainsi que sur la dynamique interne des naines de marée afin d’y dépister
éventuellement la présence de matière noire (Bournaud, et al., 2004, A&A
sous presse, astro-ph/0406169). Enfin, un travail de simulations numériques et de modélisation de la formation de
structures dans les débris de marée est en cours. Nous avons notamment montré
que les grosses condensations de gaz
présentes à l’extrémité des
queues, de masse supérieure à 109 Msol, se forment par un processus
essentiellement cinématique qui requiert
la présence d’un halo de matière noire étendu (Bournaud et al., 2003, A&A 411, L469 ; Duc et
al., 2004, A&A sous presse, astro-ph/04084524).
5. PAHs et nanograins carbonés
interstellaires
Laboratoire de Photophysique Moléculaire-CNRS
Fédération Lumière Matière
Bâtiment 210, Université Paris-Sud
91405 Orsay Cedex
Participants : Philippe
Bréchignac, PR responsable
projet
Nathalie Boudin, doctorante (Thèse
décembre 2001)
Nguyen Thi Van Oanh, doctorante (Thèse
février 2004)
Stéphane Douin, MC, Pascal Parneix, MC,
Thomas Pino, CR
Collaboration :
Emmanuel Dartois, Louis d’Hendecourt,
François Boulanger IAS Orsay
Au
cours de la période précédente du contrat PCMI, une méthode originale de mesure
des spectres électroniques dans le domaine visible et proche IR de cations PAHs
froids et en phase gazeuse a été développée, qui possède le grand avantage de
pouvoir fournir les forces d’oscillateur. Son exploitation s’est poursuivie
jusqu’à la fin de la thèse de Nathalie Boudin en décembre 2001. Les résultats
expérimentaux obtenus fournissent non seulement une petite base de données (7
transitions de 5 PAHs) mais permettent aussi de reconsidérer le motif spectral
attendu pour une telle transition électronique dans un cation PAH. En effet une
dynamique de relaxation électronique ultrarapide prend place ayant pour effet
l’élargissement lorentzien (durée de vie limitée) des bandes d’absorption et
l’observation presque systématique de bandes larges. Il devient donc hasardeux
de tenter d’attribuer les DIBs de largeur inférieure à 5 cm-1 à des
cations PAHs. Des campagnes d’observation ont donc été menées au TBL (Pic du
Midi) et au T193 de l’OHP visant à détecter la présence de bandes larges dans
les spectres d’étoiles fortement rougies (EB-V » 1). A l’heure actuelle la présence de telles bandes
dans l’absorption d’origine interstellaire a été démontrée, et celle de zones
spectrales très larges auxquelles pourraient contribuer les bandes d’absorption
de divers PAHs est très fortement suggérée par les résultats.
Ce problème a également été examiné du point de vue
inverse. Grâce aux données de laboratoire disponibles (essentiellement à partir
des spectres de photoélectrons de la littérature), les positions des états
électroniques de nombreux cations PAHs sont connues. On peut en déduire les
largeurs spectrales attendues pour chaque transition, en vertu du mécanisme
précédemment reconnu pour la conversion interne intramoléculaire. Ces données
nous ont permis de construire une distribution des états en fonction de
l’énergie, considérée alors comme générique pour cette classe de molécules. A
partir de l’ensemble de ces données nous sommes en train de construire une
section efficace d’absorption « moyenne » pour un ensemble de cations
PAHs. Ceci nous montre que l’absorption dans le proche IR (et même l’IR) au
travers des transitions électroniques n’est pas négligeable. Pour la partie
visible, la congestion spectrale empêcherait la détection individuelle de
nombreux cations PAHs mais leur contribution totale devrait participer à la
forme de l’extinction. De plus ceux qui seraient éventuellement responsables de
DIBs larges apparaissent alors soit comme des « accidents » (grande
force d’oscillateur), soit comme des PAHs particulièrement abondants.
Une
partie de la thèse de Nguyen Thi Van Oanh a été consacrée à la mesure de la
constante de vitesse de déshydrogénation du cation Fluorene en fonction de
l’énergie interne déposée dans le système. Ceci constitue un « cas
test » destiné à tester la validité des méthodes expérimentales et
théoriques que nous avons mises au point, avant de les appliquer à une famille
de PAHs interstellaires. Là encore les méthodes sont originales. Du point de
vue expérimental, le cation PAH formé par photoionisation en faisceau
moléculaire est excité via un processus d’absorption séquentielle de photons
visibles, et les fragments sont analysés par spectrométrie de masse. Une
analyse minutieuse de la compétition entre fragmentation et absorptions
successives est indispensable dans le traitement des données brutes.

D’un
point de vue théorique, l’application rigoureuse de la théorie de l’espace des
phases en prenant en compte l’énergie cinétique libérée et les contraintes sur
le moment angulaire des fragments permet d’obtenir un très bon accord avec les
valeurs expérimentales. Notons que l’obtention de la dépendance en fonction de
l’énergie interne sur près de 4 décades est une prouesse, dont la connaissance
fine est essentielle pour évaluer la stabilité des espèces vis-à-vis de
l’émission radiative.
L’autre
volet de la thèse de Nguyen Thi Van Oanh concerne la spectroscopie infrarouge
des PAHs. L’objectif était de développer une méthode de simulation permettant
de prévoir sans information préalable le spectre d’absorption complet d’un PAH
de taille, structure et état de charge donné, afin de s’affranchir des
limitations inhérentes aux études expérimentales.
Une approche semi-empirique (méthode des liaisons
fortes) a été choisie : elle permet de construire la surface de potentiel
dans l’état électronique fondamental à moindre coût, comparée aux calculs
ab-initio. A partir d’une dynamique mixte classique/quantique sur cette surface
de potentiel, on accède à l’évolution temporelle de la fonction moment
dipolaire. Le spectre infrarouge est obtenu par transformée de Fourier de sa
fonction d’autocorrélation. Nous avons notamment pu prédire ainsi l’évolution
des caractéristiques spectrales en fonction de la température pour des PAHs de
grandes tailles (environ 50 atomes de carbone). Ces études sont motivées par le
fait que, dans le milieu interstellaire, ces molécules sont transitoirement
chauffées suite à l'absorption de photons UV et à la conversion interne
d’énergie électronique en énergie vibrationnelle. La relaxation de ces
molécules s'effectue alors soit par fragmentation, soit par émission IR.
Dans ce dernier cas, il est tout particulièrement
important d'analyser les effets de l'anharmonicité de la surface de potentiel
de l'état électronique fondamental sur les propriétés d'émission de ces
molécules. Plutôt que le calcul direct en préparant le système dans un état
excité donné, une méthode alternative de type statistique, dite du Reversible-Scaling, permet des économies
substantielles en temps de calcul. Dans cette approche, l'effet de température
sur les fréquences vibrationnelles des PAHs est obtenu à partir du calcul de
l’énergie libre en fonction de la température. L'anharmonicité de la surface
peut également être prise en compte à travers un calcul approché de la densité
d'états quantiques anharmoniques.
Une
nouvelle opération de recherche dédiée à l’étude des nanoparticules carbonées
en phase gazeuse a été lancée en 2003, en vue permettant l’extension de nos
activités vers le domaine des tailles intermédiaires entre molécule et
particule solide, qui pourrait renfermer la clé de plusieurs questions
délicates posées par l’observation des poussières interstellaires. Comme
l’essentiel des travaux développés dans l’équipe, ce projet expérimental
s’attache à une description fine, au niveau moléculaire, des molécules et
agrégats interstellaires. Un des objectifs majeurs est la mesure en phase
gazeuse de l’émission dans l’IR moyen d’agrégats hydrocarbonés d’échelle
nanométrique froid, dont la structure sera plus ou moins proche de celle des
PAHs. Ces mesures seront directement comparables aux spectres des AIBs. Le
dispositif permettra de plus de mener des mesures des spectres d’absorption
UV-visible de ces espèces à l’aide des techniques laser que nous maîtisons
(REMPI,…).
Le schéma ci-dessous montre l’ensemble du dispositif
en cours de développement, qui couple un faisceau de nanoparticules froides à
un spectromètre de masse haute résolution (~5000) et à un système de détection
de l’émission IR. Il comprend une enceinte source permettant d’intégrer
différentes sources d’agrégats ou molécules, une chambre de thermalisation pour
le refroidissement des nanograins (~77K), une chambre de détection de
l’émission IR (entièrement refroidie par bain et panneau cryogénique à l’azote
liquide), un spectromètre de masse par temps de vol à haute résolution
(réflectron).
Dans un premier temps une flamme plate de pré-mélange
basse pression a été intégrée dans la partie source car d’autres groupes
spécialisés dans la physico-chimie des combustions ont démontré qu’il est
possible d’en extraire un faisceau moléculaire ensemencé en gros PAHs avec des
concentrations raisonnables. Nous abordons actuellement les phases de tests
pour la partie faisceau de nanoparticules et spectrométrie de masse.
La partie émission IR, dont la conception en cours de
finalisation, comprend un collecteur en forme de miroir ellipsoïdal, un des
jeux de filtres circulaires variables fabriqués pour l’instrument ISOCAM et le
détecteur. Les filtres ont été caractérisés en collaboration avec l’IAS. Les
simulations permettant d’optimiser la forme du miroir sont pratiquement
achevées. Les premiers tests consisteront à mesurer l’émission d’un PAH
standard dans la région de 3 microns.
6. Evolution
physique et chimique des proto-étoiles (GROUPE WAGOS)
Permanents : C. Ceccarelli (LAOG), A. Castets (L3AB), E. Caux (CESR), A. Bacmann (L3AB),
A. Faure (LAOG), B. Lefloch (LAOG), L. Pagani (LERMA), P. Valiron (LAOG)
Etudiants :
(PhD ou Post-Doc) : S. Bottinelli, S. Cazaux, S. Maret, B. Parise, C. Vastel,
V. Wakelam
Le
sujet de recherche commun du groupe WAGOS est l'étude de l'évolution physique
et chimique des proto-étoiles. Pour cela nous effectuons des observations avec
les grands radiotélescopes millimétriques et submillimétriques de la discipline
(IRAM, JCMT, CSO), tandis que pour interpréter ces données nous développons des
modèles de chimie et de transfert radiatif adaptés aux conditions présentes
dans les environnements proto-stellaires.
Le
groupe WAGOS a été soutenu par le programme PCMI depuis sa création (2001).
Formé originellement autour trois chercheurs (Alain Castets, Cecilia Ceccarelli
et Emmanuel Caux), il regroupe maintenant une quinzaine de personnes comprenant
des chercheurs de Grenoble (LAOG), Toulouse (CESR), Bordeaux (L3AB) et Paris
(LERMA) ainsi que six étudiants et post-docs. Le but de ce groupe était de
mettre en commun nos compétences, d'une part pour mieux aider nos étudiants
communs et d'autre part pour être plus efficace sur nos sujets de recherche. De
plus nous avons des collaborations régulières avec des chercheurs étrangers.
Au
cours des 4 dernières années, les membres du groupe WAGOS ont publié ensemble
33 articles dans des revues à comité de lecture, sachant que dans ce nombre ne
sont comptés que les articles signés par au moins deux membres du groupe,
autrement dit des articles qui résultent d'une collaboration active entre
membres de WAGOS. De plus, au cours des 4 années passées, 5 étudiants ont
soutenu leur thèse et sont partis en Post-Doc, tandis qu’une autre a commencé
une thèse au sein de notre groupe.
Parmi
tous les résultats que nous avons obtenus ces dernières années, deux méritent
d'être mentionnés car ils représentent un progrès significatif dans le domaine
de la formation des étoiles de faible masse :
1- L’étude de la deutération dans les coeurs
pré-stellaires et les protoétoiles
Notre
groupe a fortement contribué à ce sujet par la découverte de plusieurs
molécules multiplement deutérées avec une très forte abondance (formaldéhyde,
méthanol, sulphide hydrogené, et les formes deutérées de la molécule H3+...),
et par l'étude systématique de l'abondance de ces molécules multiplement
deutérées dans les protoétoiles et les coeurs pré-stellaires. En fait nos
observations ont contribué à l'amélioration des modèles de chimie et donc à une
meilleure compréhension des processus de deutération.
2- L'étude de
la structure physique et chimique des sources de Classe 0
Notre
groupe a publié les premiers articles qui ont montré que, comme les étoiles
massives, les étoiles de faible masse possèdent une région interne chaude dans
laquelle les manteaux des grains s'évaporent injectant dans la phase gazeuse un
grand nombre de molécules. C'est ainsi que parmi les molécules détectées en
direction de ces coeurs chauds on trouve des molécules oxygénées et azotées
complexes comme l'acide formique, l'acétaldéhyde, le formiate de méthyle, le
cyanure de méthyle, le propyne, etc… Nous avons aussi montré que toutes les
Classes 0 possèdent un tel coeur chaud avec peut-être une exception pour celles
qui ont les plus bas rapports de Lbol / Lmm. Donc toutes
les protoétoiles qui donnent naissance à des étoiles de masse solaire sont
passées par une phase dans laquelle une région de 100 AU autour de la
proto-étoile est remplie de gaz et de poussière chaude (> 100 K) où des
molécules organiques se forment. Nous avons à peine effleuré l'exploration de
ce champ de recherche et beaucoup reste encore à comprendre sur ces régions
chaudes autour des étoiles de faible masse et l’implication de leur présence
dans la formation des disques proto-stellaires et des systèmes planétaires.
L’impact
de notre travail est attesté par l’invitation régulière des membres de l’équipe
WAGOS à des congrès internationaux (voir liste des publications), le dernier
étant l’invitation au prochain IAU Symposium 231,
"Astrochemistry throughout the Universe: Recent Successes and Current
Challenges," qui aura lieu du 29 août au 2 septembre 2005 à Asilomar
(Californie), pour une revue sur la chimie des protoétoiles de faible
masse.


Figures : Distribution
de CH3CN (à gauche) et spectre de CD3OH (à droite) en
direction de la protoétoile IRAS16293-2422.
Publications et financement
|
Année |
Financement (Euros) |
Articles dans revues à comité de lecture (source
ADS) |
Articles (source ADS) |
|
2001 |
6000 |
4 |
8 |
|
2002 |
6000 |
13 |
18 |
|
2003 |
7000 |
7 |
12 |
|
2004* |
6000 |
9 |
12 |
|
Total |
25000 |
33 |
48 |
* Quatre articles, acceptés
pour la publication à A&A ou ApJ, ne sont pas encore apparus sur le
site ADS.
7. Réactivité
des glaces interstellaires : Simulation en Laboratoire
Physique des
Interactions Ioniques et Moléculaires, UMR 6633, Marseille
Premier thème : Réactivité thermique et photochimique dans les
glaces interstellaires
(A.
Allouche, J.P. Aycard, F. Borget, T. Chiavassa, A. Coupeaud, I. Couturier, F.
Duvernay, Z. Guennoun, F. Marinelli, M. Monnier, N. Pietri, S. Raunier)
(Collaboration avec Louis d’hendecourt du laboratoire
de l’IAS)
Le but de notre étude consiste à étudier à l’aide de
la spectroscopie IRTF les processus d’adsorption et de réactivité des molécules
des glaces interstellaires dans le but de fournir des données pouvant servir à
l’interprétation des observations.
Nous nous sommes en particulier intéressés au
processus de formation de l’isocyanate d’ammonium NH4+OCN-
observé sur les spectres ISO (bande XCN à 2165 cm-1). Nous avons
montré que cette espèce résultait d’une réaction acido-basique à 10 K entre
l’acide isocyanique (HNCO) et NH3 ou NH3 dans un
environnement d’eau en excès. La position de la bande de OCN-
observée sur les spectres ISO à 4.62 m est alors
très bien reproduite. Comme il est d’usage dans notre équipe, la modélisation
au niveau quantique ab initio de ces réactions a été réalisée.
Nous avons montré aussi que HNCO pouvait se dégrader
photochimiquement à λ>120 nm pour former non seulement NH4+OCN-
mais aussi H2CO (formaldéhyde), HCONH2 (formamide) et NH2CONH2
(urée) dont les contributions reproduisent bien la bande observée à 1700 cm-1
dans les spectres ISO d’objets protostellaires comme NGC7538IRS9 ou W33A.
L’ensemble de ce travail a fait l’objet de la thèse de Sébastien Raunier. Dans
la suite de notre étude nous chercherons à apporter des réponses sur la non
détection de HNCO dans les grains, sur la proportion des différentes espèces
produites au cours des réactions photochimiques et sur la nature des produits
formés au cours de l’irradiation UV de l’urée.
Le rôle catalytique de la glace a pu être mis en
évidence en étudiant la réaction d’isomérisation du cyanamide (NH2CN)
en carbodiimide (HNCNH). Cette réaction se produit au delà de 70K et les molécules
d’eau de la glace participent au transfert de proton d’un atome d’azote à
l’autre. La molécule de carbodiimide est une molécule prébiotique qui peut être
considéré comme un agent capable de condenser entre eux les acides aminés pour
former des peptides dans l’eau liquide. Cette étude fait partie actuellement de
la thèse de Fabrice Duvernay.
D’autres molécules dérivées du
cyanoacétylène (HCCCN), présentes dans l’atmosphère de Titan ont aussi été
étudiées et nous avons pu montrer qu’elles pouvaient s’isomériser et être très
réactives en présence notamment d’acétylène. Le dicyanoacétylène est plus
particulièrement intéressant car il est susceptible, en s’adsorbant sur une
surface de glace d’eau, de réorganiser cette dernière (des oxygènes libres de surface
sont créés). Ce travail a fait l’objet de la thèse de Zohra Guennoun.
Deuxième thème : Caractérisation physique et
expérimentale de la glace d’eau
(C. Martin, C. Manca, S. Coussan, P. Roubin)
(Collaboration avec Helen Fraser du Leiden
Observatory)
Un travail de synthèse des expériences faites de
caractérisation physique de la glace et de sa surface et d'étude comparative
systématique de l'adsorption de plusieurs gaz - CO, N2, Ar, Kr, CH4
et CF4 - a été réalisé et a conduit à la thèse de Carine Manca.
L'originalité de ces expériences réside dans le couplage des diagnostics de
spectroscopie infrarouge et de volumétrie isotherme permettant en particulier
un suivi quantitatif, depuis la sub-monocouche jusqu'à la condensation du gaz
adsorbé, des signaux infrarouges, à la fois de la glace, de sa surface et de la
molécule adsorbée le cas échéant. La molécule CO s'est révélée une sonde de la
surface de la glace grâce à l'existence de deux signaux distincts, l'un à 2154
cm-1 spécifique à l'adsorption sur les liaisons OH pendantes et
l'autre à 2139 cm-1 possédant une contribution due à la multicouche.
Ce signal nous a permis d'établir une différence entre la composition des sites
de surface de la glace amorphe et celle de la glace cristalline, celle-ci
possédant en proportion moindre de liaisons OH pendantes. La continuation de ce
thème serait motivée par un rapprochement avec une problématique liée à la
détection du CO condensé dans le milieu interstellaire.
Dans la suite, il est prévu d’étudier des propriétés
de l’eau confinée dans des silicates dans un domaine de températures
interstellaires (50-150K). Notre intérêt pour ce système provient d’une part de
la présence d’eau et de poussières de silicates dans le milieu interstellaire
et d’autre part de la mise en évidence récente de propriétés originales de
l’eau adsorbée dans des matériaux poreux tels que les zéolithes et les MCM-41.
Troisième thème :
Etudes par calculs quantiques de l’adsorption d’atomes ou molécules sur des
surfaces de glace.
(A. Allouche, Y. Ferro)
(Collaboration avec Volker Kempter de l’Université de
Clausthal (Allemagne)
Cette collaboration est partiellement soutenue par le
programme européen COST Action D19 Chemical
functionality specific to the nanometer scale, Working Group :D19/0005/01.
Le but est d’associer les calculs quantiques réalisés
à Marseille aux expériences de spectroscopies UPS et MIES réalisées à Clausthal
par V.KEMPTER et son équipe sur de la glace d’eau ou sur diverses glaces
d’intérêt astrophysique.
Une première série de
travaux a porté sur l’étude comparative de l’adsorption de sodium métallique
sur de la glace d’eau, d’ammoniac et de méthanol. Le sodium possède un électron
de valence peu lié à son noyau et qui subit donc une délocalisation/solvation
qui dépend fortement du système de liaisons hydrogène qu’est capable de
développer le substrat de glace. Nous avons donc observé des différences de
réactivité considérable d’un substrat à l’autre.
L’excellent fonctionnement de la synergie expérience –
théorie nous a ensuite permis d’étendre cette stratégie à l’étude d’un système
d’un grand intérêt dans le domaine des molécules prébiotiques susceptibles
d’être à l’origine de la vie dans le milieu interstellaire : le système
acide formique – glace d’eau ou d’ammoniac..
Depuis
longtemps, le destin du gaz se refroidissant dans les amas riches de galaxies
était un mystère. Les observations en rayons X des satellites Chandra et XMM
ont bouleversé notre vision des "cooling flows" dans les amas: le gaz
ne se refroidit pas de façon régulière, continue et avec une symétrie
sphérique, mais le flot de gaz alimente un trou noir au centre de la galaxie
cD, qui lorsqu'il est en activité, réchauffe le gaz environnant, par ses jets
de plasma et les ondes acoustiques engendrées. La structure au centre de l'amas
est très complexe, avec des bulles, des cavités, des fronts froids, etc..
Pendant longtemps le gaz froid n'avait jamais été détecté, mais grâce à la
sensibilité accrue de l'IRAM, au moins 23 galaxies à cooling flows ont pu être
détectées en CO (Edge 2001, Salomé et Combes 2003). Pour la première fois, les observations au
Plateau de Bure ont démontré que le gaz CO était associé à un cooling flow
(Abell 1795, Salomé et Combes 2004a, Figure
2). D'autres amas montrent aussi des phénomènes semblables, comme
RXJ0821+07 (Salomé et Combes 2004b).
Figure 2 :
A
gauche: Carte de l'émission
intégrée dans la raie CO(2-1) dans l'amas de galaxies Abell 1795. A droite: Emission dans les raies
Halpha+NII (en grisé). L'échelle est la même que pour la carte CO(2-1). Les
contours montrent l'émission continue à 6cm des jets radio associés à 4C+26.42
(Van Breugel et al. 1984)

Nous
avons initié avec Santiago Garcia-Burillo le projet NUGA au Plateau de Bure, consistant
à cartographier le composant moléculaire d'une vingtaine de galaxies actives de
types variés, afin d'étudier les différents mécanismes d'alimentation des
noyaux actifs. Ce projet, effectué par un consortium européen, est le premier
qui atteint la résolution de la seconde d'arc ou mieux, avec une sensibilité
inégalée. Plusieurs articles sont en cours, et il a permis de mettre en
évidence des morphologies et phénomènes dynamiques variés, y compris l'absence
de chute de gaz dans le noyau des galaxies, démontrant que l'alimentation des
noyaux est intermittente (Garcia-Burillo et al 2003, Combes et al 2004, Figure 3).
Figure 2 : Echantillon de
galaxies NUGA, les cartes CO(1-0) sont dans les colonnes de gauche, avec leurs
zooms en CO(2-1) dans les colonnes de droite, pour (de haut en bas), NGC 7217,
NGC 3718, NGC 4826, NGC 1961, NGC 2782, NGC 4579, NGC 6951 et NGC 3147
(Garcia-Burillo et al 2004)

Il est de grande importance de
reconnaître les effets d'évolution et d'extinction sur le taux et la luminosité
des supernovae en fonction du redshift, afin que les SNIa puissent être
considérées comme des indicateurs de distance. Leurs propriétés pourraient
varier parce que leurs galaxies-hôtes évoluent dans le temps. Une estimation
des effets de la poussière a été simulée (Pennypacker et al 2004), et le taux
de supernovae a été calibré en fonction de la luminosité des galaxies et du type (SNIa ou core-collapse)
des supernovae (Melchior et al 2004).
R. Michard en collaboration avec
un groupe de l'observatoire de Nice, a étudié en détails les couleurs des
galaxies de type elliptique, et déterminé les rôles respectifs de l'extinction,
de la métallicité et leurs gradients (Idiart et al 2002, 2003).
Les nuages du centre Galactique possèdent des
particularités par rapport au reste des nuages dans la Galaxie, du fait de leur
densité (les nuages doivent être plus denses pour subsister envers les forces
de marée croissant vers le centre), sa riche chimie moléculaire, et du fait de
leur température, plus élevée que celle de la poussière, suggérant des ondes de
choc comme mécanisme de chauffage, la poussière ne pouvant pas chauffer le gaz
comme il est habituel dans le reste de la Galaxie. Une étude spectroscopique
avec ISO a permis de suivre les raies de structure fine et d’étudier
l’ionisation et le chauffage des nuages du centre galactique. Rodriguez-Fernandez et Martin-Pintado (2004)
et Goicoechea et al. (2004) ont montré que la radiation ionisante et la
structure du milieu interstellaire dans les 300 pc centraux de la Galaxie sont
similaires à ceux de certaines galaxies qui présentent un sursaut de formation
d’étoiles comme IC342 ou NGC253. Rodriguez-Fernandez et al. (2004) ont montré
que l’émission des espèces comme CII ou OI ainsi que les raies excitées du H2
proviennent d’une région irradiée par radiation UV-lointain (PDR). Par contre
seulement 20 % du gaz moléculaire chaud
(150 K) tracé par les raies rotationnelles-pures du H2 est chauffé
par le rayonnement ultra-violet dans les PDR. L’origine des hautes températures
du gaz et la chimie du centre de la Galaxie pourrait être lie à la dynamique à
grande échelle de la Galaxie. Un modèle
couplant dynamique et chimie dans le centre de la Galaxie est proposé, en
comparaison aux cartographies détaillées de molécules à l'IRAM
(Rodriguez-Fernandez et Combes 2004). Il a ainsi été possible de déterminer les
conditions physiques du gaz dans les orbites alignées avec la barre de la
galaxie, et de mettre en évidence des chocs aux bords du disque nucléaire.
Figure
3 :
Diagramme Position-Vitesse du centre de la Galaxie: Les points et les barres
d'erreur montrent les différentes composantes de vitesses observées en CS et
SiO(2-1) avec le télescope de Kitt Peak, superposés sur le diagramme CO(1-0) de
Bally et al (1988), d'après Rodriguez-Fernandez et al (2003).

9. Réactivité
à basse énergie cinétique et à basse Température,
LPCM, UMR 5803 CNRS –Université Bordeaux
1, 33405 Talence Cedex
Michel Costes, DR responsable projet
Christian Naulin, PR, Wolf D.
Geppert, post-doc, Nicolas Daugey,
IR, Astrid Bergeat, MC, Philippe Caubet, MC, Gérard Dorthe, DR
1. Réactivité à basse énergie cinétique.
Au cours des années 1999-2000, nous avions réalisé
l’étude en faisceaux moléculaires croisés des réactions du carbone atomique
avec les hydrocarbures insaturés (C2H2, C2H4,
C3H4). La détermination des sections efficaces intégrales
de réaction jusqu’aux très basses énergies de translation relative
caractéristiques du milieu interstellaire (ET
= 0.4 kJ mol–1 équivalent à une température T = 30 K) avait permis de démontrer que les voies réactionnelles
conduisant à l’accrétion du carbone avec éjection d’un atome d’hydrogène :
C(3PJ) + CxHy
® Cx+1Hy–1
+ H, étaient des processus sans barrière.
Nous avons déterminé par la
suite la section efficace intégrale de la réaction: C(3PJ) + O2 considérée
comme responsable de la concentration immesurable de l’oxygène moléculaire dans
le milieu interstellaire. Nous avons montré que le chemin réactionnel principal
conduisant aux produits excités CO(X1å+) + O(1D2)
était bien sans barrière. Enfin nous avons réalisé une étude conjointe
faisceaux croisés – CRESU de la réaction entre le bore atomique et
l’acétylène : B(2PJ)
+ C2D2 ® C2BD + D à
Bordeaux et B(2PJ)
+ C2H2 à Rennes. La section efficace intégrale croît
lorsque ET décroît entre
9.4 et 1 kJ mol–1 avec une dépendance abrupte σ µ
(ET)–0.97 puis présente un fléchissement de pente
entre 1 et 0.35 kJ mol–1 alors que le coefficient de vitesse passe par
un maximum vers T = 70 K dans
l’intervalle 300 – 23 K. Ces résultats sont interprétés par la présence d’une
très faible barrière (0.18 kJ mol–1) située dans la voie d’approche
des réactifs.
Le laser OPO (financé par PCMI en 2000-2001 et
installé en février 2002) nous permet de gagner un facteur 4 en résolution par
rapport au laser à colorant utilisé dans les études précédentes en détection du
produit H(2S1/2) par fluorescence induite par laser sur
la transition Lyman-a. à 121.6 nm. Nous pouvons ainsi réaliser l’objectif principal du
contrat qui est d’obtenir les sections efficaces différentielles de la réaction
C(3PJ) + C2H2(X1Sg+) ® l-cC3H +
H(2S1/2) par spectroscopie Doppler de l’atome H. La distribution
des énergies de recul récemment déterminée à ET = 0.8 kJ mol–1 montre que le processus
réactionnel a une exothermicité DH°0 » – 14 kJ mol–1. Ce résultat appelle
plusieurs commentaires : (i) cette valeur est supérieure à celle des
calculs ab initio (R.I. Kaiser et
al., 1997, J. Chem. Phys., 106, 1729) qui donnent DH°0 = – 8.6 kJ mol–1 pour la
production du chemin le plus exoénergétique conduisant à la forme cyclique c-C3H(X2B2)
(DH°0= – 1.5 kJ
mol–1 pour la voie linéaire l-C3H(X2P)) ; (ii) la voie cyclique est forcément produite
à basse énergie en contradiction avec de récents calculs quantiques de
dynamique (D.C. Clary et al., 2002,
J. Phys. Chem., 106, 5541).
2. Réactivité à basse température
Une expérience CRESU conçue pour fonctionner avec des
tuyères de Laval plus courtes et un débit massique bien moindre que
l’appareillage de Rennes a été mise en service fin 2003. Les valeurs des
coefficients de vitesse des réactions du radical CH avec O2 et CH4
sont en parfait accord avec celles déjà obtenues à Rennes et permettent ainsi
de valider cette nouvelle expérience. Nous avons également obtenu les
coefficients de vitesse non précédemment connus des réactions de CH avec C3H6
et C3H4 (allène et propène) dont les valeurs sont proches
de 4 ´ 10–10 cm3
molécule–1 s–1 entre 74 et 164 K.
10. SPECTROSCOPIE D' HYDRURES et D'HALOGENURES
METALLIQUES en PHASE VAPEUR .
Responsable
du projet : Patrick Crozet, Tél : 04 72 44 85 63, E-mail : crozet@lasim.univ-lyon1.fr
LASIM (Laboratoire de Spectrométrie ionique et
Moléculaire), U.M.R 5579 (CNRS & Université Lyon I)
La spectrométrie par transformation de Fourier (STF)
dans les domaines de l'infrarouge proche et du visible fournit une cartographie
globale des niveaux d’énergie de vibration-rotation d'une espèce moléculaire
(précision ~ 30 MHz, domaine spectral : quelques centaines de THz). Notre but
est de fournir des fenêtres de détection d'espèces métalliques observées – ou
prédites – dans différents objets astrophysiques :
enveloppes stellaires (IRC +10216, CRL2688), nuages moléculaires (Cf détection de FeO vers SgrB2).
En nous appuyant sur une
nouvelle expérience de spectroscopie laser intracavité, lançée dans notre
groupe en 2002, nous avons proposé en 2004 au PCMI une étude ciblée sur les
hydrures et halogénures métalliques. Il s'agit d'analyser par STF haute
résolution, la fluorescence induite par laser (FIL) de ces composés. La
molécule-test choisie est NiH, détectée dans les taches solaires. Cette
molécule absorbe électroniquement dans la zone 570-610 nm, compatible avec les
colorants à forte émission laser. La source moléculaire, de type 'cathode
creuse', produira les MH neutres en phase vapeur, et sera placée dans un cavité
optique résonante (voir figure). La
fonction de ce dispositif est d'amplifier (facteur ³20) le flux du laser à colorant accordable, afin de compenser le
faible coefficient d'absorption dans le visible de NiH.

En mars 2004, un étudiant du DEA de LYON I, nous a
rejoint pour travailler sur l'asservissement de cette cavité. Des premiers
résultats expérimentaux, concernant la faisabilité du couplage
molécule-cavité-STF, ont donné lieu a une présentation aux Journées de
Spectroscopie Moléculaire1. Courant 2004,
nous avons testé la compatibilié d'une source à cathode creuse avec notre
interféromètre à TF, en collaboration avec Michel Vervloet, du Laboratoire de
Photophysique Moléculaire. Ce type de source s'est révélé assez stable pour
l'enregistrement haute résolution. Ces
tests avec la source du LPPM nous ont aussi orienté vers la conception d'une source à cathode creuse spécifique,
miniaturisée pour l'insertion intracavité, et dédiée à la production de
composés métalliques en phase vapeur. La mécanique a été réalisée au
laboratoire (LASIM) et le financement reçu du PCMI (3k€) a permis l'acquisition
d'une alimentation stabilisée. La période de mise au point –tests électriques
sous vide, production de Nickel atomique –vient de s'achever, et les premiers
spectres de fluorescence laser sur NiH devraient être enregistrés d'ici fin
2004 avec R.Vallon, dans le cadre d'une thèse de doctorat.
Référence : 1
"Fluorescence Laser Intracavité (ICLIF) analysée par Spectrométrie de
Fourier"
Journées de Spectroscopie
Moléculaire, Dunkerque, France (juin
2004),
P. CROZET, R. VALLON et A. J. ROSS.
11. Base
de données sur les excitations ro-vibrationnelles :
BASECOL
M.L. Dubernet
(LERMA, Obs. de Paris), B. Debray
(LAOG), A. Grosjean (Obs. de Besançon) et E. Roueff (LUTH, Observatoire de
Paris)
Participation
indirecte : A. Faure et P. Valiron (Obs. de Grenoble), D. Flower (Durham),
J. Cernicharo (DAMIR, Madrid), T.
Stoecklin (Univ. De Bordeaux), F. Daniel, N. Feautrier, A. Spielfiedel (LERMA,
Obs. Paris)
Les missions
HERSCHEL et ALMA vont nécessiter des taux d’excitation ro-vibrationnelle
collisionnelle de bonne qualité. Il existe un certain nombre de données
dispersées sur quelques sites ou dans des papiers. Dans la plupart des cas, la
chaîne de traçabilité des données n’est pas indiquée clairement ou n’existe
pas. Or les précisions des futures observations vont imposer de connaître cette
chaîne de traçabilité, à défaut d’avoir une excellente précision dans les
données. Des calculs sont évidemment en cours dans nos groupes et dans d’autres
groupes, afin d’obtenir les meilleures précisions possibles parmi les systèmes les plus importants, comme
par exemple H2O-H2 ; mais le manpower ne couvrira pas tous les besoins
pour ces missions. Aussi est-il nécessaire d’établir une base de données
référencées, qui sera améliorée au fur et à mesure des résultats. De plus un
groupement (données-traçabilité) permettra une transition vers la mise à
disposition des données dans les Observatoires Virtuels.
Le site
http ://basecol.obs-besançon.fr a été créé par ML. Dubernet en Mars 2002.
Il contient des liens vers des données et une base bibliographique de 553
références, que l’on peut interroger via une interface WEB. Il est possible de
contraindre la recherche en imposant des choix qui correspondent à différents
critères. Afin que ces choix puissent être faits, tous les papiers ont été lus
et tous les articles indexés par des mots clés. Il est prévu la possibilité de
mise à jour automatique de la base par les auteurs qui ont des articles, via
une interface WEB.
En 2004 le
site a été refait grâce à un stagiaire. Il a créé une interface plus conviviale et la partie
sur les données numériques a été rajoutée : mise à disposition des
constantes de vitesse d’excitation rotationnelles, et ro-vibrationnelles, fiches techniques sur
les données procurant le maximum d’informations utiles sur la chaîne des
erreurs, fits de certaines constantes de vitesse, niveaux d’énergie des molécules.
Le site est extrêmement facile à maintenir grâce à une interface Administration. La base est
évolutive dans sa composition, contenu et présentation graphique. Un groupe
international s’est constitué afin de contribuer au site.
Introduction des bases de Physique Atomique et Moléculaire dans
les Observatoires Virtuels
M.L. Dubernet
(LERMA, Obs. de Paris), E. Roueff (LUTH, Obs. de Paris) et B. Debray (Obs. de
Besançon)
Un atelier,
réunissant physiciens et astrophysiciens a été
organisé, afin de faire un bilan des besoins en données de physique
atomique et moléculaire et afin de présenter les Observatoires Virtuels. Le
résumé et les transparents sont disponibles sur le site de l’atelier [1]. Les
nouvelles sur l’évolution du projet sont disponibles sur [2].
Résumé des discussions
- la
nécessité de définir exactement les besoins afin de pouvoir effectuer les
calculs ou les expériences, nécessaires pour les diverses modélisations ou
interprétation de spectres. Cela implique d’aller plus loin que l’énumération
des systèmes et des processus, il faut définir les zones de température, les
transitions intéressantes, l’erreur tolérée par les modèles, etc... En effet
les moyens utilisés ainsi que le temps nécessaire pour obtenir des résultats,
varient suivant les conditions d’étude des processus pour chaque espèce.
- les
observateurs/modélisateurs utilisent des données provenant de sources très
diverses : bases de données dédiées, compilations personnelles pour palier
à l’absence de données. La confiance dans la qualité des données provenant de
certaines bases est parfois limitée. La chaîne des erreurs n’est pas toujours
connue.
- il semble
clair qu’il serait utile de pouvoir réunir sur un seul portail toutes les
données utiles pour telle ou telle application, et en particulier autour de la
préparation de missions d’observation spatiale ou au sol. Cela nécessite une
unification des données et un recueil de la chaîne des erreurs ; ainsi
tous les modèles pourraient utiliser des données identiques. Ce travail est
assez lourd car de nombreux domaines de l’astrophysique sont concernés, mais il
devrait pouvoir s’organiser dans les différentes disciplines (MIS, Solaire,
Stellaire, Planétaire) et/ou pour la préparation/exploitation scientifique des
missions d’observations (voir le travail mis en ligne au NIST pour la
préparation de XMM-Chandra).
- si de
telles actions commencent dans une discipline/instrument au niveau national ou
international, il serait nécessaire d’en informer les autres communautés afin
d’éviter la duplication des efforts.
-
pour les
bases de physique ou les modèles dans les Observatoires Virtuels, la
problématique est dans une phase de prospective, en particulier pour les
modèles. Pour les bases de Physique, nous nous sommes engagés dans la
définition des UCD pour la physique atomique et moléculaire.
Suivi du projet :
Il y a un
suivi du projet à travers la
participation à la définition des standards d’échange pour les données
moléculaires dans le groupe de travail UCD de l’IVOA
(http ://www.ivoa.net), la
participation au conseil scientifique de OV-France, la présentation du projet à
diverses manifestations [3-9], l’organisation du Forum Bases, Traitements de données et
Observatoires Virtuels de l’Observatoire de Paris (voir site WEB [7]) et la
participation à un PPF Observatoire Virtuel pour le prochain quadriennal de
l’Observatoire de Paris.
12. Observations
des disques proto-planétaires
Responsable : A.Dutrey (LA3B)
Participants : S.Guilloteau (L3AB), V.Pietu (LAOG), E.Roueff (LUTH),
G.Pineau des Forets, E.Dartois (IAS), P.Hily-Blant (LERMA / IAS)
Les
disques protoplanétaires orbitant autour des étoiles TTauri, étoiles de faibles masses (0.5 à 2 masses solaires) âgées de quelques
millions d'années sont les résidus du
cœur dense moléculaire qui a permis de former la jeune étoile centrale. C'est vraisemblablement dans ces
disques, qui sont essentiellement
constitués de H2, que se forment les planètes. Ainsi,
comprendre la physico-chimie en phase gazeuse
et solide de ce milieu permettra d'améliorer
significativement la détermination des conditions initiales nécessaires
pour la formation des systèmes
planétaires et apportera de nouvelles contraintes aux modèles.
Ces
dernières années nous avons d'abord améliore la méthode d'analyse des cartes
interférométriques du Plateau de Bure à partir de l'analyse multi-isotopes, multi-transitions de CO
effectuée dans DM Tau. La méthode mise au point a permis de prouver l'existence
du gradient de température vertical dans les disques externes de TTauri. A environ 2-3 échelles de hauteur (définie comme la surface CO) et a la
distance radiale de 100 UA de l'étoile,
la température cinétique est de l'ordre de 30 K, tandis qu'autour du plan du
disque cette température chute a 12 K, environ. Ces observations révèlent encore que les rayons mesurés en 12CO sont
significativement plus grands que ceux
observés en 13CO, en accord avec de la photodissociation sélective de CO et de ses isotopes en présence du champ de
rayonnement UV de l'étoile centrale.
Cote
observations, nous avons augmenté i) le nombre de molécules cartographiées dans DM Tau ainsi que ii)
l'échantillon d'étoiles observées en CO
en cartographiant des étoiles jeunes dont les masses vont jusqu'a 2.5
masses solaires (Herbig Ae). Les
molécules détectées dans le disque externe
orbitant autour de ces deux types d'étoiles sont les mêmes, elles sont
limitées aujourd'hui aux molécules les plus abondantes observées dans les
nuages froids. L'analyse de ces données
a constitué le coeur de la thèse de Vincent Pietu (décembre 2004). Elle a déjà donné lieu à 2
papiers portant sur l'analyse CO
d'étoile de Herbig Ae: HD34282 (Pietu et al., 2003) et AB Auriga (Pietu
et al., 2004, soumis). Ces résultats ainsi que les résultats obtenus sur les
autres sources observées en CO (papier en cours d'écriture) confirment
l'existence et l'amplitude du gradient
de température vertical dans les disques de TTauri, avec des valeurs assez
similaires a celle obtenues sur DM Tau mais ils montrent aussi que ce gradient existe dans les disques
de Herbig Ae avec une amplitude
supérieure, typiquement la surface CO est a 60-100 K, alors que près du plan du disque la température cinétique est
de l'ordre de 40-30 K. Les étoiles de Herbig Ae sont significativement plus chaudes que les TTauri
avec des températures effectives allant
jusqu'a 10000 K, le chauffage du disque par l'étoile centrale est donc plus
efficace. Un effet secondaire important, observé dans AB Auriga, est le fait
que l'abondance de CO, estimée par référence à
la masse de poussière (et en supposant un rapport gaz sur poussières de
100), est similaire à celles rencontrées
dans TMC1 et les nuages du Taureau. En effet, on n'observe pas de
sous-abondance comme dans les disques de TTauri; la température des disques de Herbig Ae étant
partout supérieure à la température de sublimation de CO (17K). Dans toutes les
sources observées simultanément en 12CO et en 13CO, nous
mesurons un rayon externe en 13CO
significativement plus petit qu'en 12CO (la statistique du
bruit montre qu'il ne s'agit pas d'un
biais de sensibilité).
Concernant
les observations de molécules autres que CO, les principales raies cartographiées au PdBI sont: HCN 1-0, CN 2-1,
H2CO 313-212, C2H 1-0 et HCO+ 1-0. Nous avons dans un
premier temps analysé ces données en supposant
l'ETL (Pietu et al., 2005, en préparation). Les résultats obtenus sur
les paramètres géométriques et cinématiques
des disques analyses font d'abord
apparaître une grande cohérence des résultats et des erreurs (écarts à
1-2 sigma) montrant que nos barres d'erreurs sont statistiques. Par contre la
comparaison des résultats sur la mesure de température cinétique montrent que
certaines des transitions observées ne sont pas thermalisées, ainsi qu'on
l'attendait. L'analyse de ces cartes a nécessité l'écriture d'un code de transfert radiatif non-ETL qui prenne en
compte la géométrie et la cinématique des disques (thèse V.Pietu).
Finalement,
nous avons aussi entrepris un début d'analyse de la chimie en utilisant le code de PDR de J.Le Bourlot, en
collaboration avec G.Pineau des Forets, E.Roueff et P.Hily-Blant. Dans un
premier temps, nous nous sommes intéressés
à la photodissociation de CO. Un premier résultat important montre que la
photodissociation sélective de CO
est un processus dont
l'efficacité croit avec la taille des grains. En effet, dans les disques proto-planétaires, les
observations montrent que les grains
sont déjà significativement plus gros que dans le milieu interstellaire. Ce
résultat, très prometteur, permettrait d'expliquer les différentes tailles de
disques mesurées pour 12CO et 13CO et sera publié
rapidement (papier en cours, Hily-Blant et al, 2005).
Finalement,
les résultats obtenus ces 4 dernières années nous ont permis de mettre au point notre méthode d'analyse
des données interférométriques et
d'affiner notre stratégie d'analyse pas à pas pour séparer les processus physico-chimiques.
Nous
avons aujourd'hui l'essentiel des outils pour retirer toute la ``substantifique moelle'' des observations
du PdBI et se préparer ainsi à ALMA. Ce sujet est en pleine émergence au niveau
international et la compétition avec des
groupes étrangers structures (et riches), comme
celui de Leiden, devient de plus en difficile. Nous avons démarré
une collaboration avec le Max-Planck de
Heidelberg et son directeur (Th.Henning)
sur la chimie des disques.
Dans
les prochaines années, nous nous
attellerons à coupler plus
quantitativement l'aspect chimique à l'aspect observationnel, en priorité nous
intéresserons à l'étude des processus de photodissociation à la surface et aux
bords des disques (un sujet de thèse à venir).
Nous
avons montre que les processus de photodissociation sont (au moins) couplés à
la taille des grains: une voie a suivre sera donc de s'intéresser plus
directement aux propriétés observées des grains dans les disques et à leur
modélisations. Ce travail a déjà commencé en collaboration avec B.Lopez et
l'analyse des données MIDI (et a donné lieu en partie à la thèse de G.Niccolini
qui a développe un code de transfert radiatif dans la poussière adapté à la
géométrie et aux opacités rencontrées dans les disques). Un nouveau sujet de
thèse est en cours qui portera plus directement sur la modélisation d'observations
résolues de disques de poussières du millimétrique à l'optique.
La
bande des Silicates a été observée par MIDI dans nombres de disques internes
entourant des étoiles de Herbig Ae (Leinert et al. 2004). Sa minéralogie nous
renseigne sur l'état d'évolution et la physico-chimie des 10-20 UA centrales,
se prépare à analyser ces observations des qu'elles auront atteint le volume
nécessaire à des analyses quantitatives est donc important.
Finalement,
il est aussi important de ne pas oublier que 80 % de la masse de ces disques
est constituée de H2. Dans un avenir très proche, VISIR nous
permettra de sonder directement la composant tiède du disque gazeux. De la même façon, il est aussi important de
mentionner ici l'importances des observations de PAHs à la surface des disques
qui seront obtenus par VISIR et qui nous renseignent sur la structure
physico-chimique de la surface des disques.
Seule
une approche multi-longueur d'onde permettra de déterminer les processus physico-chimiques régnant dans ces
disques du bord externe (à quelques 400-500 UA) au bord interne situé à 0.1-0.5
UA et de déterminer au mieux les conditions initiales à la formation des
planètes. Pour cela, il faut encore comparer les connaissances que nous
obtenons sur les disques à celles que nous avons sur l'origine de notre propre
Système Solaire. Ceci réclame un travail de synthèse important à réaliser en
collaboration avec les planétologues (e.g. irradiation, composition, chimie et rôle turbulence dans
la Nébuleuse Primitive...).
Comprendre
la formation planétaire nécessite donc de coordonner l'utilisation de télescopes, d'expériences de
laboratoire et de codes très différents
les uns des autres et émargeant à divers programmes nationaux comme PNP, PNPS et PCMI. Pour
rester compétitif dans le contexte mondial, ce sujet à l'interface réclame dans
les prochaines années une bonne coordination des différentes approches au
sein des programmes nationaux concernés.
13. LABORATOIRE d’ETUDE THEORIQUE des MILIEUX EXTREMES
G.
Berthier, C. Dimur, P. Cassam-Chenaï , Y. Ellinger, J. Langlet, F. Pauzat,
D. Talbi
G.S.
Chandler (Prof. Invité UWA Australie), P. Reinhardt (Détachement Paris VI)
Les études réalisées par le LETMEX dans le cadre du PN-PCMI ont pour
objectif de servir de support aux modélisations chimiques, d’aider à
l’interprétation des travaux de laboratoire en cours et de proposer de
nouvelles expériences ou observations spatiales.
Objectif spectroscopie :
Spectres IR d’isotopomères de l’acide formique
neutre et ionisé.
Ce travail a été réalisé en
collaboration avec l’Observatoire de Meudon et l’Institut de Physique et Chimie
Théorique de l’Université de Berlin, qui ont réalisé des mesures de
spectroscopie photo électronique (SPE) d’isotopomères de l’acide formique
neutre et ionisé, composé qui pourrait jouer un rôle crucial dans la chimie
prébiotique. Nos calculs ont permis l’attribution des bandes et
l’interprétation des spectres des espèces HCOOH, DCOOH, HCOOD et DCOOD,
ainsi que des ions correspondants (Leach et al. 2003)
Spectres IR et rotationnels des dérivés
protonés des dioxydes de carbone : (OCnO)H+.
Parallèlement, nous avons considéré
la possibilité de détection radio des molécules de la série (OCnO)H+
en tant que traceurs des dioxydes correspondants difficilement observables. Les
constantes rotationnelles ont été obtenues avec une barre d’erreur estimée à
0.2% (Cheikh et al. 2003).
Spectres IR et rotationnels de dérivés
phosphorés simples d’intérêt pré-biotique.
De tous les isomères possibles de formule générale [C
H O P] et [C H S P], HPCO et HPCS sont les plus stables. Les spectres
rotationnels et infrarouges ont été calculés, ces derniers permettant
d’attribuer avec certitude des raies observées en matrice de gaz rare (Dimur et
al. 2001).
L’identification
des bandes d’émissions UIR dans le cadre de l’hypothèse PAH peut être considéré
comme un ”fil rouge” de notre activité dans le domaine spectroscopique ; il
occupe une large part du temps humain et informatique du laboratoire.
Après l’étude systématique des
hypothèses dites des “bandes chaudes“ et des “groupes latéraux“, nous avons
complété le travail en montrant l’effet de la “surhydrogénation“ dans laquelle
les liaisons périphériques des PAH sont saturées par des hydrogènes. (Pauzat
& Ellinger 2001). L’effet de l’irrégularité du squelette aromatique apporté
par des cycles à 4, 5 et 7 chaînons a également été étudié (Pauzat &
Ellinger 2002). Enfin, un dernier type d’études a été réalisé en considérant la
formation possible de composés PAH-Métal. Le spectre théorique montre la quasi
impossibilité de distinguer entre un PAH ionisé et le même PAH complexé par
l’ion positif (Cassam-Chenaï 2002).
Objectif interface solide-gaz:
Collage
de l’hydrogène moléculaire sur les PAH.
Un travail, réalisé en collaboration
avec l’Université de Genève, sur une série de PAH allant du benzène à l’ovalène
et simulant le graphite par un traitement à 2 couches a montré que l’énergie de
collage est pratiquement insensible à la taille du PAH et tend rapidement vers
celle du graphite quand la taille de l’aromatique augmente (Tran et al.
2002).
Régulation
du dioxyde de carbone dans le milieu interstellaire.
Plusieurs réactions ont été étudiées
dans ce cadre aussi bien en phase gazeuse qu’à l’interface solide-gaz. Nous
avons montré que les deux réactions de destruction
CO2
+ H2 ® CO + H2O
CO2
+ H ® CO + OH
ont des barrières d’activation importantes. Les
constantes de vitesse associées s’avèrent être bien trop faibles pour que ces
processus aient une quelconque influence sur l’abondance de CO2
gazeux. (Talbi & Herbst 2002). Par ailleurs nous avons mis en évidence que
la réaction
CO +
O ® CO2
possède une barrière d’activation importante dans les
conditions de la phase gazeuse, barrière qui n’est pas abaissée lorsque le
processus a lieu en présence de molécules d’eau (Talbi & Chandler 2004).
Objectif réactivité en phase gazeuse :
Autour de C3H2.
L’étude théorique de la réaction de
recombinaison dissociative
C 3H3+ + e- ® C3H2 + H
a
été réalisée en collaboration avec l’équipe d’astrochimie expérimentale de
Rennes.
De ce travail nous pouvons tirer un certain nombre de conclusions.
Dans les nuages denses où la température est basse, les deux isomères c-C3H3+
et l-C3H3+
sont dans leur état vibrationnel fondamental et l’isomère cyclique se recombine
plus rapidement que l’isomère linéaire. En revanche, dans le cas des nuages
diffus où la température est plus élevée on peut considérer que l-C3H3+
peut être vibrationnellement excité. De ce fait, son taux de recombinaison
dissociative va augmenter, conduisant à un rapport d’abondance c-C3H2 / l-C3H2 moins
important dans les nuages diffus que dans les nuages denses en raison d’une
plus grande production de l-C3H2.
Cette déduction est en total accord avec les observations astrophysiques (Talbi
et al. 2002).
Nous
avons également mis en évidence que la réaction de fractionnement isotopique
c-C3H2+ +
HD ® c-C3HD+ + H2
qui
précède la recombinaison dissociative possède une constante de vitesse de
l’ordre de 10-7 exp (-4030) à 10K, bien trop faible pour que cet
échange isotopique puisse se faire dans les nuages interstellaires denses
(Talbi & Herbst 2001).
Autour de HCN et HNC.
Dans le cadre de l’étude
systématique que nous menons au laboratoire sur les nitriles interstellaires,
nous avons étudié les recombinaisons dissociatives
HCN+ + e- ® H
+ CN
HNC+ + e- ® H
+ CN
en
collaboration étroite avec B. Mitchell de l’équipe d’astrochimie expérimentale
de Rennes.
De ce travail nous pouvons conclure que, dans le cas
où les ions sont dans leur état vibro-électronique fondamental (cas du milieu
interstellaire et de l’expérience de Mitchell et al.), la recombinaison de HCN+
est plus rapide que celle de HNC+. Ce travail en collaboration est un
exemple réussi de complémentarité des approches théoriques et expérimentales au
sein de PCMI (Talbi et al. 2000).
Parallèlement, nous avons montré que
l’hypothèse de la formation d’adénine, C5H5N5, à
partir de HCN dans la phase gazeuse interstellaire n’est pas recevable (Smith
et al. 2001). C’est un autre exemple illustrant le rôle que peuvent jouer les
théoriciens dans la construction des modèles de chimie interstellaire.
Investissement
théorique
Dans le cadre de ce travail, nous avons mis en oeuvre les méthodes les
plus élaborées de la Chimie Quantique et développé de nouvelles stratégies.
L’aspect “nouvelles méthodes et nouvelles stratégies“ est une nécessité
impérative pour aborder les problèmes d’intérêt astrophysique dont un
traitement fiable ne saurait être effectué avec les outils théoriques
actuellement disponibles. C’est un investissement comparable à la construction
d’une expérience, dont les applications iront bien au-delà du milieu
interstellaire.
Le projet piloté par Patrick
Cassam-Chenaï, ”Développement de méthodes
et d’un logiciel orienté objet pour la prédiction des spectres moléculaires
électroniques et ro-vibrationnels”, s’inscrit naturellement dans le cadre
PCMI. Il est bon de souligner ici que, à côté des applications spatiales, les
applications potentielles aux phases gazeuses atmosphériques terrestres et
planétaires sont parmi les préoccupations majeures énoncées dans les travaux de
prospective de l’INSU.
Un premier travail théorique a été
réalisé (Cassam-Chenaï & Liévin 2003a) suivi d’une première application au
méthane et à ses isomères deutérés. Un avantage décisif de cette nouvelle
méthode est de pouvoir calculer le spectre à chaque température, contrairement
aux méthodes largement utilisées qui le déduisent du spectre à température ambiante
(Cassam-Chenaï & Liévin 2003b).
Un autre investissement théorique
concerne le traitement des processus à la surface des glaces. Une méthode
reposant sur des potentiels effectifs extraits de calculs de haute précision
sur de petits systèmes est en cours de développement au laboratoire en vue
d’applications aux glaces désordonnées des manteaux des grains (Langlet et al.
2003).
14. Structure
à petite échelle des nuages moléculaires
Edith Falgarone, (DR CNRS), Pierre Hily-blant,
(thésitif, soutenance Octobre 2004), François
Levrier, (thésitif, soutenance Décembre 2004), Jérome Pety,
(Astronome-adjoint, IRAM-Grenoble)
Collaborations principales: T.G. Phillips
(Caltech, USA), G. Pineau des Forêts, F. Boulanger, L. Verstraete & M.A.
Miville-Deschênes (IAS, Orsay), F. Viallefond (LERMA)
La motivation des travaux de l'équipe est la
suivante: découvrir les précurseurs, dans le milieu diffus, des structures
massives de gaz très dense dans lesquelles se forment les étoiles. Nous
proposons depuis plusieurs années que les germes de cette structuration sont
portés par la turbulence, et plus précisément par ses processus dissipatifs,
intermittents dans l'espace et le temps. Dans
la turbulence supersonique comme l'est celle du milieu interstellaire,
et en présence d'un couplage modéré au champ magnétique, on s'attend à ce que
ces structures soient des chocs magnétohydrodynamiques (MHD). Elles peuvent
être également des régions d'intense
vorticité qui apparaissent dans la turbulence subsonique sous forme de
filaments de vorticité intense. Ces dernières années, nous avons montré
l'existence de structures filamentaires longues et fines, certaines denses mais
cependant ténues (c'est-à-dire de faible masse linéique), connectées à des coeurs
denses, canalisant le gaz qui s'écoule sur le coeur, d'autres beaucoup plus
diluées et fines, probablement tressées entre elles pour en former de plus
grosses. Elles sont toutes non auto-gravitantes, et nous avons quelques indices
suggérant qu'elles sont confinées par du champ magnétique hélicoidal. Dans une
étape encore plus précoce, les filaments de forte vorticité bordés de minces
couches de gaz chaud dans les régions externes de fort cisaillement seraient
les porteurs des signatures chimiques et radiatives observées, incompatibles
avec les propriétés moyennes du milieu.
Le passé: quelques résultats marquants
Observations
en millimétrique, submillimétrique et IR moyen :
Des années d'observations conduites sur
différents instruments (IRAM-30m, IRAM-PdB, CSO, DRAO, ISO-SWS) révèlent non
pas un type de structures à petite échelle dans les nuages moléculaires mais un foisonnement de
structures, en général filamentaires (donc à la fois à petite échelle par leur
épaisseur et à grande échelle par leur longueur), en apparence différentes les
unes des autres, comme on va le voir, mais probablement (et cela reste encore à
démontrer) liées les unes aux autres par une évolution que l'on peut qualifier
de complexe, qui fait intervenir et le champ magnétique et la chimie et le
refroidissement radiatif. Ce sont donc, suivant les observations et les champs
d'investigation:
- de pures structures en vitesse
Nous avons mis en évidence des structures d'un type nouveau puisque ce
sont de pures structures en vitesse dans des nuages moléculaires turbulents et
encore diffus (Pety & Falgarone 2003). Ce sont l'ensemble des positions où
le cisaillement du champ de vitesse est extrême et s'écarte d'une statistique
gaussienne. Ces structures sont fines
(épaisseur 0.05 pc), clairement allongées et sont associées à du gaz
optiquement mince dans la raie 12CO(1-0), c'est-à-dire du gaz plus
chaud et plus dilué que le gaz caractéristique des nuages moléculaires. Elles
ont enfin la propriété remarquable d'être préférentiellement alignées avec la
direction du champ magnétique environnant sur le plan du ciel (thèse de Pierre Hily-Blant et Hily-Blant,
Falgarone & Pety, en préparation).
- des structures à l'echelle du milliparsec
Une mosaique de 13 champs réalisée avec
l'interféromètre du Plateau de Bure a permis de détecter sur de telles
structures des filaments encore plus étroits (épaisseur 0.003 pc) visibles en 12CO(1-0), prouvant l'existence de sous-structures à des
échelles proches de celles de la dissipation de la turbulence. Le grand
cisaillement de vitesse (plus de cent fois la valeur caractéristique des nuages
moléculaires) observé entre deux de ces filaments, enchevêtrés le long d'une
direction commune suggère une dynamique
exceptionnelle (Falgarone & Pety, soumis).
- des structures confinées par un champ
magnétique hélicoidal.
L'analyse du champ de vitesse d'un long filament
de matière, dense cette fois, mais très
ténu (sa densité de colonne est une centaine de fois plus faible que les
filaments massifs auto-gravitants reliant les coeurs pre-stellaires dans les
régions de formation d'étoiles) et connecté à un coeur dense peu massif
probablement encore en formation (au vu de l'écoulement de gaz mesuré sur ce
coeur) révèle ce qui peut être interprété comme une instabilité se développant
dans un filament confiné par un champ magnétique hélicoidal (Falgarone, Pety
& Phillips 2001). La densité centrale de ce filament et son bord très raide confirment cette interprétation en
particulier la nécessité d'un processus de confinement (ici la composante
toroidale du champ magnétique) pour ce gaz dense, non auto-gravitant. (thèse de P. Hily-Blant, et Hily-Blant,
Falgarone, Phillips en préparation).
- des poches de gaz chaud dans le gaz froid
Il est de plus apparu que le gaz diffus froid
porte la signature de poches de gaz
beaucoup plus chaud qui ne constituent que quelques pourcents de sa masse. Ces
signatures sont des raies de rotation pure de la molécule H2,
impossibles à exciter dans du gaz froid. Les raies détectées avec le
spectromètre ISO-SWS révèlent du gaz à 300 K
distribué dans le plan de la Galaxie comme le gaz diffus et non pas
comme les nuages moléculaires géants (Falgarone, Verstraete et al., A&A
accepté). C'est aussi de l'émission très faible de la molécule HCO+
dans sa transition de rotation la plus basse qui implique des abondances trop
élevées dans le gaz froid pour être le fruit d'une chimie stationnaire. Nous
avons montré que ces abondances sont compatibles avec une évolution thermique
et chimique hors-équilibre, déclenchée par de brefs (quelques centaines
d'années) sursauts de dissipation de la turbulence supersonique (Falgarone,
Pineau Des Forêts, Hily-Blant, Schilke, soumis).
L'ensemble des résultats concernant l'existence
dans le milieu diffus froid d'une très faible fraction de gaz chaud (donc
détectable) a conduit à la conception d'un satellite entièrement dédié à la
détection des 4 premières transitions de rotation pure de H2 pour
tracer l'existence de grandes masses de gaz moléculaire froid dans les
galaxies. Ce projet (H2X, PIs: Falgarone, Boulanger) soumis au CNES en
collaboration avec la NASA/JPL, fait partie des projets sélectionnés par le
groupe astrophysique dans le cadre de la dernière prospective du CNES.
Approche statistique
A l'instar de la turbulence observée en
laboratoire et dans l'atmosphère terrestre, la turbulence interstellaire abrite
des structures cohérentes, en partie alignées sur le champ magnétique, qui
co-existent avec de la structure très désordonnée. La pente du spectre de
puissance (et la dimension fractale) de l'émission dans les nuages moléculaires
et atomiques est loin de contenir toute l'information sur les structures
présentes. Nous montrons cependant que ces quantités dépendent de l'échelle
(structure multifractale) et qu'à petite échelle les propriétés spectrales du
gaz atomique et du milieu moléculaire diffus se rejoignent (Falgarone,
Hily-Blant, Levrier 2004). Une dynamique d'échelle exceptionnelle a été obtenue
en combinant des données interféromètriques (DRAO) et en antenne unique (survey
de Leiden). Sur deux ordres de grandeurs, le spectre de puissance du centroide
de vitesse et de la densité de colonne s'avère être celui de la turbulence
incompressible de Kolmogorov (Miville-Deschênes et al. 2004). Ces spectres
peuvent être vus (voir ci-dessous) comme ceux de la densité et du champ de
vitesse tri-dimensionnels sous-jacents.
La thèse de François Levrier intitulée
"Désordre et cohérence dans les structures du milieu interstellaire:
analyse statistique, filtrage interférométrique et transfert
radiatif" a porté sur ce thème. Le
lien existant entre les propriétés statistiques des champs de densité et de
vitesse et celles des observables y est
démontré, en particulier l'indice spectral des centroides de vitesse est égal à
celui du champ de vitesse dans le cas des petites fluctuations de densité.
François Levrier propose également une méthode nouvelle et prometteuse
d'analyse et de traitement des données fondée sur les incréments de phase des
composantes de Fourier. Ce travail fait partie d'une analyse plus vaste des
performances du futur réseau ALMA dans le domaine de structures
auto-similaires. Enfin, dans le domaine du transfert radiatif de photons de
raie en milieu hétérogène, l'effet des corrélations entre le champ de densité
et celui des vitesses est analysé (collaboration avec Hegmann, Berlin).
En ce qui concerne le lien entre la turbulence
et la formation d’étoiles, deux paradigmes s'affrontent. L'un prédit que les
filaments denses dans lesquels se forment les étoiles sont dus aux chocs
inhérents à la nature supersonique, voire super-Alfvénique, de la turbulence,
et que ces chocs sont si puissants qu'ils forment d'emblée des structures assez
denses pour être instables gravitationnellement. L'autre prédit que la matière,
parce qu'elle est légèrement ionisée, n'échappe que lentement au soutien que
lui procure le champ magnétique, s'effondrant seulement une fois séparée de ses ions, sous l'effet de sa
propre gravité. Ces deux scénarios, on le comprend, prédisent des
évolutions temporelles, donc des taux de
formation d'étoiles, extrêmement différents et à ce jour les débats sur le
sujet continuent d'être vifs.
Les travaux de thèse de Pierre Hily-Blant
apportent un éclairage nouveau sur ce débat et montrent que les observations de
nuages moléculaires sur des dynamiques d’échelles suffisantes ne sont pas
compatibles avec les prédictions de la turbulence super-Alfvénique. De plus, si chocs il y a, ils sont nombreux,
petits et peu massifs.
Résultats d'investigations connexes
Effet
Zeeman du radical CN
Un champ magnétique de 1.1 mG a été détecté dans
une région de formation d’étoiles grâce à la mesure de l'effet Zeeman sur les 7
composantes hyperfines du radical CN, qui permettent de séparer sans ambiguité
la polarisation instrumentale de celle associée à la source. Cette valeur
confirme que le flux magnétique n'est pas conservé lors de la condensation du
gaz. Ce résultat est très prometteur et confirme que la méthode de cross-corrélation
du signal de deux récepteurs polarisés linéairement mise en œuvre récemment à
l'IRAM-30m surpasse de beaucoup les traditionnelles méthodes analogiques.
D'autres observations de ce type sont à venir (collaboration E.Falgarone, R.
Crutcher, H.Troland).
Emission
de l'eau dans un coeur protostellaire
Nous avons obtenu des spectres de la transition
J=1-0 de la molécule ortho-H2O à 557 GHz avec le satellite ODIN dans
la direction d'un coeur protostellaire et sur l'un des lobes du flot bipolaire
émis pas l'étoile en formation. La comparaison de la forme des profils de raie
sur ces deux positions nous permet d'établir, pour la première fois,
l'importance de l'émission du gaz choqué dans celle des cœurs protostellaires.
Ainsi, la radiation de la molécule d'eau ne reflète pas que très partiellement
la perte d'énergie gravitationnelle d'un coeur en effondrement, comme cela a
longtemps été dit. L'émission du choc est modélisée avec ceux de chocs MHD
développés par D. Flower, G. Pineau des Forêts et J. Le Bourlot (collaboration
I. Ristorcelli, E. Falgarone, M. Gerin, S. Cabrit).
Perspectives
Les structures à petite échelle détectées dans
le milieu moléculaire diffus sont, on l'a vu, extrêmement diverses.
Tracent-elles des chocs MHD particulièrement fins, dans un état très éloigné de
l'état stationnaire? Tracent-elles d'autres types de structures dissipatives?
Il n'est pas établi pour l'instant qu'il s'agit de différentes facettes d'une
même évolution très non-linéaire, mais des projets observationnels et modélisations
associées ont été engagés sur ces thèmes.
En particulier, une proposition d'observations des raies de rotation
pure de H2 dans les régions externes de galaxies proches a été
acceptée sur le satellite Spitzer Space Telescope. Un programme sur le temps
garanti Herschel/HIFI dédié à l'observation du milieu diffus est également
élaboré.
Dans le domaine de la modélisation, une
difficulté majeure est introduite par l'existence d'échelles de temps
dynamiques extrêmement courtes liées à la dissipation intermittente de la
turbulence, qu'elle se produise dans des chocs ou des vortex cohérents ou tout
autre processus intermittent. Cette intermittence est essentielle à la compréhension de l'existence de
certaines molécules observées dans le milieu diffus. Un effort particulier
continuera à être mené dans cette direction, en s'inspirant de méthodes
développées dans le cadre de la physique des systèmes complexes. Une école
thématique CNRS organisée par E. Falgarone et J. Le Bourlot a été financée sur ce thème en 2004 et
constitue un premier pas dans cette direction.
F. Dayou, W.-Ü L. Tchang-Brillet*, A. Spielfiedel, N. Feautrier
LERMA, FRE 2460 du CNRS,
Observatoire de Paris-Meudon
* Université Pierre et
Marie Curie (Paris 6)
M. Monnerville, Jean-Michel
Robbe
LPLAM, UMR 8523 du CNRS,
Université de Lille 1
La
photodissociation joue un rôle majeur sur l’abondance de SiO dans les nuages
translucides et les régions de photodissociation. Ne contribuent à ce processus
que les états électroniques excités qui possèdent un grand moment de transition
avec l’état électronique fondamental X 1∑+.
L’un des état les plus probables est l’état E 1∑+.
Cet état est fortement couplé à l’état F 1∑+ par
interaction non adiabatique pour des distances interatomiques de l’ordre de 4.5
bohr.
Les
potentiels électroniques et les moments de transition X-E et X-F , ainsi que le
couplage radial E-F ont été calculés
avec une grande précision (calcul
CASSCF+CI dans un large espace actif). Le calcul de la section efficace a mis
en évidence que la présence de l’état F ne se traduisait que par l’apparition
d’une série de pics de résonance, étroits en énergie, superposés au fond
continu provenant de la photodissociation via l’état E. Les calculs effectués
dans le cadre de l’approximation adiabatique ont montré une très forte
sensibilité du résultat final à la forme des potentiels et des moments de
transition pris en compte. Cette sensibilité est essentiellement due à une
rapide variation du moment de transition μXE dans la région de
Franck-Condon.

Section efficace de photodissociation en fonction de
l’énergie du photon
La formation de SiO est principalement due aux
réactions suivantes:
Si
+ O2
SiO + O
Si
+ OH
SiO + H
Ces deux réactions sont fortement exothermiques et
peuvent être considérées comme des réactions clé. Le taux de la première
réaction a été mesuré au laboratoire par deux groupes (Swearengen et al. 1978,
Husain et al., 1978), les valeurs obtenues différaient par plus d'un ordre de
grandeur. La mesure a été récemment reprise par l'équipe de B. Rowe, les
résultats montrent une variation du taux de réaction avec la température très
différente de celle obtenue par des modèles grossiers, par ailleurs une contribution
importante au taux de réaction à partir du silicium dans le niveau de structure
fine J=0 a été mesurée alors que les modèles donnent une contribution nulle. Il
a donc été important de bien comprendre les mécanismes de cette réaction.
Un calcul ab
initio de la surface d’énergie potentielle fondamentale de symétrie
singulet de la molécule SiO2 a été réalisé dans une approche
d’interaction de configuration (CASSCF + MRCI), de manière cohérente pour
l’ensemble des géométries susceptibles d’être sondées par les noyaux au cours
de la réaction. A partir d’une représentation analytique de la surface SiO2,
une méthode de trajectoires classiques a été employée afin de mettre en
évidence les mécanismes réactionnels mis en jeu et d’évaluer la constante de
vitesse de la réaction. La comparaison des résultats obtenus avec les valeurs
expérimentales récentes de cette constante, mesurée pour des températures
comprises entre 15 et 300 K, montre que la variation avec la température est
bien reproduite. Les amplitudes diffèrent de 20 à 35% par rapport aux valeurs
expérimentales. Cet écart peut s’expliquer par les différentes approximations
nécessaires à la comparaison des valeurs théoriques et expérimentales,
principalement liées à l’absence de mesure du rapport de branchement entre les
produits O(3P) et O(1D) 3. L’étude quantique
de la réaction, réalisée à l’aide d’une méthode de propagation de paquet
d’ondes, confirme les résultats classiques. Une étude de même type est en cours
pour la réaction
Si+OH àSiO+H

Constante de vitesse réactionnelle en fonction de la température
16. Transport
de champ magnétique par la turbulence
Stephan
FAUVE, ENS
Le transport de champ magnétique par l’écoulement turbulent
d’un fluide conducteur donne lieu à des effets antagonistes :
-
1)
l’accroissement de l’efficacité du mélange, i. e. la « diffusivité
turbulente », due à la création de petites échelles de champ magnétique par
advection des lignes de champ à grande échelle, qui engendrent une augmentation
de l’effet Joule,
-
2)
l’amplification du champ magnétique par les gradients de vitesse de
l’écoulement qui permet la génération d’un champ magnétique auto-entretenu par
effet dynamo,
-
3)
l’expulsion d’un champ magnétique transverse à toute région de l’écoulement
localement en rotation rapide.
Il en résulte que la réponse d’un écoulement turbulent
de fluide conducteur à un champ magnétique appliqué est très mal connu, même dans
la limite de champ appliqué suffisamment faible pour ne pas modifier
l’écoulement sous l’effet de la force de Laplace. Le problème n’est résolu que
si le nombre de Reynolds magnétique Rm est faible (Rm = μ0σVL,
où μ0 est la perméabilité magnétique du vide, σ la conductivité électrique, V
la vitesse typique de l’écoulement et L son échelle spatiale intégrale).
Dans ce cas, l’écart type DB des
fluctuations de champ magnétique dû à la turbulence, est proportionnel au champ
magnétique moyen <|B|>, le facteur de proportionalité étant Rm. Ceci
n’est pas le cas lorsque Rm est plus élevé, et la loi généralement admise,
δB2 ∞ Rm <B2>, conduit à de grandes contradictions
lorsqu’elle est confrontée aux observations du champ magnétique de la galaxie
par exemple ; les très grandes valeurs de Rm devraient induire des
fluctuations dominantes, alors qu’elles sont du même ordre de grandeur que le
champ moyen.
Nous avons étudié les fluctuations du champ magnétique
engendré par un écoulement turbulent de sodium liquide soumis à un champ
magnétique constant dans le cadre d’une collaboration avec le CEA-Saclay et
l’ENS-Lyon (Pétrélis et al., 2003). Nous avons mis en évidence la différence de
comportement entre les régimes de Rm faible (Rm < 1) et de grand Rm (1 <
Rm < 50). On observe bien δB ∞ Rm <|B|>, pour Rm faible mais pas
δB2 ∞ Rm <B2>,
pour Rm élevé. δB /
<|B|>, semble tendre vers une
constante à Rm élevé (bien entendu encore très faible par rapport à des
situations astrophysiques). Le spectre des fluctuations de champ magnétique a
un comportement en k-11/3 dans le domaine inertiel, ce qui est
conforme à une prédiction à la Kolmogorov. A basse fréquence temporelle, nous
avons mis en évidence un régime en 1/f en accord avec une prédiction en 1/k
pour les fluctuations du champ magnétique de la galaxie (à condition de
supposer que l’hypothèse de Taylor soit valable).
L’expérience dédiée à la mesure de la
diffusivité turbulente du champ magnétique dans un écoulement de gallium
liquide est poursuivie à l’ENS mais a pris un retard considérable en raison des
problèmes de support technique. Un premier montage test a été réalisé mais
l’écoulement engendré par une hélice dans une sphère avait un taux de rotation
global trop important par rapport à ses fluctuations turbulentes. Ceci conduit
à une expulsion du champ magnétique transverse à l’axe de rotation, ce qui
minimise d’autant les fluctuations de champ magnétique mesurable. Nous avons
donc testé d’autres configurations en eau (entraînement par plusieurs hélices)
et la configuration choisie est en cours de réalisation en gallium.
En parallèle, nous avons mené une étude théorique de
l’effet des fluctuations turbulentes sur le seuil et la saturation de l’effet
dynamo, c’est à dire dans le cas d’un
champ magnétique auto-entretenu par l’écoulement. Nous avons montré qu’au
voisinage du seuil d’instabilité dynamo, l’énergie magnétique engendrée dépend
fortement du nombre de Reynolds cinétique Re de l’écoulement (donc de son
caractère turbulent). Nous avons prédit son comportement dans les limites de
faible et grand Re (Pétrélis et Fauve, 2001). Un autre problème ouvert concerne
l’effet des fluctuations turbulentes sur la valeur du seuil de l’effet dynamo.
En décomposant le champ de vitesse en valeur moyenne et fluctuations turbulentes,
nous avons montré que ces dernières engendrent un faible décalage du seuil
tant que (δV/<|V|>)2 est
petit (Pétrélis et Fauve, 2004). Enfin, nous avons montré qu’une approche
phénoménologique à la Kolmogorov permet des prédictions dans la limite de Re et
Rm infinis avec Re >> Rm. Ceci est intéressant dans la mesure où
c’est le régime réaliste (pour les métaux liquides, les plasmas stellaires et
certaines régions du milieu interstellaire) et qu’il est totalement
inaccessible à l’aide de simulations numériques directes. Nous avons montré que
l’énergie magnétique croit en V3/2 ou plus précisément que le
rapport de l’énergie magnétique à l’énergie cinétique décroit en Rm-1/2.
Ceci montre, de façon surprenante, une certaine inefficacité de l’effet dynamo
à grand Rm. Il reste à déterminer si une rotation d’ensemble, ce qui est le cas
pour tous les objets astrophysiques, peut rendre l’effet plus efficace.
K. Alnama, S. Boyé, S. Douin, J. O’Reilly, N.
Shafizadeh et D. Gauyacq,
Laboratoire de Photophysique Moléculaire, Bât.210,
Université de Paris-Sud, 91405 Orsay
Introduction: La photolyse des petits hydrocarbures dans la partie
externe des enveloppes d'étoiles carbonées joue un rôle primordial dans la
chimie du carbone interstellaire, en particulier comme source de radicaux C2H
et C2 qui sont eux-mêmes à la base de la production de nombreuses
espèces carbonées dans le milieu interstellaire[1]. Les
modèles prédisent que ces régions, de densité et de température relativement
élevées (en comparaison avec le milieu interstellaire diffus et froid)[2],[3]
sont le siège d’une intense chimie qui conduit, entres autres, à la formation
de poussières carbonées, en passant par divers intermédiaires dont les
hydrocarbures aromatiques polycycliques (PAHs) et les chaînes carbonées[4]. Ces
dernières années, l’effort de l’équipe a porté sur la caractérisation des produits
de la photodissociation de ces hydrocarbures, présents en abondance diverse
dans ces régions : acétylène, éthylène, propyne, allène, éthane.
Expérience : Le rayonnement
VUV dispersé par un monochromateur simule le rayonnement galactique (voir Tableau
1) et permet de photolyser les molécules d’hydrocarbures dans une chambre à
faible pression ou en jet supersonique. La plupart des fragments sont formés
avec beaucoup d’énergie interne électronique, vibrationnelle et rotationnelle
et émettent dans le visible. Un dispositif original permet de détecter les
photons de fluorescence visible avec une grande efficacité et de disperser
ensuite les spectres d’émission afin de remonter aux populations des fragments
- C2, CH et C2H- dans leurs différents états
électroniques et vibrationnels.
Analyse
des fragments de la photolyse de C2H2 : Au-dessous du
potentiel d’ionisation (11,4 eV), les états de Rydberg de l’acétylène jouent le
rôle d’états relais vers la dissociation[5],[6],[7] et
se fragmentent exclusivement en C2H +H. Nous avons étudié la
distribution d’énergie interne de C2H à l’aide d’un modèle théorique
et nous avons pu montrer que, lorsque l’énergie de photolyse augmente, le
radical C2H est formé dans le premier état électronique A2Σ
de plus en plus chaud vibrationnellement[8], avec
très peu ou pas d’énergie translationnelle. Ceci indique que si le radical C2
est principalement formé à partir de l’acétylène et avec des photons d’énergie
inférieure à 11,4 eV, il provient de la photodissociation secondaire de C2H.
Le fragment C2H émet non seulement dans l'IR (autour de 2,7 µm) mais
également dans le visible (autour de 500 nm) de façon conséquente pour les
longueurs de photolyse inférieures à 125 nm.
Tab.1 Comparaison
entre les conditions typiques dans une enveloppe circumstellaire et nos
conditions expérimentales au rayonnement synchrotron.
|
|
Enveloppe
circumstellaire d’IRC+10.216 |
Conditions expérimentales sur la ligne synchrotron
SU5 |
|
Flux (région autour de 10 eV) |
104 photons.cm-2.s-1.nm-1 |
1015 photons.cm-2.s-1.nm-1 |
|
Densité gaz C2H2
pur |
103 molécules.cm-3 |
1014 molécules.cm-3 |
|
Température
rotationnelle |
~ 25 K
|
35 K
|
Au-dessus du
potentiel d’ionisation, hormis la photoionisation qui devient un processus important,
d’autres voies de fragmentation neutres s’ouvrent (vers C2 et CH
électroniquement excités). Nous avons pu déterminer les rapports de branchement
vers les différents fragments dans les voies neutres, à plusieurs longueurs
d’onde de photolyse, ainsi que la population vibrationnelle naissante de ces
différents fragments. Un article sur ces résultats est en préparation.
Photolyse
de l’éthylène : C2H4 est également un des
candidats sérieux pour la production de radicaux carbonés dans les atmosphères circumstellaires[9]. La
même approche expérimentale a été utilisée pour étudier les fragments de la
photolyse VUV de la molécule d’éthylène entre 200 et 50 nm. A partir de la
fluorescence dispersée des produits radicalaires (voir Figure 1), nous avons
trouvé que le radical C2H(
) excité est le produit majoritaire de la fragmentation de
l’éthylène. Il est également formé avec une excitation vibrationnelle très
importante comme dans l’acétylène.
Fig.1
Spectres d’émission dispersée des fragments C2H, CH, C2
et H en fonction de l’énergie de photolyse de C2H4.
Nos données nous ont permis de remonter
aux mécanismes moléculaires de dissociation conduisant aux différents fragments
excités (CH, H, H2). La plupart de ces mécanismes passent par
l’intermédiaire éthylidène HCCH3 (avec un carbone pyramidalisé) et
conduisent à des dissociations sans barrière d’activation[10],[11].
Parallèlement à ces études de
fluorescence menées au rayonnement synchrotron, nous avons étudié la
spectroscopie multiphotonique de quelques états de Rydberg de l’éthylène
(analyse en cours).
Photolyse de l’allène, propyne et
éthane : Le propyne (CH3C≡CH), l’allène son isomère
(H2C═C═CH2) et leurs produits de dissociation
ont été identifiés dans divers milieux astrophysiques tels que les atmosphères
de planètes riches en hydrocarbures ou certains nuages interstellaires. Dans le
but d’élucider la parenté des radicaux C3, C3H, C3H2,
nous avons entrepris l’étude de la dynamique de relaxation des états excités de
ces deux molécules. Seuls les fragments excités CH, C2 et H et leurs
seuils d’apparition ont été identifiés, dans la région 180-40 nm. Alors qu’il
était proposé jusqu’à présent que la dissociation au-dessus de 12 eV était
similaire pour ces deux molécules, un de nos résultats marquants est le
comportement différent dans les voies de fragmentation selon l’isomère excité.
Nous avons mis en évidence une dissociation très rapide par rapport à
l’isomérisation dans les régions d’énergie très élevées, différenciant ainsi
les deux isomères dans leur photolyse VUV. Un article sur ces résultats est en
préparation. L’analyse de nos données sur la photolyse de l’éthane est en
cours.
18. Spectroscopie infrarouge du méthane à très
haute température
Responsables du projet: R. GEORGES et S. D. LE PICARD
Equipe d'Astrochimie Expérimentale, UMR CNRS PALMS
6627,
Bât. 11C, Université de Rennes I, Campus de Beaulieu,
Av. du Général Leclerc, F-35042 Rennes Cedex, France
1.
Introduction
Ce travail a été motivé par la
caractérisation et l'évolution de la structure interne des objets stellaires et
sub-stellaires froids, objets dont les températures de surface modérées sont
typiquement inférieures à 3000 K. Les modèles d'évolution utilisés dépendent de
façon critique des conditions de surface[12],
appréhendées en général par photométrie visible ou infrarouge. Or, l'extraction
des paramètres atmosphériques des spectres observés suppose une bonne connaissance
des opacités des molécules et/ou des particules condensées qui composent ces
atmosphères. Pour l'heure, les meilleures bases de données spectroscopiques
disponibles (GEISA[13], HITRAN[14])
ont été développées pour des applications à basse température principalement
liées à l'atmosphère terrestre, et ne sont pas directement extrapolables au
domaine de température dont il est question ici. Un constat précis a été
établi pour le méthane[15], molécule qui joue un rôle
majeur dans un grand nombre d'environnements astrophysiques parmi lesquels on
peut citer : les naines brunes, les planètes extra solaires mais également les
planètes géantes de notre propre système solaire, le satellite de Saturne
Titan, les étoiles naines riches en carbone ou encore les disques
proto-stellaires. Il émane de ce constat que les modèles théoriques actuels,
fondés sur une approche globale des Hamiltoniens effectifs de la molécule
(Spherical Top Data Sytem (STDS)[16]), ne peuvent générer un
spectre synthétique fiable au-delà de 1000 K. A de telles températures ce sont
en effet plusieurs millions de raies spectrales de rotation-vibration qui
doivent être intégrées dans un calcul de transfert radiatif complet. La
contribution des bandes chaudes est particulièrement mal reproduite car la connaissance
des états vibrationnels de haute énergie est très fragmentaire. Notre objectif
est de combler en partie ces lacunes en produisant des données spectroscopiques
dans l'infrarouge jusqu'à des températures de l'ordre de 2000 K. Le méthane
reste notre première molécule cible mais la méthode pourra être adaptée à
l'acquisition des spectres haute température de toute autre espèce chimique
d'intérêt astrophysique.
2.
Approche expérimentale et premiers spectres
Même si elle offre des densités
colonnes importantes, la spectroscopie en cellule de gaz statique se heurte à
de sévères problèmes de tenue et de réactivité chimique des matériaux (parois,
fenêtres optiques, joints d'étanchéité) dès que la température excède quelques
centaines de degrés. Notre objectif étant d'atteindre 2000 K, nous avons opté
pour la génération d'écoulements gazeux à haute température. Ils présentent les
avantages d'être libres de tout support matériel et de pouvoir être sondés en
absorption et en émission. La pièce maîtresse du dispositif expérimental est
l'injecteur de gaz (voir Fig. 1) capable de chauffer en continu des débits
massiques de gaz importants. L'efficacité du chauffage est assurée par un
échangeur thermique original constitué d'un barreau de graphite poreux traversé
par un fort courant électrique. Le gaz, initialement à température ambiante,
diffuse en s'échauffant à travers les pores du barreau, de sa périphérie vers
la partie évidée de son centre qui le canalise vers une chambre de détente
maintenue à basse pression. Une température de 1400 K a été atteinte dans le
barreau lors de l'injection d'un débit de 21 L.min-1 d'argon (débit
rapporté aux conditions de température et de pression standards). Cette
température a été volontairement limitée pour ne pas endommager la chemise
métallique qui est actuellement en INOX mais ce matériau sera prochainement
remplacé par du tantale afin d'atteindre 2000 K. La partie évidée du barreau
constitue le réservoir d'un gaz quasi-statique dont la très forte enthalpie est
convertie en énergie cinétique lors de sa détente. La structure de l'écoulement
qui se forme en aval de l'orifice de sortie est celle d'un jet libre. Les
différents moyens de caractérisation hydrodynamique que nous avons mis en œuvre
(temps de vol et cartographie par pression d'impact) ont révélé la formation
attendue d'une première zone supersonique suivie d'une seconde zone beaucoup
plus complexe composée d'un enchaînement de cellules hydrodynamiques
vraisemblablement délimitées par un réseau d'ondes de chocs obliques.

FIG. 1 – Un barreau de graphite poreux constitue la
source de forte enthalpie.
Deux protocoles expérimentaux ont
été validés. Le premier consiste à sonder la zone supersonique par absorption
infrarouge. Le très faible nombre de collisions moléculaires qui caractérise
cette région de l'écoulement est à l'origine de son état de très fort non
équilibre thermodynamique. Le refroidissement consécutif à la violente détente
du gaz affecte principalement la rotation, la vibration étant quant à elle très
peu relaxée. Ceci se traduit par la décongestion rotationnelle des bandes
d'absorption vibrationnelles observées – ce qui facilite leur analyse – sans
faire disparaître les bandes chaudes puisque la
vibration reste peuplée. Ce découplage des degrés de liberté internes de
rotation et de vibration a été vérifié sur le méthane : un écart de 200 K
a été mesuré à partir des intensités de la bande à 3,3 mm (voir Fig. 2a). Le deuxième protocole consiste à
générer un jet effusif en limitant le débit de gaz injecté dans le barreau de
graphite. Le rayonnement en provenance des molécules contenues dans la partie
évidée du barreau est envoyé dans le spectromètre. Ceci nous permet d'obtenir
le spectre d'émission du gaz à l'équilibre thermodynamique. Un premier spectre
haute résolution du dioxyde de carbone a ainsi été obtenu à 1100 K (voir Fig.
2b).

FIG. 2 – a :
Spectres expérimental et simulé
(J. P. Champion) du méthane (Trot = 450 K, Tvib = 650 K).
b : spectre expérimental
d'émission du dioxyde de carbone à 1100 K (ETL).
19. Le spectre
submillimétrique des galaxies proches: raies du carbone et du monoxyde de
carbone
Gérin M.1,
Bayet E. 1, Phillips T.G. 2, Pety J. 3,
Contursi A. 4
1 LERMA, UMR 8112 CNRS, Observatoire de Paris et
ENS,
2
CSO Observatory, Caltech (
3 IRAM (Grenoble),
4 MPE (Garching, Allemagne)
Pourquoi étudier le spectre des galaxies
?
Si la raie de rotation fondamentale du monoxyde
de carbone,à 115 GHz, est le traceur le plus fréquemment utilisé de la présence
de gaz moléculaire dans les galaxies, cette raie contribue très faiblement au
refroidissement du gaz. Le refroidissement est dû principalement aux raies de
structure fine du carbone ionisé et de l'oxygène neutre, à 158 µm et 63 µm
respectivement. Les raies provenant des niveaux excités de CO, ainsi que les
raies de structure fine du carbone neutre, contribuent aussi au refroidissement
du gaz. Tout comme les raies du domaine
infrarouge lointain, les raies du domaine submillimétrique nous renseignent sur
le chauffage du gaz, et donc sur les conditions physiques, et l'activité de
formation stellaire de la galaxie, sans être perturbées par l'extinction des
poussières.
Ces dernières années, les progrès des
instruments dans le domaine des longueurs d'ondes submillimétriques ont rendu
possible l'observation des galaxies extérieures depuis le sol. Notre équipe a
donc entrepris l'étude exhaustive du spectre de quelques galaxies proches, en
utilisant le radiotélescope submillimétrique de Caltech, le CSO (Caltech
Submillimeter Observatory). Ces données ont été couplées aux mesures dans
l'infrarouge effectuées par les satellites ISO (et/ou IRAS) ainsi qu'aux
données millimétriques (IRAM et autres radiotélescopes du domaine
millimétrique). Le soutien du PNG et du PCMI a permis de financer des missions d'observations
au CSO, à Hawaii, ainsi que des missions pour le traitement des données (IRAM,
ISO).
Résultats et perspectives
L'ensemble des raies de CO mesurées sur chaque
galaxie a été modélisé, par un modèle de transfert de rayonnement, ainsi que
par un code plus sophistiqué (PDR pour PhotoDissociation Regions). Un
ajustement satifaisant est obtenu pour ces deux classes de modèles, qui permet
d'extrapoler le spectre vers les courtes longueurs d'onde, inaccessibles du
sol. La figure présente une comparaison de quelques objets, où les données
d'observation sont complétées par des résultats de modèles pour les points
manquants. Cette figure met bien en évidence le rôle des raies
submillimétriques de CO (autour de CO(6-5)) pour le refroidissement du gaz. De
plus, la forme de la courbe de refroidissement diffère selon le type de galaxie : le pic se situe vers des
transitions plus excitées de CO pour des galaxies formant intensément des
étoiles (comme NGC 253) par comparaison aux galaxies normales (comme notre Galaxie).
Pour mieux connaître la distribution spatiale du
gaz dans une des galaxies de notre échantillon (IC 10), nous avons effectué des
observations avec l'interféromètre du Plateau de Bure (IRAM) et au télescope de
30m. Ces données, où toutes les fréquences spatiales sont échantillonnées pour
donner une image complète du gaz moléculaire, sont en cours d'étude.

Figure : Comparaison de l'intensité des
raies de CO, pour notre Galaxie et le Cloverleaf QSO (en haut à gauche), une
galaxie starburst NGC 253 et une galaxie irrégulière (en haut à droite),
une galaxie compacte starburst Henize 2-10 et une galaxie spirale formant des
étoiles M 83 (en bas à gauche) et deux galaxies spirales NGC 6946 et IC
342 (en bas à droite). Pour faciliter la
comparaison, les données de chaque
galaxie sauf NGC~253, sont multipliées par un facteur donné dans chaque cadre.
(voir Bayet et al. 2004 (A&A sous presse) pour les sources des données).
Bayet E., Gerin M., Phillips T.G., Contursi A.,
2004, A&A sous presse.
20. Formation
et évolution des étoiles massives des nuages de Magellan
Responsable : M. Heydari-Malayeri, LERMA
Participants :
V. Charmandaris (Cornell), L. Deharveng (Marseille), Th. Le Bertre (LERMA), F. Meynadier
(LERMA),G. Rauw (Liège), M.R. Rosa (ESA/ESO), D. Schaerer (Genève), N. Walborn
(Space telescope), H. Zinnecker (Potsdam)
Thèses:
Frédéric Meynadier (LERMA) et Fabrice Martins (Toulouse, Genève).
Nos
recherches ont été consacrées à l'étude de la formation et de l'évolution des
étoiles massives des Nuages de Magellan ainsi qu'à leur interaction avec le
milieu interstellaire proche (les régions H II et leurs nuages moléculaires
associés). La formation des étoiles massives est encore un des problèmes
non-résolus de l'astrophysique malgré de récents efforts théoriques et
observationnels. En tout cas, les échelles de temps d'évolution des étoiles
massives étant très courtes, ces étoiles
atteignent la séquence principale alors que l'effondrement n'est pas encore
achevé, et lorsqu'elles se dégagent de leur matière moléculaire prénatale elles
sont déjà relativement évoluées. Les phénomènes de formation et d'évolution des
étoiles massives sont donc étroitement liés, et afin de comprendre la formation
de ces étoiles il faut trouver les
étoiles massives les plus jeunes enfouies dans les nuages de gaz et de
poussière et étudier leurs paramètres physiques.
J'ai été le
P.I. de plusieurs projets de recherche dans une collaboration internationale
utilisant le HST et les télescopes de
l'ESO (VLT et NTT) pour étudier une classe particulière des régions H II
compactes dites HEBs (High Excitation Blobs) que nous-mêmes avons découverte
auparavant. Nos résultats ont paru dans
plusieurs articles A&A et ont aussi
été relayés par 4 communiqués de presse NASA/HST/ESA.
Très
brièvement, l'imagerie et la photométrie à haute résolution avec la caméra
WFPC2 du HST nous a permis de
résoudre pour la 1ère fois les HEBs LMC N83B, N11A et N160A et de découvrir les étoiles cachées qui
les animent (Heydari-Malayeri et al. 2001a, 2001b, 2002b). Les images HST mettent aussi en évidence des
structures nébulaires spectaculaires (chocs, fronts d'ionisations, vents
stellaires, cavités, bulles, etc) marquées des motifs de poussière, le tout
indicateur des environnements turbulents propres aux sites de formation
d'étoiles massives. Nos observations révèlent également que les HEBs sont engendrés par des amas
d'étoiles massives les plus jeunes des associations OB auxquelles elles
appartiennent. Dans le cas de N11A, il y a 5 étoiles concentrées sur moins de
2'' (0.5 pc) dans le ciel, l'étoile la plus lumineuse étant une étoile O de
sous-type intermédiaire. En ce qui concerne N83B, la flambée de formation
stellaire a créé une vingtaine d'étoiles
réparties sur ~ 30'' (7.5 pc)
dans le ciel. N83B possède une ligne de faîte impressionnante et une
cavité sculptée dans le gaz ionisé par
les vents puissants des étoiles massives, l'âge de la cavité étant estimé à
seulement 30,000 ans. Les observations montrent aussi la présence de deux
régions H II compactes jusqu'ici inconnues. L'une d'elles, qui contient
l'étoile la plus chaude de la flambée, a une taille de ~2''.8 (0.7 pc) et elle
est affectée par une extinction de Av = 2.5 mag. Ces régions H II se trouvent
dans une zone bordée par le nuage moléculaire associé. Elles sont probablement
dues à une formation séquentielle générée par le front d'ionisation de la
région H II avançant dans le nuage moléculaire. Nous présentons aussi un
scénario conforme avec la formation hiérarchique des étoiles dans l'association
LH5. Par ailleurs, en utilisant le HST
nous étudions divers aspects de LMC N160A et résolvons pour la première fois
ses deux HEB N160A1 et N160A2 (Heydari-Malayeri et al. 2002b).
Dans un autre travail de recherche, nous
avons étudié les caractéristiques physiques des étoiles excitatrices de SMC N81
découvertes auparavant par nous-même au
cours d'un projet HST en utilisant le
spectrographe STIS (Heydari-Malayeri 2002a).
Les spectres UV nous ont permis de classifier ces étoiles comme O6-O8.
Or elles sont moins lumineuses (jusqu'à 2 mag en absolu) que les étoiles
"normales", galactiques et
magellaniques, de même type spectral. Chose très surprenante, le vent stellaire
de ces étoiles est extrêmement faible par rapport à celui des étoiles O naines.
Notre étude préliminaire nous a conduit à la conclusion que ces étoiles
doivent représenter une classe

Figure 1. L'image composée de la
région H II N160A du Grand Nuage de Magellan obtenue avec la caméra WFPC2 de
Hubble. Elle résout pour la première fois les deux sites de formation d'étoiles
massives la plus récente de N160A (les yeux du monstre) et met en évidence les
structures nébulaires et d'extinction spectaculaires. La taille de l'image est de 67 x 67 secondes
d'arc, correspondant à 17 x 17 pc à la distance du Nuage (Heydari-Malayeri et
al. 2002b). Ce résultat a fait l'objet de deux communiqués de presse ESA
et NASA les 18 Octobre et 19
Décembre 2001 respectivement.
d'étoiles
massives très jeunes tout juste arrivées sur la séquence principale. Afin d'approfondir cette étude, nous avons,
en collaboration avec Martins et Schaerer, étudié les propriétés du vent de ces étoiles au
moyen des modèles d'atmosphère hors-ETL qui tiennent compte de l'effet blanketing (Martins et al. 2004). Par
conséquent, nous confirmons que les étoiles de SMC N81 sont très jeunes (0-4
Myrs). Leur taux de perte de masse est
de 10-8-10-9 MO
yr-1, c'est à dire nettement plus faible que ceux des étoiles O
typiques des Nuages de Magellan. En outre, les moments angulaires modifiés du
vent sont d'un ou deux ordres de grandeur plus petits que ceux prévus par les
modèles hydrodynamiques les plus récents. Même si nous sous-estimons la perte
de masse d'un facteur 10 -- ce qui est fort improbable -- nos conclusions
restent valables quantitativement. On peut envisager quelques explications pour
cette anomalie des étoiles O. Par exemple, la brisure de la relation moment
angulaire-luminosité pour les faibles luminosités (log L/LO < 5.5). Mais on ne peut pas la justifier. On
peut aussi considérer que la pente de la relation vent-luminosité soit plus forte que ce qu'on croit. Cependant les simulations hydrodynamiques
actuelles ne montrent aucun changement de pente pour la métallicité de SMC,
d'autant plus que selon certains indices il y a des étoiles galactiques avec
des propriétés de vent similaires à celles nos étoiles SMC N81. On peut évoquer
d'autres causes, mais l'origine du vent très faible des étoiles de N81 reste
inconnue. Nous proposons que ce phénomène est dû au jeune âge de ces étoiles:
le vent n'est pas encore bien établi dans ces étoiles massives nouvellement
formées.
Nous avons également étudié l'environnement stellaire de SMC N81
dans le domaine IR proche en utilisant la caméra ISAAC sur le VLT
(Heydari-Malayeri et al. 2003b). Nous montrons la présence de trois populations
stellaires inconnues dans la direction de N81. La population principale peut
être simulée par des modèles d'évolution des
étoiles de 2 Mo âgées de 1
Gyr. Selon nos arguments, ces populations
ne sont pas associées avec la région H II N81 et résultent de plusieurs
évènements de formation d'étoiles de faible masse de long de la profondeur du
SMC au sud de l'aile de Shapley.
Nous avons également étudié les amas d'étoiles massives LMC R127
et R128 en utilisant l'imagerie et la spectroscopie obtenues avec le télescope
NTT de l'ESO. R127 est l'étoile massive évoluée (LBV) la plus spectaculaire du
LMC. Une technique avancée d'analyse d'images nous a permis de résoudre ces
amas en 14 et 33 composantes respectivement et d'obtenir leur photométrie. Plus
particulièrement, nous montrons que R127 est composée d'au moins quatre étoiles
et identifions la composante LBV. La composante la plus proche du LBV (étoile
#8) se trouve à 1".5 de celle-ci. De même, en utilisant la spectroscopie
nous donnons la classification spectrale de 19 étoiles et présentons tout
particulièrement le premier spectre de la 2ème composante la plus
brillante de R127 (étoile #3) située à 3".3 de la LBV. La comparaison avec
les modèles d'évolution nous indique que les étoiles les plus vielles de l'amas
sont âgées de ~ 6-8 Myr, alors que l'étoile la plus massive de la région (#7),
formée il y a ~3 Myr avec une masse de 80 MO,
a évolué en LBV (Heydari-Malayeri et al. 2003a).
21.
Dispositif expérimental PIRENEA
Responsable : C. Joblin (CESR, Toulouse)
-
A- Contexte
L’expérience Piège à Ions pour la Recherche et
l'Etude de Nouvelles Espèces Astrochimiques est destinée à simuler en laboratoire
la physico-chimie interstellaire et cométaire impliquant des nano-objets de
type macromolécules, complexes moléculaires, agrégats et nanoparticules.
L’originalité du dispositif est de coupler les performances d’un instrument de
spectrométrie de masse à résonance cyclotronique ionique à transformée de
Fourier (FT-ICR MS) avec un environnement cryogénique, le tout équipé d’une
interface photophysique et d’une interface chimique. Il permet d’étudier des
processus qui mettent en jeu l’émission infrarouge comme la photodissociation à
ras du seuil et l’association radiative. Un autre avantage est de pouvoir
produire et isoler des espèces (ionisées) hautement réactives dans les
conditions du laboratoire mais qui sont des espèces d’un grand intérêt pour l’astrophysique/
astrochimie. C’est par exemple le cas des hydrocarbures aromatiques
polycycliques (PAH) déshydrogénés.
-
B- Le dispositif PIRENEA - Développements sur la
période 2001-2004
Sur cette période, un certain nombre de développements
techniques ont été réalisés ainsi que des expériences de qualification et
d’optimisation concernant –(i)- la production et l’isolation des ions, -(ii)-
l’interface photophysique comprenant une lampe à arc xénon et un laser OPO
accordable entre 400 nm et ~2 µm et –(iii)- l’interface chimie
permettant l’injection de gaz moléculaire pour les études de réactivité. Les
financements obtenus dans le cadre du PN PCMI : 10 k€ (2004), 8 k€ (2003),
12 k€ (2002), 12 k€ (2001) ont été utilisés pour les équipements des postes –(i)-
équipement du sas d’introduction des échantillons, atténuateur pour le laser
d’ablation-ionisation et –(ii)- mise en place d’une cellule de gaz pour générer
des photons de 10 eV. Ces financements ont également permis une
participation au fonctionnement de l’expérience et aux missions techniques
(échanges avec des équipes ayant des
dispositifs FTICR : principalement P. Boissel au LCP à Orsay, également
J.F. Muller du LSMCL à l’Université de Metz) ainsi qu’au financement d’une
campagne d’expériences sur le dispositif MICRA/CLIO à Orsay en juillet 2003.
C- Collaborations autour du dispositif PIRENEA et de
son exploitation scientifique
Laboratoire de Physique Quantique /UMR 5626 (F.
Spiegelman. F. Calvo, F. Jolibois, C. Marsden) et Laboratoire de Chimie de
Coordination /UPR 8241 (B. Chaudret) à Toulouse, Laboratoire de Chimie
Physique /UMR 8000 (P. Boissel, J. Lemaire, Ph. Maitre) à Orsay,
Laboratoire de Physico-Chimie Moléculaire /UMR 5803 (J. Mascetti) à
Bordeaux, Laboratoire de Spectrométrie de Masse et de Chimie Laser /E.A. 1094 (J.-F.
Muller, G. Krier) à Metz, LERMA /UMR 8112 (M. Gerin) et LUTH /UMR
8102 (J. Le Bourlot) à l’Observatoire de Paris, IEM – CSIC (J.
Cernicharo) à Madrid
-
D- Exploitation scientifique
Les études expérimentales sont menées en couplage étroit
avec des observations sol (CFHT, VLT, IRAM,...) et satellite (ISO, Spitzer)
impliquant plusieurs collaborations en particulier avec J.-P. Maillard (IAP,
Paris) et M. Gerin (LERMA) et collaborateurs.
-
Photodissociation
des PAH et des chaînes carbonées pour comprendre la production de H2 et des
petits hydrocarbures dans les régions de photodissociation.
Résultats: la photodissociation du PAH type C24H12+
et de ses fragments C24Hn+ (n=[0,11]) se
produit par perte d’atomes d’hydrogène. La confrontation de ces résultats avec
les prédictions d’un modèle de photophysique décrivant les échanges d’énergie a
permis de montrer que la dissociation des espèces avec n pair se produit pour
une énergie interne d’environ 10 eV alors que celle des espèces à n impair
nécessite moins d’énergie (5-6 eV). L’énergie de liaison correspondante
est de 4.48 et 3.2 eV pour n pair et impair respectivement. Pour la voie –H2,
une barrière d’au moins 2.3 eV par rapport au 2.17 eV du bilan énergétique est prédite.
Ces expériences menées en irradiation continue avec les photons du domaine
proche UV–visible de la lampe Xe vont être poursuivies avec des photons VUV de
10.5 eV. Des calculs théoriques sont menés pour quantifier les différentes
voies de dissociation (collaboration CESR-LPQ/IRSAMC avec F. Jolibois).
La photodissociation de C24+ a
permis de mettre en évidence une voie principale de dissociation produisant C14+.
Toute une série d’agrégats Cn+ (n=[10,22]) ont pu être
générés par cascade.
-
Chimie
des PAH et des chaînes carbonées
Résultats: -(i)- pas de réactivité des espèces C24Hp+
(p=1,..,12) et Cn+, (n=24, .., 10) avec H2.
-(ii)- réactivité observée de C24H2p-1+
(p=1,..,6) avec O2 et H2O
|
|
|
|
Les espèces radicalaires C24H2p-1+
(p=4,5,6) réagissent avec O2 (P~3 10-8 mbar) pour
former C23OH2p-1+ (insertion de O, éjection
de CO) |
Formation du corannulène (soucoupe avec un cycle à 5
au centre) par photodissociation des produits de réaction. |
Une des voies de photodissociation des espèces formées
par réaction chimique avec H2O (espèces C24H2p-1+
-H2O) donne naissance à la formation de C23H11+
comprenant un cycle à 5 en périphérie. Les espèces contenant un cycle
pentagonal sont plus stables au rayonnement UV-visible que les espèces C24Hp+
contenant des cycles à 6 uniquement et pourraient être de bons candidats
interstellaires.
-
Spectroscopie
par photodissociation
En raison de la faible quantité d’ions piégés (106-107),
seules des études de spectroscopie d’absorption par dissociation
multiphotonique peuvent être envisagées. Des expériences menées avec le laser
OPO suggèrent que la bande à 459 nm attribuée à C24H12+
dans des études en matrice de gaz rare est due à une autre espèce produite par
photolyse UV de C24H12. Des études complémentaires sont
en cours.
Dans le domaine infrarouge, la spectroscopie
multiphotonique nécessite en général un laser puissant comme un laser à
électrons libres (LEL). Nous avons tenté la mesure du spectre des espèces C24Hp+
(p=12, 11, 10) avec le dispositif MICRA (équipe du LCP) sur le LEL CLIO mais
nous avons été confrontés à un certain nombre de difficultés liées en
particulier au mauvais confinement des ions, difficultés que nous espérons pouvoir
résoudre dans un futur proche.
-
Evolution
vers d’autres systèmes chimiques : complexes moléculaires et
nanoparticules
L’amélioration des performances de détection et de la
production des ions nous permet d’envisager l’étude d’autres systèmes chimiques
liés aux thématiques scientifiques de notre équipe :
-(i)- des
PAH de grande taille (~100 atomes de carbone),
-(ii)- des
agrégats de PAH récemment mis en évidence dans les régions de photodissociation
(Rapacioli, Joblin, Boissel, 2004, A&A),
-(iii)- des
complexes organométalliques formés de PAH et d’atomes de Fe comme proposé par
Serra et al. (1992),
–(iv)- des
nanoparticules de silice puis de silicates en liaison avec l’activité de
synthèse menée par C. Nayral au CESR en collaboration avec des laboratoires de
chimie toulousains (LCC, LHFA).
Des expériences préliminaires ont déjà été menées dans
les thématiques –(i)- et –(iii)-. L’ensemble de ces expériences devrait en
particulier permettre de mieux évaluer le rôle de la chimie hétérogène dans la
chimie interstellaire.
22. Poussières et structure du milieu
interstellaire
A.Jones, Institut d‘Astrophysique
Spatiale, Université Paris-Sud
A.
Abergel, F. Boulanger, P. Cox, E. Habart, M. Miville Deschênes, G. Pineau des
Forêts, B. Stepnik, L. Verstraete
Notre
travail porte sur les poussières interstellaires : leur nature et leur
évolution mais aussi leur rôle de traceur et acteur de la structuration et de
l’évolution chimique du milieu interstellaire. Ce travail s’articule autour
d’observations avec les satellites infrarouges ISO et Spitzer ainsi que les ballons PRONAOS et ARCHEOPS et s’intègre
dans la préparation scientifique de Herschel et Planck.
Notre
analyse des observations vise à caractériser la poussière le long de son cycle
d’évolution dans l’espace, des phases ténues du milieu interstellaire aux
nuages moléculaires et, avec le gain en résolution des observations, aux
condensations proto-stellaires et à la matière circumstellaire autour des
jeunes étoiles en particulier les disques proto-planétaires. A travers ce
travail nous cherchons à identifier les processus physiques responsables
de l’évolution des grains (où, comment
et sur quelles échelles spatiales et temporelles?). et son impact sur les
conditions physiques et la chimie du gaz. Les observations sont pour cela
interprétées dans le cadre de modèles où les émissions de la poussière et du
gaz sont reliées aux processus d’interaction matière rayonnement et gaz grains
(couplages physico-chimiques, énergétiques et
dynamiques). Cette activité touche en de
nombreux points à celle du groupe
d’Astrochimie expérimentale de Louis d’Hendecourt. L’étude et la modélisation
des avant-plans galactiques dans les observations du fond micro-onde
constituent par ailleurs un lien fort avec la cosmologie. Nos principaux résultats sur ces quatre derniers
années sont :
(1) Grains interstellaires : Les PAHs sont présents dans les régions de l’espace interstellaire pénétrés par le
rayonnement ultraviolet des étoiles: le milieu diffus et les bords de nuages
moléculaires mais en abondance en variable. Leur abondance varie à petite
échelle dans le milieu diffus et au bord
des nuages moléculaires avec l’intensité/la dureté du champ de rayonnement près
des étoiles chaudes. Les variations d’abondances dans le milieu diffus suggèrent
une action rapide (échelles de temps ~ 106 ans) de processus
d’agglomération des PAHs en agrégats dans les régions denses, équilibré par la
fragmentation de ces agrégats dans les régions de forte turbulence
(Miville-Deschenes et al. 2002). Pour les bords de nuages moléculaires, les
observations montrent une évolution physico-chimique des particules sous
l’effet du rayonnement UV, tracée par une réduction systématique du contraste
des bandes PAHs et le changement de certains rapports de bandes de la surface
vers l’intérieur des nuages (Abergel et al. 2003). Les propriétés
spectroscopiques des PAHs définies par les observations ISO ont été intégrées
dans notre modèle d’émission des poussières. Nous avons également intégré ces
propriétés dans le modèle de régions photo-ionisées et de photo-dissociation
Cloudy ce qui va nous ouvrir de nouvelles possibilités dans la
modélisation des observations. Gros
grains: Nous avons mis en évidence une variation de leur émissivité entre le
milieu diffus et les nuages moléculaire (Stepnik et al. 2003). Nous travaillons
sur le polarisation de leur émission à
grande longueur d’onde mesurée pour la première fois par Archeops.
(2)
Dynamique des grains : En
collaboration avec Jon Slavin (CfA, Harvard, Etats-Unis) et Xander Tielens
(SRON, Pays Bas) Anthony Jones a étudié la dynamique des grains dans les chocs
de supernova de type J. Le but de cette étude était de comprendre la survie des
gros grains interstellaires de taille micronique observés dans les météorites
(e.g., grains présolaires du SiC et de la graphite) en quantifiant à travers le
choc leur érosion, vaporisation et fragmentation dans les collisions gaz -
grain et grain - grain. Pour cela nous avons suivi les trajectoires des grains
en deux dimensions dans un choc en fonction de la taille, la composition des
grains et la vitesse du choc (Slavin, Jones & Tielens 2004). Cette approche
évite de supposer que tous les grains
sont toujours bien couplés au gaz, c’est-à-dire que les rayons de giration des
grains autour des lignes de champ magnétique sont beaucoup plus petits que la
profondeur du choc. Cette étude met en évidence la diversité des trajectoires
de grains de taille micronique. Ils sont soit piégés à l’arrivée du choc et
accélérés à haute vitesse, soit piégés dans le choc et détruits, soit
complètement découplés du gaz et passent alors directement dans le gaz chaud
derrière le choc sans être détruits. Les grains piégés à l’arrivée du choc font plusieurs réflexions entre le gaz choqué
et le gaz avant l’arrivée du choc. Ils sont accélérés à très haute vitesse (des
milliers de km/s) et peuvent être à l’origine des rayons cosmiques quand les
grains sont détruits par érosion produisant donc les ions (principalement de C,
O, Mg, Si et Fe) à très haute énergie (~0.1—3 MeV). Nous avons commencé à
étudier la dynamique des grains dans les chocs C.
(3) Couplage
physico-chimique gaz-grains : La modélisation de données ISO montre que les petits grains (de rayon
inférieur à 10 nm) dominent le chauffage du gaz (Habart et al. 2001) et que leur surface est probablement le site de
formation de la molécule H2. Notre étude de l'émission de H2 nous
a permis de déterminer le taux de formation de H2, Rf, dans des régions du milieu interstellaire de
conditions physiques variées (Gry et al. 2002, Habart et al. 2004a). En
comparant l'émission observée des raies de rotation de H2 aux résultats de modèles, nous
suggérons que cette molécule se forme par chimisorption indirecte (un atome H diffuse à la surface du grain,
rencontre un autre H chimisorbé et forme H2) dans les régions
excitées au voisinage d'étoiles chaudes (Habart et al. 2004a). Par contre H2
se formerait par physisorption dans les régions diffuses peu chauffées par les étoiles.
Ces résultats sont confortés par la corrélation spatiale observée entre
l'émission de H2 et celle des petits grains (Habart et al. 2003,
2004b et Fig. 3-1d). Collaboration avec le groupe de Jacques Le Bourlot et
Evelyne Roueff du Luth.
(4) Structure
du milieu interstellaire: Nous avons d'abord étudié le cas de nuages moléculaires proches
chauffés par des étoiles chaudes. Ainsi, nos observations ISOCAM de l’émission
de la poussière à 7 et 15 microns et des données SOFI/NTT de l’émission
rovibrationnelle de H2 ont mis en évidence des filaments denses avec
de forts contrastes de densité sur des échelles de quelques 0.01 pc (Abergel et
al. 2003 ; Habart et al. 2003, 2004b). En collaboration avec le groupe
d’Edith Falgarone et Gilles Joncas (Québec) nous avons caractérisé la structure
en densité et en vitesse de nuages
atomiques à partir d’observations de la raie à 21 cm. Grâce au gain en
résolution spatiale des caméras IRAC (3 à 8 microns, pixels 1.5’’) et MIPS (24,
70 et 160 microns) du satellite Spitzer nous avons déterminé le spectre de
puissance spatiale de l’émission des poussières jusqu'à des échelles de l’ordre
du milli-pc: (i) l’émission des petits grains à 24 microns est auto-similaire
jusqu'au milliparsec, (ii) la pente du spectre change à une échelle d’environ
0.3 pc passant de k-2.6(grandes échelles) à k-3,5
(petites échelles). Ce dernier résultat
peut s’expliquer par une transition entre un milieu à 2 dimensions et un milieu
à 3 dimensions (Ingalls et al. 2004).
(5) Separation
émission Galactique/Extragalactique: nous avons statistiquement montré qu’une partie des nuages cirrus
infrarouge de faible brillance sont des structures dans la distribution des
galaxies IR et non des nuages
Galactiques. Nous avons analysé l’excès l’émission Galactique
centimétrique (non free-free, ni
synchrotron) mesuré dans les expériences de mesure du fond cosmologique et
montré qu’il n’est pas simplement corrélé avec le distribution du gaz
interstellaire, ni avec l’émission
infrarouge lointain des poussières (Lagache 2003).
23. Spectroscopie
et réactivité de molécules à la surface d’agrégats
A. Lakhlifi
Laboratoire d’Astrophysique de l’Observatoire de Besançon
CNRS – UMR 6091
La compréhension des processus physico-chimiques ayant lieu dans les milieux
interstellaires, nécessite l’analyse et l’interprétation des spectres observés
de ces milieux.
Dans le cadre du Programme National « PCMI », nous avons
présenté un projet d’étude de la spectroscopie et des phénomènes réactifs de
petites molécules d’intérêt astrophysique (NH3, H2CO,
HCN, …) adsorbées sur les surfaces d’agrégats de carbone à très basses
températures (~ 10 K). L’intérêt de ce type de molécules réside dans leur
réactivité pouvant conduire à la formation de molécules plus complexes, de type
biologiques, telles que les molécules d’acides aminés. Les surfaces jouent
alors le rôle de catalyseurs permettant de rapprocher et d’orienter les
molécules réactives.
La construction des
spectres et leur comparaison avec les spectres observés ou expérimentaux permet
d’appréhender la dynamique et les phénomènes de transfert d’énergie entre les
molécules étudiées et leur environnement. Cette étude nécessite une
connaissance approfondie, tant analytique que numérique, de l’énergie
d’interaction entre la molécule supposée rigide et le substrat afin de
déterminer les géométries d’équilibre. Cette énergie est la somme de trois
contributions : répulsion-dispersion, électrostatique, et d’induction.
L’utilisation de
l’approximation adiabatique permet de séparer les mouvements de hautes
fréquences (vibrations internes de la molécule) des mouvements de basses
fréquences (orientation et translation de la molécule et vibrations des atomes
du substrat) et donc de renormaliser le Hamiltonien total du système de façon à
rendre perturbatifs les couplages dynamiques entre les différents degrés de
liberté. Dans ces conditions, les fonctions propres, associées aux mouvements
de la molécule perturbée, sont calculées par la résolution des équations de
Schrödinger, permettant ainsi la construction des spectres barres dans les
régions de fréquences des différents modes de vibrations internes de la
molécule.
Enfin,
les couplages dynamiques sont traités dans le cadre de la théorie des
développements cumulants afin de calculer les déplacements et largeurs des
raies spectrales (A. Lakhlifi).
La première étape de ce projet a été consacrée à la construction des
spectres infrarouge de la molécule d’ammoniac NH3 adsorbée sur un
agrégat de carbone, lequel est simulé par un substrat de graphite dans la
direction (0001). Nous présentons ci-dessous quelques résultats marquants.
Géométrie d’équilibre
La
minimisation de l’énergie d’interaction du système molécule-substrat par
rapport aux mouvements d’orientation et de translation de celle-ci,
montre deux positions d’équilibre avec des énergies quasi-égales :


* position (1) en « toupie » à une
distance z = 3.15 Å avec une énergie de
–146 meV ;
* position (2) en « trépied » à une
distance z = 3.25 Å avec une énergie de –144 meV.
Mouvements
* La rotation de la molécule est
empêchée par une barrière de 14 meV. La molécule subit plutôt un mouvement de
libration autour de l’axe perpendiculaire à la surface.
è Nous avons donc deux types de molécules en nombres,
par unité de surface, statistiquement quasi-identiques.
*
Le mouvement latéral sur la surface est presque libre facilitant ainsi
la migration.
* Selon le type de molécules, les modes
de vibrations internes présentent des déplacements de fréquences différents
avec ou sans (selon les modes) levées de dégénérescences.
Spectres
* Mode ν1: C’est un mode d’étirement
symétrique non dégénéré. Sa fréquence subit un déplacement pour les molécules
adsorbées de type (1) différent de
celui des molécules adsorbées de type (2).
è Le spectre infrarouge associé à ce mode comporte des
doublets de raies d’absorption (transitions essentiellement vibrationnelles )
avec des intensités identiques.
* Modes ν3 et ν4:
Ce sont deux modes de déformation doublement dégénérés. Les molécules adsorbées
de type (1) voient leurs fréquences
déplacées, tandis que celles de type (2)
voient leurs fréquences déplacées et leurs dégénérescences levées.
è Les spectres infrarouge associés à ces modes
comportent des groupes de triplets de raies d’absorption (transitions de
vibration-orientation).
* Mode ν2: C’est le mode de
vibration-inversion où l’atome d’azote peut passer par effet tunnel à travers
le plan formé par les trois atomes d’hydrogène. A l’état gazeux la fonction
potentielle de ce mode est un double puits symétrique, et les transitions sont
forcément de vibration-inversion-orientation.
è Le spectre est composé de doublets de raies d’absorption.
Lorsque les molécules sont adsorbées, la fonction potentielle subit une
assymétrie due à la différence d’énergie entre les positions (1) et (2). Les transitions sont essentiellement vibrationnelles avec ou
sans inversion.
è Le spectre est alors formé de quadruplets de raies
d’absorption (A. Lakhlifi et coll.).
24. Formation de H2 dans le milieu interstellaire
Responsable :
J.L. LEMAIRE
Rapport
d'activité LERMA/UMR 8112
Laboratoire
LERMA/LAMAp Université de Cergy-Pontoise
Toute l'activité
de notre laboratoire entre dans le cadre de PCMI. Elle se rattache à 3 thèmes
scientifiques:
1) Réactivité chimique hétérogène, 2) Milieu interstellaire, 3) Atomes et Molécules en
Astrophysique.
I) Réactivité chimique
hétérogène: Formation
d'hydrogène moléculaire et de petites molécules sur des
surfaces d'intérêt astrophysique à très basse température (FORMOLISM).
Il s'agit d'étudier au
laboratoire les différents mécanismes de chimie hétérogène qui conduisent à la
recombinaison d'atomes d'hydrogène à la surface des grains interstellaires
(poussières solides ou couvertes de glaces) qui agissent comme catalyseur de la
réaction H+H. En effet ces processus de formation de H2 moléculaire
par recombinaison d'atomes H sur des surfaces à très basse température ainsi
que leur bilan énergétique détaillé sont encore très mal connus, tant par
l'expérience que par l'observation ou par la théorie et la simulation, dans la
grande variété de conditions physiques (T, p et flux UV) qui existent dans les
différents types de milieux interstellaires (nuages diffus, nuages sombres,
nuages moléculaires, enveloppes circumstellaires, régions HII compactes).
Pourtant les données physico-chimiques concernant ces processus de formation
sont indispensables à l'élaboration de modèles du milieu interstellaire
réalistes (qu'il s'agisse de la formation moléculaire uniquement ou de modèles
plus complexes comme les PDR –région de photodissociation- ou de divers modèles
de chocs –C ou J- pour lesquels les taux relatifs de formation et de
destruction sont de première importance). Leur fiabilité, notamment en ce qui
concerne le bilan énergétique du MIS en général et des régions de formation
stellaire en particulier, en est étroitement dépendante. Ce programme
d'astrophysique de laboratoire est reconnu d'un très grand intérêt par la
communauté astrophysique puisqu'il permettra, concernant H2 le
principal composant du milieu interstellaire et HD, de préciser et d'améliorer
la connaissance du bilan énergétique du milieu interstellaire. Il s'agit d'un
programme de physique fondamentale à l'interface entre la Physique et
l'Astrophysique.
Le principal résultat
expérimental attendu de l'ensemble du dispositif expérimental est la mesure,
avec résolution rovibrationnelle, de l'état d'énergie interne des molécules
formées au fondamental, désorbées du substrat dans la phase gazeuse ainsi que
celle de leur énergie translationnelle. Ce type d'expérience, avec résolution
rovibrationnelle et translationnelle n'a, à notre connaissance, jamais encore
été réellement réalisé. Le processus de formation de H2 est étudié
dans des conditions aussi proches de celles du milieu interstellaire qu'il est
possible de simuler au laboratoire (notamment les conditions de température et
d'ultra-vide).
On s'intéressera plus
particulièrement à l'influence des différents types de substrats (amorphes ou
micro-cristallins) considérés comme analogues des grains ou de la poussière
interstellaire et au rôle de nombreux paramètres: structurels (porosité,
présence de dislocations), physicochimiques (notamment selon la nature de la
liaison avec la surface catalytique soit par physisorption ou interaction par
forces de Van der Wals avec des énergies de liaison E~102 K ou soit
par chimisorption c'est à dire par
interaction des nuages électroniques, faible E~103 K ou forte E~104
K), chimiques (activité ou passivité chimique du matériau) et physiques
(notamment la mobilité en volume ou surface des atomes adsorbés). De nombreux
substrats sont candidats à l'étude, tels les Silicates (dont l'Olivine MgxFe2-x
SiO4), les Graphites (r <20 nm, l'élément le plus actif pour
former H2), les PAHs (dont une partie de l'équipe est spécialiste),
le Carbone amorphe (catalyseur actif
avec de nombreuses liaisons C pendantes), les grains à manteau glacé
(tels qu'ils peuvent être formés en milieu protégé du rayonnement UV, avec
accrétion notamment de CO, H2O, NH3, CH4, CO2
ou N2), les grains à manteau organique réfractaire (résultant de
l'action de l'UV sur les grains précédents et qui sont destructibles seulement
par les chocs) ou enfin SiC ou MgS.
Le dispositif
expérimental destiné à cette étude a été construit pendant la période
2001-2004. Le plan de recherche et le calendrier initialement fixés ont été
tenus puisque nous avons abordé courant 2004, comme annoncé, les expériences
scientifiques proprement dites. Elles ont été précédées courant 2001-2004 par
différentes phases d'assemblage et de tests finaux des différents éléments de
l'expérience détaillés ci-après. Quelques modifications et évolutions ont été
apportées au montage initial en fonction des besoins.
2) Milieu interstellaire: Etude de la
dynamique du milieu interstellaire dans les régions de formation stellaire: des
protoétoiles aux nébuleuses par réflexion.
Une part importante de l'activité du
LERMA/Cergy est réalisée, en coopération avec d'autres laboratoires de
l'Observatoire de Paris (LESIA et LUTH), de l'IAS (Orsay) et internationaux
(Université d'Aarhus, CFA Harvard), aux observations sur les grands télescopes
internationaux, CFHT et ESO. Elle est consacrée, dans des régions de formation
stellaire du milieu interstellaire, aux observations de nombreux objets à
divers stades de leur évolution ainsi qu'à l'interprétation de ces observations
à l'aide de modèles théoriques. Le but en est l'étude de la dynamique du milieu
interstellaire dans ces régions et la détermination des caractéristiques
physico-chimiques des milieux observés afin d'en inférer les mécanismes
fondamentaux en œuvre, depuis la formation stellaire initiale au cœur des
nuages sombres (Barnard 68) ou des protoétoiles (BHR71, LDN483) jusqu'aux
grands nuages complexes (galactique OMC1, M17 ou extragalactique SMC-N88) où
sont simultanément actifs des chocs issus de la formation stellaire en cours
tout comme la photodissociation résultant de l'émission UV intense d'étoiles OB
proches, de génération antérieure.
L'ensemble de ces observations est
effectué grâce à l'émission dans de nombreuses transitions dans l'infrarouge de
H2 excité dans son niveau fondamental. H2 est en effet le
meilleur traceur de la structure spatiale et de la dynamique dans les régions
actives de formation d'étoiles. En effet: (a) H2 y est le composant
principal du gaz, (b) H2 est facilement excité dans son niveau fondamental,
soit collisionnellement par l'impact d'ondes de chocs supersoniques (chocs de
types J ou C, à front abrupt ou continu) soit radiativement par les photons UV
émis par les étoiles voisines précédemment formées ("Photon-dominated
regions" - PDRs), tous deux phénomènes caractéristiques des régions de
formation stellaire soit, enfin, suite à sa formation sur les grains
interstellaire par réaction chimique hétérogène, (c) la très haute résolution
spatiale peut maintenant être obtenue dans l'infrarouge (VLT-NAOS-CONICA a un
pouvoir de résolution de 55 milliarcsecondes dans la bande K à 2 µm), (d)
l'émission de H2, grâce aux nombreuses transitions (ortho et para)
accessibles dans l'infrarouge peut relativement facilement permettre d'accéder
aux conditions physiques et physico-chimiques régnant dans les milieux
observés. Ceci est obtenu par la comparaison des données spectroscopiques
résultants des observations avec des modèles de chocs et de PDR disponibles
dans le cadre de nos collaborations (Observatoire de Paris et Institut
d’Astrophysique Spatiale d'Orsay).
Nos programmes d'observation ont été
régulièrement acceptés par les comités scientifiques de l'ESO (effectués sur
les télescopes VLT avec différentes instrumentations – en particulier ISAAC et
NACO) et au CFHT (avec PUEO et GriF). Toutes ces observations sont effectuées,
en fonction des instruments, en spectroimagerie et en spectroscopie longue
fente dans les différentes bandes infrarouge (principalement K mais aussi en
fonction des besoins Z, J, H, L et M) grâce à l'observation des transitions
rovibrationnelles de l'hydrogène moléculaire -13 transitions en bande K dont la
principale est celle à 2.121 µm v=1-0 S(1). La haute résolution spectrale est
nécessaire soit dans les fenêtres d'observation où les bandes moléculaires sont
congestionnées (J et H) soit lorsqu'un champ de vitesse est présent dans le
champ observé (cas d'OMC1 observé avec PUEO+GriF). Nous mettons également à
profit l'optique adaptative (AO) pour obtenir la très haute résolution spatiale
nécessaire à l'analyse de la structure à faible échelle du milieu
interstellaire comme à la caractérisation des fines couches de transition aux
frontières des nuages moléculaires.
3) Atomes et Molécules en Astrophysique: Spectroscopie et photodynamique de petites
molécules.
Nous
avons poursuivi au cours du quadriennal 2001-2005 notre activité antérieure de
spectroscopie et de photodynamique sur des molécules aussi simples que CO et H2O
Les études, pour CO, sont liées principalement à l'interprétation des
observations satellitaires dans l'ultraviolet (FUSE...) qui, grâce à
l'augmentation de sensibilité des nouveaux instruments, requièrent des données
physiques de base sur les transitions observées. Pour H2O elles sont
en relation avec des observations cométaires. Ces études ont été
réalisées sur deux lignes de lumière basse énergie (SA63 et SU5 à très haute
résolution) du synchrotron Super-ACO (LURE, Orsay) jusqu'à son arrêt en
Décembre 2003.

25. Evolution des silicates dans le milieu
interstellaire et les environnements circumstellaires
Hugues
Leroux (responsable), Philippe Carrez, Carine Davoisne, Patrick Cordier
Laboratoire de Structure et Propriétés de Lille,
Université des Sciences et Technologies de Lille.
Louis
d’Hendecourt, Zahai Djouadi, Carine Demyk, Anthony Jones,
Institut d’Astrophysique Spatiale, équipe
d’astrochimie expérimentale, Orsay.
Jean
Grimblot, Léon Gengembre, Martine Frere
Laboratoire de Catalyse de Lille, Université des
Sciences et Technologies de Lille.
Les récents programmes d’observations (en particulier
ISO – Infrared Space Observatory) ont considérablement amélioré notre
connaissance de la matière condensée dans les différents environnements
astrophysiques. Ils ont permis d’esquisser le cycle de la poussière, depuis sa
formation dans les étoiles en fin de vie, durant son transit dans le milieu
interstellaire, jusqu’à son incorporation dans les nouvelles étoiles. En effet,
la structure cristallographique, la taille des grains et des sous-grains, la composition
chimique sont des traceurs de leur formation et de leur évolution.
Le but de notre travail est de proposer des
expériences sur des matériaux analogues afin de tester l’influence des
différents paramètres susceptibles d’être actifs dans les différents
environnements astrophysiques. Ces expériences incluent l’étude les conditions
de formation des grains, l’étude des paramètres influençant leur évolution, et
l’étude des conditions de leur destruction. Pour répondre aux différentes
questions, nous utilisons les concepts de type « science des
matériaux », les outils spécifiques de synthèse, de traitements évolutifs
(température, irradiation, d’interaction avec du gaz, …) et des outils de
caractérisation (analyse chimique, morphologique, structurale, thermodynamique,
…). Une attention particulière a été portée sur les modifications induites par
irradiation (ions et électrons).
Irradiation dans le milieu interstellaire
Les silicates sont amorphes dans le milieu
interstellaire. Ils proviennent pourtant des étoiles en fin de vie où ils sont
majoritairement cristallins. Ceci montre qu’il y a eu amorphisation des
silicates après leur injection dans le milieu interstellaire. Pour expliquer la
disparition des silicates cristallins dans le milieu interstellaires,
l’hypothèse la plus plausible est une amorphisation suite à un bombardement
d’ions (H+ et He+) accélérés dans les ondes de choc de
supernovae. L’étude réalisée s’appuyait sur un couplage d’expériences
d’irradiation, de caractérisation en microscopie électronique en transmission
(MET) et de spectroscopie infrarouge. Les irradiations ont été réalisées avec
les ions He+ sur les lames ultraminces d’olivine Mg2SiO4
et d’enstatite MgSiO3 à des énergies et fluences comparables à
celles des chocs interstellaires. Nous avons ainsi pu déterminer la fluence
critique d’amorphisation, situées entre 1016 et 5.1016
ions/cm2. Ces valeurs sont tout à fait comparables à celles
attendues dans les ondes de choc de supernovae qui traversent continuellement
le milieu interstellaire diffus où les grains passent la fraction la plus
longue de leur vie. Les spectres IR des silicates irradiés sont en bon accord
avec les observations ISO des silicates dans le milieu interstellaire. Pour ces
échantillons ultraminces, nous avons également mis en évidence des changements
de composition, avec une diminution des rapports O/Si et Mg/Si. Nous pensons
que le mécanisme de pulvérisation (« sputtering »), qui résulte de
collisions binaires particulièrement efficaces pour amorphiser la structure cristalline,
est la cause de ces modifications chimiques consécutivement à des pertes
préférentielles d’O et de Mg. Des
échantillons ont aussi été irradiés in situ dans un spectroscope de
photoélectrons (XPS), et nous avons ainsi pu mettre en évidence l’apparition de
fer métal, ce qui traduit là encore une perte préférentielle d’oxygène sous
irradiation. Les résultats de ces études ont fait l’objet de 4 publications
(Demyk et al., 2001 A&A, Carrez et al., 2002a MAPS, Demyk et al., 2004,
ASPC ; Demyk et al., 2004 A&A).
Evolution des silicates sous rayonnement ionisant
Le cycle des poussières se termine par leur
incorporation dans des étoiles en formation. Les silicates sont alors soumis à
des rayonnements énergétiques, avec une prédominance ionisante marquée. Nos
expériences ont été réalisées in situ dans microscope électronique en
transmission (MET), les électrons incidents du microscope seront alors utilisés
comme source d’irradiation. Nous avons pu ainsi faire un suivi dynamique des
modifications induites. Ces dernières incluent les évolutions de composition
chimique et structure cristalline. Les expériences ont été menées sur des
verres silicatés de composition MgSiO3 et Mg2SiO4
et des cristaux de forsterite Mg2SiO4 et de fayalite Fe2SiO4.
Dans le cas des verres nous avons mis en évidence des décompositions spinodales
suivis de cristallisation de phase de forte ionicité (riche en MgO). Dans le
cas des cristaux, l’irradiation électronique provoque un écroulement de la
structure cristalline et la formation de nouveaux cristaux, MgO dans le cas de
la forsterite, et fer métal dans le cas de la fayalite. Nous avons aussi mis en
évidence une volatilisation préférentielle d’oxygène et de magnésium. Une
irradiation ionisante provenant des étoiles en formation peut donc faire
évoluer la composition des matériaux finement divisés du disque protoplanétaire
associé. Les résultats de ces expériences sont rassemblés dans les articles
suivants : Carrez et al., 2001 Phil Mag ; Carrez et al., 2002b MAPS,
Carrez et al., 2003 NIMB, Davoisne and Leroux 2004 (en prep).
Evolution des silicates sous traitements thermiques
La présence de silicates cristallins autour des
étoiles en formation suggère que les
silicates recristallisent par réchauffement dans la région interne du disque
proto-planétaire, d’où ils sont ensuite redistribués. Afin d’étudier le
mécanisme de cristallisation, nous avons mis en place des expériences de recuit
« in situ » dans un microscope électronique en transmission (MET)
équipé d’un porte objet chauffant, ainsi que d’autres expériences permettant de
suivre l’évolution structurale par spectroscopie infrarouge. Dans les deux cas,
les échantillons utilisés sont des couches minces de silicates amorphes (50-
100 nm d’épaisseur), de composition (Mg1.8Fe0.2SiO4).
Nous avons observé une recristallisation des échantillons dans une gamme de
température 600-800°C. Les résultats obtenus par microscopie électronique
analytique et par infrarouge montrent que les cristaux formés sont de
l’enstatite (MgSiO3) ou de la forsterite Mg2SiO4 (selon
les conditions des recuits). Dans tous les cas, il se forme aussi une phase
métallique Fe0. La composante ferreuse initialement présente a donc
été réduite et extraite du silicate lors des traitements thermiques. La
microstructure des échantillons recuits est assez similaire à celle des GEMS
« glass embedded with metal and sulfides » que l’on trouve
fréquemment dans les IDPs (interplanetary dust particles) les plus primitives.
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Microstructure d’un silicate recuit « in situ »
dans un microscope électronique en transmission. Le silicate, initialement
amorphe, est recristallisé. Les billes sombres correspondent à du métal Fe0
qui ont été expulsées du silicate. |
26. Photochimie de CH+ dans
l’espace interstellaire
RESPONSABLE
du PROJET : R. McCarroll
E-mail : mccarrol@ccr.jussieu.fr
Laboratoire DIAM (UMR 7066 du
CNRS)
Université Pierre et Marie
Curie
4 place Jussieu
75252-PARIS Cedex 05
Laboratoire de Chimie Physique :
Matière et Rayonnement (UMR 7614 du CNRS)
Université Pierre et Marie
Curie
11, rue Pierre et Marie Curie
75231-PARIS-Cedex 05
En collaboration avec
Tasko P. Grozdanov ,
Professeur Invité UPMC et Professeur, Institut de Physique, Belgrade
Lidija Andric, Maître de
Conférences
Isabella Baccarelli
(Allocataire de recherche 2000-2003)
Foudhil Bouakline
(Allocataire de recherche 2002-2005)
Nos activités de recherche dans la
période 2001-2004 concernent principalement le développement des méthodes de calcul
permettant de déterminer la section efficace de photo dissociation des
molécules.
L’énergie
des photons interstellaires étant insuffisante pour exciter directement un état
dissociatif de la plupart des molécules simples présentes dans les nuages
moléculaires (par exemple H2, CO, CH+,...), la
dissociation procède plutôt d’une manière indirecte, faisant intervenir le
couplage non adiabatique entre
états discrets et états du continu. Ceci
conduit à une grande sélectivité en fréquence de la section efficace de
fragmentation de la molécule. En conséquence, les photons susceptibles de
dissocier une molécule sont souvent complètement absorbés par la couche externe
d’une région et ne pénètrent pas la région interne. La molécule CO fournit un
bon exemple de ce phénomène où la photo dissociation se produit par
l’excitation de l’état lié B1Σ+, qui est
couplé à l’état dissociatif D’1Σ+. Dans un tel système couplé, des états
stationnaires de vibration d’un système adiabatique se transforment en états
quasi-liés (ou résonances) avec une durée de vie finie. Dans la figure 1, on
présente sous forme graphique la variation de la largeur de ces états, libellés
par n=1-10. On peut identifier n=1-3 avec les états de vibration v=0-2 de
l’état lié B1Σ+, où la dissociation se produit alors par effet
tunnel. Mais pour les états liés n>3, le largeurs deviennent plus
grands et il n’y a pas de correspondance
simple un état quasi-lié avec un état spécifique de vibration
Le
problème de calcul de la section efficace de photodissociation vient de la
nécessité de décrire aussi bien le fond continu que la structure résonante.
Dans la méthode indépendante du temps, l’approche la plus directe consiste à
calculer numériquement la fonction d’onde du système pour chaque énergie. Mais
un tel calcul devient délicat au voisinage des résonances et n’est ni très
élégant ni commode pour des systèmes couplés. La méthode dépendant du temps est
plus élégante mais nécessite un temps très long de propagation du paquet d’onde
pour obtenir une description précise des résonances.
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Diabatic (full curves) and
adiabatic (dashed curves) final potential energy curves. Shown are the
positions of the first ten quasi-bound vibrational levels(shaded areas) he
zero of energy is at the minimum of the diabatic B1Σ+ potential energy curve. |
Photodissociation cross
section of 12C16O, 13C17O,
13C18O isotopomers in the photon energy range [100000,
106000] cm-1. |
Nous
avons opté pour une méthode originale que nous avons développée entre 1996 et
2000. Nous utilisons un formalisme indépendant du temps, mais au lieu de
déterminer explicitement la fonction d’onde du système, nous calculons
directement la section efficace par l’intermédiaire de l’opérateur de Green.
Afin de généraliser nos calculs facilement aux systèmes complexes, nous
utilisons une représentation sur une base de variables discrétisés (DVR), ce
qui permet de réduire les calculs à une série d’opérations matricielles. En
outre, on introduit un potentiel asymptotique absorbant complexe permettant
d’absorber le flux de l’état continu. Il
existe deux approches pour le calcul de la section efficace de
photodissociation: la première, utilisant un développement récursif de
l’opérateur de Green et la seconde, utilisant une représentation spectrale de
l’opérateur de Green. Les deux méthodes sont complémentaires. La première
méthode est simple à mettre en oeuvre et convient pour le calcul de la section
efficace quand les résonances sont relativement large (>50 cm-1).
Mais, quand les résonances sont étroites (<20cm-1), le
développement récursif de l’opérateur de Green converge trop lentement et il
est préférable d’utiliser une représentation spectrale de l’opérateur de Green.
Pour trouver une représentation spectrale de
l’opérateur de Green il suffit de diagonaliser le Hamiltonien (incluant le
potentiel complexe absorbant) pour déterminer l’ensemble des valeurs propres et
des vecteurs propres. Ensuite, la section efficace s’obtient en faisant une
somme sur l’ensemble de tous les vecteurs propres. Pour des systèmes complexes ne faisant
intervenir que 2 voies adiabatiques
couplées, une diagonalisation directe du Hamiltonien ne pose pas de problème.
Mais au-delà de 2 voies, nous avons trouvé que l’algorithme récursif de Lanczos
est beaucoup plus efficace. La méthode, qui est similaire à celle utilisée par
notre groupe pour la photo ionisation des atomes, évite la diagonalisation
explicite du Hamiltonien et est très rapide.
Comme première application, nous avons calculé la
section efficace de photodissociation des isotopomères de CO pour les
fréquences entre 90000 et 106000 cm-1. On observe que la section
efficace est dominée par 10 résonances, dont les quatre premières correspondent
aux résonances de forme. Les trois suivantes sont de faible importance. En
revanche, les trois résonances plus élevées sont du type Feshbach donnent une
grande contribution à la section efficace et varient considérablement d’un
isotopomère à l’autre.
Le calcul le plus complet
concerne la molécule CH+. Malgré le rôle clé de CH+ dans
l’astrochimie des molécules carbonées, il manquait des mesures de précision
permettant de tester réellement les modèles théoriques. Grâce à l’anneau de
stockage d’ions de Heidelberg, l’ion CH+ a pu être étudié en laboratoire dans les
conditions proches du milieu interstellaire. Le spectre de photoabsorption
correspondant aux fréquences juste au-dessus le seuil de photodissociation en C+(2P1/2 )
+H(2S) a révélé l’existence d’un fort couplage non-adiabatique induit par le couplage spin-orbite. Nos calculs permettent de reproduire
parfaitement la structure expérimentale (avec en plus la valeur absolue de la
section efficace)

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