(PCMI)
La recherche sur la
Physique et la Chimie du Milieu Interstellaire est un domaine scientifique dont
l’avancement est étroitement lié à la qualité des
échanges interdisciplinaires entre des communautés d’astronomes, de physiciens
et de chimistes. Les personnes qui ont à cœur d’encourager et de favoriser ces
échanges au sein de la communauté scientifique française sont soutenues par le
CNRS, le CEA et le CNES depuis de
nombreuses années. Cette action interdisciplinaire reconnue comme exemplaire
par de nombreux collègues étrangers (comme en témoigne la participation des
équipes françaises à « Molecular Universe ») a grandement
contribué à l'avancement des connaissances scientifiques
autour des résultats des grands observatoires au sol et spatiaux de l'UV aux
ondes radios, en particulier l'IRAM et ISO. Cette dynamique se poursuit à un
rythme soutenu dans un contexte astrophysique qui, avec les gains en
sensibilité et définition angulaire des observations, s'élargit à l'évolution
des galaxies, les condensations proto-stellaires et les disques
proto-planétaires. Les grands observatoires des années à venir (Herschel,
Planck, ALMA et le James Webb Space Telescope - JWST) contribueront tous à stimuler notre champ de recherches.
Convaincus
que l’interprétation de ces observations doit continuer de déboucher et
s’appuyer sur une compréhension physico-chimique de la nature et de l’évolution
de la matière dans l’espace, nous demandons le renouvellement du programme.
Ce document a pour
objectif de faire un bilan des résultats
récents et des recherches de la communauté PCMI et également de présenter des éléments de
prospective qui guideront son action future, en particulier sa contribution a
la préparation scientifique de Herschel et ALMA.
Nous avons demandé à
chacune des équipes financées au cours des années 2001 à 2004 d’écrire un bref
compte rendu de leurs recherches. Leurs réponses réunies dans ce document
constituent le bilan de l’activité de PCMI. La prospective a été organisée
autour de six groupes de travail et des thèmes :
1.
Grands Observatoires et prospective
instrumentale
2.
Groupe « interface PNP / PNPS
»
3.
Caractérisation spectroscopique
4.
Réactivité/ Collisions / Chimie
théorique
5
Simulations numériques et couplages
non-linéaires
6
Bases de données et observatoire
virtuels
Elle s’est également
nourrie d’un débat avec l’ensemble des participants au colloque PCMI en
septembre. Les textes rédigés par les groupes de travail constituent la partie
prospective de ce document.
(PCMI)
1. Grands Observatoires Et Prospective
Instrumentale
S. Guilloteau et F. Boulanger
Les objectifs astrophysiques principaux qui orientent
les recherches sont liés à la compréhension du milieu interstellaire et de son
importance dans le cycle de la matière. Les moyens d’observation nécessaires
sont donc ceux qui permettent d’étudier les principaux constituants de ce
milieu: gaz diffus, nuages moléculaires denses et en majorité froids,
poussières. L’étape des découvertes des composants du milieu interstellaires
(molécules, grains, PAHs, nano-grains) est maintenant essentiellement dépassée (à
l’exception de l’identification des porteurs des DIBs et des espèces faisant le
lien entre molécules et nano-grains), et la progression de nos connaissances
requiert des observations de plus en plus détaillées. La communauté PCMI
s’intéresse donc
- à
des domaines de longueur d’onde de plus en plus complets, afin de mieux
caractériser les constituants du milieu interstellaire (e.g. l’étude des bandes
interstellaires diffuses, de
l’émissivité des poussières en particulier dans le sub-mm et IR lointain, etc…)
- à
l’augmentation de la résolution spatiale et spectrale, pour la caractérisation
fine de la géométrie et de la cinématique des milieux astrophysiques étudiés,
et donc leur modélisation détaillée
- à
l’augmentation de la dynamique spatiale (grands relevés à résolution angulaire
élevée) pour la compréhension des lois d’échelles et des processus turbulents
dans le milieu interstellaire
- à
des catégories d’objets astrophysiques de plus en plus variés, comme
« laboratoires » ou les effets de certains processus physiques
peuvent être plus clairement identifiés (e.g. chocs autour des étoiles jeunes)
s’exercent dans des conditions légèrement différentes. La compréhension des
mécanismes physico-chimiques dans des milieux relativement
« simples », comme les disques proto-planétaires, les enveloppes
circumstellaires, ou les régions de photo-dissociation isolées est en effet une
étape indispensable dans la recherche d’une compréhension globale des processus
complexes qui règnent dans le milieu interstellaire stricto-sensu (nuages
moléculaires denses et diffus, nuages de HI).
En raison de ces exigences de haute dynamique spatiale
et de haute résolution angulaire et spectrale, la communauté PCMI s’intéresse
principalement à des grands instruments. Compte tenu de la gamme de température
abordée (typiquement 10 à 300 K), ce sont en particulier les domaines
millimétrique et IR lointain, occasionnellement IR proche, qui sont favorisés
par PCMI. Par chance, ce sont là des
domaines qui verront s’ouvrir d’ici 4 ans deux observatoires majeurs, l’un sol
(ALMA), l’autre spatial (Herschel).
- Les télescopes millimétriques et sub-millimétriques
progressent:
Les télescopes de l'IRAM continuent d'évoluer très
significativement:
-
l'avènement de récepteurs multi-pixels au télescope du 30-m permet la mise en
route d'observations à grand champ du milieu interstellaire. Seront
particulièrement affectées l'imagerie de galaxies proches et les études sur la
turbulence dans le milieu interstellaire.
- Très
récemment doté de 6 antennes, le Plateau de Bure est entré dans une nouvelle
phase d'exploitation. De plus, la
nouvelle génération de récepteurs du Plateau de Bure (mi 2006) permettra
d'accroître sa sensibilité d'un facteur 2 à 4, ainsi que d'ouvrir de nouvelles
bandes de fréquence: 130-170 GHz et 250-370 GHz. Ces gains en sensibilité et
couverture en fréquence seront bénéfiques pour de nombreuses études (formation
d'étoiles massives, disques proto-planétaires, étoiles AGB et post-AGB,
etc...). L'évolution des méthodes d'imagerie permet la réalisation de mosaiques
de façon plus routinière: peuvent en bénéficier les études sur les régions de
photo-dissociation, et/ou les images de galaxies. Enfin, le Plateau de Bure
offrira pour la première fois la possibilité d'accéder à la polarisation des
émissions.
- La
combinaison de ces 2 instruments est un atout unique au monde pour PCMI. En
effet, la nature multi-échelle du milieu interstellaire impose de combiner les
observations à haute résolution angulaire avec des moyens d'observation sur un
grand champ.
Le Plateau de Bure sera en outre dans une situation
particulière dans les prochaines années, en raison de la fusion entre BIMA et
OVRO pour former CARMA. Pendant cette periode, seuls
le Plateau de Bure et l'interféromètre de Nobeyama, considérablement moins
sensible, seront opérationnels. Ceci peut-être bénéfique mais aussi dangereux,
en raison de la pression vraisemblablement très importante de demandes
provenant de l'extérieur de la communauté IRAM. Cette situation est à mettre en
parallèle avec les débuts actuels du SMA (Sub Millimeter Array). Cet instrument d'équipe (a priori non
accessible à la communauté française) permet pour la première fois la haute
résolution angulaire dans le domaine sub-millimétrique, et est en principe très
complémentaire du PdB.
En outre, à court terme (2005), la communauté
française aura un accès possible au domaine sub-millimétrique dans l'hémisphère
sud grâce au télescope APEX. La faible fraction du temps accessible (5 %)
nécessite un choix stratégique des projets. Les autres télescopes sub-mm
subissent cette même limitation, que ce soit le
JCMT (malgré l'initiative européenne d'accès trans-national) ou le CSO
(pour lequel des collaborations efficaces sont déjà en place).
- Herschel décolle
Comme ISO
l'a été dans le passé (et l'est encore, car les difficultés instrumentales font
que l'exploitation scientifique des résultats d'ISO n'est pas achevée et que
des résultats originaux sont encore à attendre.) pour le domaine IR proche
& IR moyen, Herschel sera un observatoire clé pour la communauté PCMI dans
le domaine IR lointain & sub-millimétrique. Pratiquement tous les sujets
abordés à PCMI sont directement concernés par le télescope Herschel. Compte
tenu de la date de lancement, l'organisation des consortiums de temps garanti
est en cours d'achèvement.
Les observations de H2O avec la haute
résolution spectrale offerte par les récepteurs hétérodynes sont très
attendues. H2O est une molécule clé dans la chimie du milieu
interstellaire, en particulier dans les régions de formation d'étoiles. Elle
offre aussi des possibilités uniques de diagnostic des conditions physiques. On
peut également attendre un apport original à la chimie interstellaire des
relevés spectraux de sources de référence représentatives des diverses étapes
de l'évolution de la matière. L'étude des milieux diffus et de la relation
entres les différentes composantes du milieu interstellaire, notamment par
l'observation à haute résolution spectrale de la raie de CII est également un
objectif prioritaire.
Herschel présente un enjeu considérable pour la
communauté PCMI. Pour en tirer le maximum d'informations scientifiques, il est
essentiel de développer des outils d'analyse adaptés en particulier aux surveys
spectraux et de réduire les incertitudes qui pèsent sur les propriétés des
molécules dans le domaine IR - IR lointain - submm: fréquences et forces de
raies de transitions rotationnelles et ro-vibrationnelles, coefficients de
collisions, mécanismes de fluorescence, etc...
Herschel et
Planck auront aussi des conséquences sur notre connaissance des propriétés des
poussières dans des milieux astrophysiques très variés. Les poussières
galactiques seront pour l'essentiel un contaminant pour la mission Planck, mais
la nécessité même de les soustraire proprement pour récupérer l'information
cosmologique apportera une vision unique de leurs propriétés à grande échelle.
L'émission submm/mm des grains est aujourd'hui utilisée comme traceur de la
masse dans les condensations protostellaires et proto-planétaires. La
sensibilité de Herschel et Planck permettra de tracer la structure du MIS dans
sa globalité du milieu diffus aux coeurs denses dans les nuages moléculaires.
Ces deux satellites ouvriront un domaine spectral encore peu exploré de
l’émission de la poussière et donc une nouvelle perspective sur la nature et
l'évolution des grains dans les milieux inter et circumstellaires.
L'exploitation des données comprendra en effet l’étude des propriétés
d'émission des grains à grandes longueurs d'onde en fonction de leur
composition, leur température, leur structure et leur taille. La possibilité de
mesurer la polarisation de l'émission thermique de la poussière ouvrira
également une nouvelle perspective sur la nature des grains et sur le lien
entre la structure de la matière interstellaire et celle du champ magnétique.
- le VLT offre de nouvelles perspectives
Le CFHT a permis l'obtention de résultats originaux,
en particulier en spectro-imagerie dans l'infrarouge proche. Le VLT offre maintenant une pléthore
d’instruments (UVES, ISAAC, NACO, VISIR, et bientôt CRIRES) qui le rendent adapté à l'étude de certains aspects du
milieu interstellaire. L'étude du milieu diffus peut progresser
significativement par l'obtention de spectres en absorption devant des étoiles,
voire même des quasars.
L'avènement
de la caméra VISIR, qui permettra l'observation de raies fondamentales de H2,
ouvre des perspectives importantes à court terme. Le développement de l'optique
adaptative, mais aussi de l'interférométrie avec AMBER et MIDI, est aussi
significatif pour l'étude de la physico-chimie des poussières proches des
étoiles, en particulier de la composition des glaces, de la distribution des
PAHs, et/ou de l'évolution de la minéralogie des poussières.
- ALMA se dessine
L'ouverture
officielle de ALMA à la communauté est prévue pour 2008. Cette date reste
encore sujette à caution, et il s'agira en outre d'une ouverture limitée, avec
peu de télescopes (6 à 8). Le véritable démarrage d'ALMA aura lieu vers 2010,
quand le nombre de télescopes sera suffisant pour offrir des capacités
d'imagerie instantanée. La qualité d'imagerie d'ALMA devrait être alors un
élément essentiel pour de nombreuses études. Contrairement à celui d'Herschel, le
domaine de fréquence d'ALMA est beaucoup mieux connu, puisque que plusieurs
interféromètres auront déjà défriché ce domaine (PdB, BIMA, OVRO, NRO, SMA et
CARMA). Le gain apporté par ALMA sera qualitatif (précision des images) et
quantitatif (résolution angulaire, capacité d'effectuer des surveys
significatifs).
ALMA représente un formidable développement des
possibilités offertes par l'interféromètre de l'IRAM en termes de sensibilité,
résolution angulaire et couverture spectrale. Ces avancées sont particulièrement
critiques pour l'étude de la structure du milieu interstellaire dense et de
l'évolution de la matière le long du processus de formation des étoiles et de
leurs planètes, en particulier la phase initiale de formation des condensations
proto-stellaires qui est à ce jour l'étape la plus méconnue du processus de
formation des étoiles.
Elles pourront l'être aussi pour l'étude du milieu
interstellaire dans les galaxies les plus lointaines.
En raison de la faible part Française dans le projet
ALMA (7 % environ), la sélection des projets et leur préparation devront être
particulièrement rigoureuses. Il importe donc que les équipes concernées
bénéficient au maximum de l'avantage que peut constituer l'accès aux télescopes
de l'IRAM dans cette période pre-ALMA, mais aussi se dotent des outils
d'analyse appropriés à l'amélioration significative de la qualité d'image
procurée par ALMA.
SPITZER commence
L'observatoire spatial infrarouge Spitzer vient
d'ouvrir une nouvelle ère dans
l'exploration du ciel infrarouge. Cet observatoire représente pour la
communaute PCMI une opportunité
exceptionnelle de poursuivre les travaux
réalisés avec ISO sur (1) la nature et l'évolution des grains interstellaires,
(2) la caractérisation des glaces moléculaires et (3) la structure du milieu interstellaire. Le
gain en sensibilité et résolution angulaire par rapport à ISO est très
important pour l'étude spectroscopique (5-40 micron)
des poussières dans les disques, autour des
proto-étoiles de faible luminosité et dans les galaxies IR. La
participation de la communauté française à l'analyse scientifique des
observations Spitzer, en particulier celles obtenues dans le cadre des
programmes Legacy rapidement rendues publiques, est une étape importante vers
la définition de futurs projets d'observation pour l'IRAM, Herschel et ALMA.
Les autres opérations
La communauté PCMI est aussi concernée par d'autres
opérations comme FUSE pour l'étude de H2 et HD, et devrait
s'impliquer, au moins ponctuellement, dans l'exploitation de SOFIA via la
participation au spectro-imageur SAFIRE. Ce grand télescope embarqué dans un
avion à haute altitude sera important pour les études de spectroscopie à haute
résolution spectrale (hors des raies de OH et H2O encore trop
opaques). La communauté française peut s’y placer par les développements
technologiques de récepteurs sub-mm.
Prospective Instrumentale
Le domaine infrarouge est riche en raies atomiques et
moléculaires. Depuis la fermeture du foyer IR du CFH la communauté n'a plus accès
à un instrument spectrométrique de haute résolution spectrale dans ce domaine.
Ce manque va être en partie comblé
par l'installation prochaine du
spectromètre à réseau échelle CRIRES sur le domaine 1-5 micron. Il existe une
forte motivation dans la communauté PCMI pour réaliser un instrument
spectro-imageur et pour étendre ces observations aux bandes N et Q en
particulier pour observer les raies de rotation de H2.
Les raies de rotation de H2 sont les raies
d’émission les plus intenses du gaz moléculaire pour des températures
supérieures à ~200 K. Elles permettent de directement observer le gaz
moléculaire chauffé radiativement ou dynamiquement dans les régions de
formation stellaire, autour des jeunes étoiles, en particulier dans les
disques, et aussi dans les régions de dissipation de l'énergie turbulente du
milieu interstellaire. Apres ISO,
Spitzer permet à nouveau de les observer de l'espace avec une grande
sensibilité mais une résolution spectrale très limitée (600 pour les raies S(1) et S(2) et 60 pour les raies S(3) et S(4)). Des
observations d’objet compacts (par exemple les disques) sont réalisées depuis
peu d’Hawaii notamment avec le spectromètre à réseau TEXES de l’équipe de John
Lacy. Cette équipe poursuivra ce type
d’observations avec SOFIA. L’instrument VISIR sur le VLT devrait jouer un rôle
dans ce domaine, mais avec une
résolution spectrale limitée.
La stabilité de l'émission atmosphérique fait du Dôme C un site exceptionnel pour la spectro-imagerie
de l'émission étendue du milieu
interstellaire et des régions de formation d'étoiles (poussières et raies du
gaz) dans l'IR thermique en particulier les raies S(1)
et S(2) de H2 en bandes N et Q. A la réunion organisée à Toulouse en
Juin 2004, un projet d'installation d'un télescope IR de 2m sur ce site a été
présenté par les Australiens. Dans cette perspective, la communauté PCMI serait
intéressée par la construction d'un
spectro-imageur à transformée de Fourier. A plus long terme, un instrument de
ce type nous semble aussi pertinent pour un ELT, notamment pour l'étude des
phases initiales de la formation des planètes à travers l'observation à haute
résolution spectrale de H2 de leur contenu en gaz et de sa
cinématique.
Projets Spatiaux
La communauté PCMI a proposé deux projets en réponse à
la prospective CNES. Ces projets
s'intègrent dans deux des grands
thèmes retenus dans la prospective de l'ESA (Cosmic Vision 2015-2025):
Formation and History of Galaxies et The birth of Stars and Planets.
Le premier projet est un mini-satellite, H2EX, dédié à
l'observation des raies de rotation de H2. Sa principale motivation
est la recherche dans parties extérieures des galaxies de gaz H2 non associé à la formation stellaire qui rendrait compte de la masse baryonique
manquante et jouerait un rôle important dans l'évolution des galaxies.
Le deuxième est un interféromètre hétérodyne qui
permettrait d'étudier la formation stellaire et planétaire à partir de
l'observation de raies sub-mm de l'eau à haute résolution spectrale et
angulaire.
La communauté PCMI est également associée aux projets de satellite pour l'observation de la
polarisation du fond cosmologique. Les objectifs cosmologiques ne pourront être
atteints sans une compréhension fine de la polarisation de l'émission des
poussières Galactique, de la structure
du champ magnétique dans le voisinage solaire et de son rôle dans la
structuration de la matière.
2. Interface
avec les programmes PNP,PNPS et le GDR Exobio
D. Despois, E.Josselin, L. d’Hendecourt, S.
Derenne, E. Roueff
Le « pavage »
de l’astronomie par une série de programmes pose naturellement la question des
interfaces. Ces interfaces sont fréquemment multiples. Nous développons plus
particulièrement celles avec les programmes PNP, PNPS ainsi que le GDR Exobio et
ne considérons pas les actions transversales telles que le GRETA (transfert de
rayonnement) et l’ASSNA dédiée à la simulation numérique. D’autres
recouvrements existent, avec le PNG (Galaxies), le PNC (Cosmologie), le PNCA
(Chimie Atmosphérique), le GDR Glaces, l’ASOV (observatoires virtuels),… Le
développement des nouveaux instruments d’observation et équipements de
laboratoire nécessitant des financements importants peuvent
concerner plusieurs communautés et PN. On peut citer dans ce cadre les études
liées au Dôme-C, au VLTI, les instruments spectroscopiques du satellite
Herschel et de l’instrument ALMA. Il est indispensable que les communautés
abordant un même sujet par diverses voies d’approche se rencontrent
régulièrement. Des ateliers et écoles permettent les échanges d’idées et
rencontrent un succès indéniable. Dans ce cadre, les ateliers sur la formation
des systèmes planétaires, soutenus effectivement par les trois programmes
mentionnés, constituent un bon exemple.
2.1. PNPS
L’interface avec le Programme National de Physique
stellaire concerne deux thèmes particuliers :
-
les phases avancées de l’évolution stellaire, les
enveloppes circumstellaires (étoiles carbonées, Mira, proto nébuleuses
planétaires, nébuleuses planétaire) et la question de la formation des grains
-
les objets stellaires jeunes, de faible ou forte
masse : protoétoiles, disques de gaz et de poussières (également à
l’interface PNP), jets et flots bipolaires , zones de choc associées, hot cores (et hot
corinos)
L’aspect « objet » est plus du domaine du PNPS,
tandis que les processus et la spectroscopie sont plus abordés par PCMI, sans
que la frontière soit complètement étanche. L’influence des domaines spectraux
autrefois distincts (radio et IR pour le milieu interstellaire, visible pour
les étoiles) est encore présente dans la répartition entre les deux programmes,
même si elle s’estompe progressivement.
Des
expertises croisées entre PCMI et PNPS permettent une bonne coordination des
projets.
2.2. PNP
L’interface PCMI-PNP est particulièrement
riche, autour du thème ''formation des systèmes planétaires''. L’étude
des météorites et petits corps est une mine d’informations sur un cas
particulier de formation stellaire et planétaire. Le gaz et les poussières de
la nébuleuse sont dans des conditions physiques et ont une nature proche de
celle du milieu proprement interstellaire. Ils en sont de plus issus, avec une
évolution qu’il s’agit de mieux connaître.
Il y a donc ici une interface commune au PCMI, au PNPS et
au PNP, avec un accent plus marqué sur le PNP pour les objets les plus évolués.
Citons les points principaux :
-
l’étude des isotopes (Al26, Be, Fe60…) permet l’étude de
l’irradiation de la nébuleuse par la proto-étoile, ainsi que l’irradiation et l’enrichissement du gaz
avant l’effondrement par les étoiles AGB, les Wolf-Rayet et les supernovae.
Elle permet en outre la datation ou la mesure de la durée de certaines phases.
-
Les météorites et les IDPs permettent également l’étude
des gaz rares, des phénomènes de fractionnement (en particulier D/H) dans la
nébuleuse.
-
La différentiation chimique des objets du système solaire
en fonction de leur distance au soleil contraint les modèles de nébuleuse
(température, densité, turbulence, …)
-
La structure physique des disques et leur dynamique, la
simulation hydrodynamique de leur formation, le transfert du rayonnement sont
également des sujets d’intérêt commun
-
La simulation en laboratoire permet d’aborder les
processus de formation et d’évolution
des glaces et des grains réfractaires (irradiation des glaces et des silicates
par des particules énergétiques et des photons X ou UV)
-
Les méthodes d’analyse de matière extra-terrestre, et les
données atomiques et moléculaires (comètes, atmosphères planétaires et
exo-planétaires) sont en grande partie communes
Il faut se garder toutefois de généraliser hâtivement
tout résultat sur la nébuleuse proto-solaire à l’ensemble des disques
proto-stellaires, et apprécier justement son degré de typicité.
2.3. GDR exobiologie
L’interface avec le GDR Exobiologie s’inscrit dans ses
deux thèmes « Origine de la Vie terrestre » et « exobiologie
dans le système solaire et le milieu interstellaire ». Elle concerne les
questions de l’origine des molécules
prébiotiques et de l’homochiralité
du vivant, pour lesquelles des pistes sérieuses font intervenir la matière
interplanétaire (particules de poussières, météorites, noyaux de comètes,
astéroïdes) régulièrement apportée à la Terre, et en quantité particulièrement
abondante sur la Terre primitive, dans les premiers 500-1000 Ma. Il s’agit ici
d’une interface triple PCMI-PNP-Exobio, puisque les molécules carbonées
complexes produites dans le milieu interstellaire doivent d’abord parvenir en
partie dans la nébuleuse protosolaire, pour y être incorporées dans les comètes
et astéroïdes.
2.4. Les projets d’interfaces
Les enveloppes circumstellaires
(Interface PNPS)
L’étude des enveloppes circumstellaires telle qu’elle est
perçue au PNPS concerne essentiellement le processus de perte de masse et le
transfert du rayonnement. Les aspects importants de physico-chimie de la
matière circumstellaire semblent donc « négligés » et l’apport du
PCMI est essentiel.
On peut distinguer trois thématiques, fondamentales pour
l’étude des enveloppes circumstellaires, et ayant un intérêt direct pour la
communauté PCMI.
-
la
poussière circumstellaire : des considérations simples de cinétique montrent
que les poussières interstellaires se sont nécessairement formées dans les
milieux circumstellaires. L’étude des processus de nucléation et de croissance
des grains passe donc par une bonne compréhension des enveloppes
circumstellaires. Ces aspects sont d’ores et déjà pris en compte par le PCMI
(par ex. l’étude des PAHs et macro- molécules en général avec l’expérience
PIRENEA, qui jouent certainement un rôle-clé dans la formation des poussières.
Par ailleurs, le champ de rayonnement incident sur ces poussières (étoile
centrale) étant très bien contraint, les propriétés optiques de ces grains
peuvent être étudiées en détail dans les enveloppes circumstellaires, à l’aide
des codes de transfert soutenus par le PNPS et dont le PCMI pourrait encourager
le développement.
-
le gaz
circumstellaire : La composante gazeuse des enveloppes
circumstellaires est le siège d’une chimie complexe, comparable à celle milieu
interstellaire froid. Les réactions ion - molécule y sont en effet dominantes
(si on exclut les zones de choc et les PDRs, qu’on rencontre également dans
certaines enveloppes circumstellaires). Là encore, les bonnes contraintes sur
le champ de rayonnement et la géométrie plus simple que celle des nuages
moléculaires interstellaires permet une étude détaillée des processus
chimiques, et éventuellement de contraindre les taux de réactions à des
températures de quelques dizaines de K, typiques des enveloppes, et pour
lesquels les mesures en laboratoire font souvent défaut. Enfin, ces enveloppes
circumstellaires ayant des vitesses d’expansion relativement uniformes, les
mesures d’abondances en fonction de la distance à l’étoile centrale permet de suivre
la chimie en fonction du temps. Le développement de codes de chimie dépendant
du temps appliqués aux enveloppes circumstellaires est dans la continuité des
modèles de nuages interstellaires et doit être encouragé en accompagnement aux
observations à haute résolution spatiale et en fréquence de ces enveloppes.
-
la
(magnéto-) hydrodynamique des enveloppes : La structuration des
milieux circumstellaires au sens large (enveloppes d’étoiles froides et
nébuleuses planétaires) est encore mal comprise, parce que sujette à
l’influence de multiples facteurs, tels que la rotation, les interactions dans
les systèmes binaires, les champs magnétiques. La géométrie globale reste
cependant relativement simple (sphérique), et on peut donc étudier en détail
les phénomènes induisant des écarts à cette géométrie : instabilités
hydrodynamiques (Rayleigh - Taylor, par exemple). Là encore, un soutien du PCMI
tant à des projets de modélisation qu’à des projets observationnels (haute
résolution angulaire, préparation à ALMA, par exemple) serait bienvenue, et
permettrait de mieux comprendre ces phénomènes qui jouent également un rôle-clé
dans le milieu interstellaire.
Les proto-étoiles
(Interface PNPS)
Les
proto-étoiles sont des objets clés pour contraindre le processus d'effondrement
proto-stellaire. Du point de vue de la formation des étoiles (PNPS), les grands
enjeux actuels (en étroite relation avec les défis observationnels des grands
instruments de nouvelle génération ,Herschel, ALMA,
JWST) sont
(1) l’origine de la masse des étoiles;
(2) les spécificités attendues de la
formation des étoiles massives;
(3) la mise en évidence univoque et la
quantification des effets de formation stellaire induite et/ou entrainée. Ces
directions fondamentales induisent des orientations PCMI qu'il convient
d'expliciter.
L'origine des masses stellaires est une question clef de
l’astrophysique. Les derniers résultats observationnels dans les nuages
moléculaires proches suggèrent fortement
que la masse des étoiles est en grande partie déjà déterminée avant
l'effondrement protostellaire. C'est la fragmentation des nuages denses qui
pourrait être le principal processus à l'origine des masses stellaires. La
compréhension de cette fragmentation est un sujet purement PCMI qu'il convient
de soutenir. Les étoiles les plus massives (étoiles OB) sont les moteurs
principaux de l'évolution galactique et sont donc de très grande importance.
Néanmoins, leur processus de formation est encore moins bien connu que celui
des étoiles de type solaire. De plus, il y a de fortes présomptions que ce
processus soit différent. D'un point de vue PCMI, les directions à soutenir
sont celles qui amélioreront sensiblement nos capacités à reconnaître les
"vraies" protoétoiles massives (objets en effondrement qui forment effectivement
des étoiles OB). De ce point de vue les travaux
physico-chimique sur les cœurs chauds et masers sont importants.
La formation des étoiles massives de plus de 10 masses
solaires nécessite un scénario différent, impliquant des simulations
nouvelles et originales et la recherche
des observables pertinentes. La question du déclenchement de la formation
stellaire par des perturbations externes (chocs de vents, de jets, de SN) est
ancienne et récurrente depuis 20 ans. Ce processus reste néanmoins à prouver et
à quantifier pour évaluer son importance globale dans la formation stellaire
des galaxies et notamment des galaxies à sursauts d'étoiles. C'est une question
purement PCMI mais importante pour le PNPS.
Les disques (Interface PNP)
Les disques proto-planétaires
orbitant autour des étoiles TTauri, étoiles de faible masses (0.5 a 2 masses solaires) âgées de quelques
millions d'années sont les résidus du coeur dense moléculaire qui a permis de
former la jeune étoile centrale. C'est vraisemblablement dans ces disques, qui
sont essentiellement constitués de H2, que se forment les planètes.
Ainsi, comprendre la physico-chimie en phase gazeuse et solide de ce milieu
permettra d'améliorer significativement la détermination des conditions
initiales nécessaires pour la formation des systèmes planétaires et apportera
de nouvelles contraintes aux modèles. Ce sujet est en pleine émergence au
niveau international et la compétition avec des groupes étrangers structurés
(et riches) est vive. Nous avons aujourd'hui l'essentiel des outils pour
retirer toute la ``substantifique moelle'' des observations du PdBI et se
préparer ainsi à ALMA (analyse interférométrique ,
code de transfert radiatif ETL et hors-ETL, code PDR et de chimie). L'analyse multi-isotopes, multi-transitions
de CO à partir des cartes du PdBI permet maintenant d’estimer systématiquement
la structure physique des disques. On montre aussi que le rayon des disques mesuré en CO dépend critiquement de la
photo-dissociation sélective de CO en présence du champ de rayonnement UV de
l'étoile centrale. Dans les prochaines années, il s’agira de coupler plus
quantitativement l'aspect chimique à l'aspect observationnel, en priorité en
s’intéressant à l'étude des processus de photo-dissociation à la surface et aux
bords des disques. Les développements principaux attendus sont la poursuite de
l’analyse de la chimie faite grâce au code de PDR couplé à une analyse hors-ETL sur un nombre croissant de sources observées
en CO et sur les principales raies détectées. Les processus de
photo-dissociation sont (au moins) couplés à la taille des grains: une voie à
suivre sera donc de s'intéresser plus directement aux propriétés observées des
grains dans les disques et à leur modélisations par l'analyse des données MIDI . La bande des silicates a été observée par MIDI dans
nombres de disques internes entourant des étoiles de Herbig Ae. Sa minéralogie
nous renseigne sur l'état d'évolution et la physico-chimie des 10-20 UA
centrales. La prise en compte de ces différents aspects est un sujet porteur
pour l’avenir.
Finalement, il est également important de ne pas oublier
que 80 % de la masse de ces disques est constituées de H2. Dans un
avenir très proche VISIR, nous permettra de sonder
directement la composant ''tiède'' du
disque gazeux. De la même façon, il est aussi important de mentionner les
observations de PAHs à la surface des disques qui seront obtenus par VISIR et
qui nous renseignent sur la structure physico-chimique de la surface des
disques.
Seule une approche multi-longueur d'onde permettra de
déterminer les processus physico-chimiques régnant dans ces disques du bord
externe (à quelques 400-500 UA) au bord interne situé à 0.1-0.5 UA et de
déterminer au mieux les conditions initiales à la formation des planètes. Pour
cela, il faut encore comparer les connaissances que nous obtenons sur les
disques à celles que nous avons sur l'origine de notre propre Système Solaire.
Ceci réclame un travail de synthèse important à réaliser avec les planétologues
(e.g. irradiation, composition, chimie et rôle de la turbulence dans la
Nébuleuse Primitive...).
Comprendre la
formation planétaire nécessite donc de coordonner l'utilisation de télescopes,
d'expériences de laboratoire et de codes très différents les uns des autres et
émargeant à divers programmes nationaux comme PNP, PNPS et PCMI. Une
coordination étroite des efforts engagés est essentielle pour le succès de ces
recherches.
Complexification chimique et
molécules pré biotiques (Interface Exobiologie)
Plus de 130 molécules sont connues dans les milieux
inter-stellaires ou circum-stellaires. De nouvelles espèces seront découvertes
avec l’ouverture de nouvelles fenêtres spectrales; il s’agit en particulier de
molécules aux spectres riches et assez complexes, et l’abondance attendue de
ces espèces est faible par rapport aux molécules plus simples comme CO, H2CO
ou H2O. Une limite pratique aux possibilités de détection est posée
par le problème de la confusion
spectrale (chevauchement des raies de multiples espèces, lorsque l’on
descend à un certain niveau de sensibilité). Cette dernière peut être repoussée
grâce au ''nettoyage'' des spectres des espèces
comme le méthanol ou HCN ayant un spectre particulièrement riche et multiple
dans toutes les gammes spectrales. De plus les fonctions de partitions et la faible
abondance rendent le signal faible.
L’intérêt de la ''piste interstellaire'' pour
l’origine des molécules prébiotiques
qui ont conduit à l’apparition de la Vie sur Terre, malgré le long chemin
nécessaire pour arriver jusqu’à la Terre primitive, tient à ce que – dans
l’état actuel de nos connaissances- la production en quantités de certains
composés y apparaît plus aisée et naturelle dans le milieu interstellaire que
sur la Terre primitive. C’est en particulier le cas des synthèses de mélanges non racémiques, tels ceux des
acides aminés non terrestres détectés dans des météorites ; il y a en
effet des sources naturelles connues de lumière polarisée circulairement
susceptibles d’agir sur les molécules interstellaires (étoiles à neutron ;
cocons de poussières d’étoiles massives en formation). Pour évaluer ce scénario
d’apport de matière interstellaire via les petits corps du système solaire, de
nombreuses mesures de laboratoire (photodissociation et photosynthèse énantio-sélectives)
et des observations astronomiques à très grande sensibilité sont requises.
La recherche dans le milieu interstellaire de molécules carbonées complexes comme la glycine (possible détection sujette à de multiples débats), d’autres acides aminés ou autres
molécules d’intérêt pour la chimie prébiotique est un enjeu important tant pour
la compréhension de l’apparition de la vie sur Terre que pour la discussion sur
l’universalité des mécanismes qui y ont conduit. D’autres candidats évidents
sont les sucres (dont un précurseur, le glycol-aldéhyde, a été observé), les
hétéro-cycles simples (dont les bases nucléiques), ainsi que les molécules
apparentées et les précurseurs de leur synthèse.
Grains interstellaires et matière solide
planétaire (Interface PNP)
La recherche des signatures de composés en phase solide
est également limitée par des problèmes de limite de détection et de confusion
possible. Pour l’observation à distance des grains, seule la spectroscopie
infrarouge est accessible, et à partir d’un spectre IR, il est impossible de
remonter à la composition chimique d’un mélange de molécules organiques un tant
soit peu complexe (en général, le chimiste en laboratoire devra recourir
concurremment à l’IR, la spectrométrie de masse, la RMN et le Raman pour identifier
les composants d’un tel mélange). Cependant, on peut noter, en ce qui concerne
la spectroscopie IR en astronomie, une progression possible grâce aux futurs
instruments (Spitzer, NGST, VLT-GRIRES, Gemini). A noter par exemple le projet
spatial original proposé par la NASA
appelé ABE (AstroBiological Explorer) qui sera dédiée exclusivement à la
recherche de molécules organiques (solides) dans tous les environnements
possibles du MIS.
Pour la phase solide, plusieurs voies d’étude sont néanmoins sérieusement
envisageables qui tombent largement dans le cadre du PCMI (quoique débordant
vers le PNP) :
-
les expérimentations qui se proposent d’étudier, par la
physique de laboratoire, les processus physiques à l’œuvre dans les
environnements astrophysiques (ex : fluorescence, émission infrarouge),
-
les simulations qui visent généralement à reproduire
certaines conditions de ces environnements et ''in fine'' à
reproduire les observations (ex. les glaces interstellaires) ,
-
les simulations permettant de produire de la matière
organique complexe dont on espère qu’elle soit similaire (voire identique) à la
matière organique interstellaire puis cométaire et
-
l’analyse d échantillons extraterrestres de retour sur
Terre, collectés par différentes méthodes.
Ce dernier point sera particulièrement développé dans un
proche futur avec des missions spatiales comme STARDUST qui devrait ramener
début 2006 quelques exemplaires de grains interstellaires collectés lors de
leur transit dans le Système Solaire. Il faut également noter l’intérêt
potentiel pour l’analyse des échantillons de matière interstellaire des techniques d’analyse d’échantillon en laboratoire utilisées sur les roches
terrestres archéennes ou étudiées pour les futurs échantillons martiens,
puisque la taille des bactéries fossiles (1 mu) se rapproche de celle des
grains IS.
La connaissance de la structure et de la composition de
ces particules est susceptible d’apporter beaucoup d’informations et de
contraintes sur les modèles de poussières interstellaires, complétant
l’observation à distance. L’analyse d’échantillons de grains interstellaires
est le seul moyen d’accéder par l’observation au rapport énantiomérique des
molécules interstellaires qui sont chirales. De nouvelles expériences spatiales de collectes
de grains interstellaires en transit dans le système solaire, succédant à
Stardust, seraient à envisager dans un futur proche. Le savoir faire d’analyse
d’échantillons extraterrestres est actuellement dans la communauté PNP.
Cependant, les grains interstellaires étant particulièrement petits (moins d’un
micron) il y a l’absolue nécessité, pour le PCMI, de développer de techniques d’analyse extraordinairement sensibles,
qui seront souvent des techniques nouvelles, et non de simples
perfectionnements ; cette recherche doit être menée en amont des retours
d’échantillons et en collaboration étroite avec des équipes de physique et de
chimie fondamentales est nécessaire pour le développement des nouvelles
méthodes, comme dans les autres actions du PCMI.
3. Caractérisation
M. Vervloet, C. Reynaud, F.Spiegelman, H.Leroux
Spectroscopie
L’analyse spectrale des émissions ou des
absorptions issues d’objets astrophysiques sont les
sources essentielles d’information qui nous renseignent sur leur constitution
et sur leurs conditions environnementales. Le milieu interstellaire présente
une grande variété d’espèces moléculaires diatomiques et polyatomiques, stables
ou radicalaires, neutres ou ionisées, possédant des énergies bien déterminées
de rotation et de vibration dans des états électroniques spécifiques. Il
convient donc d’essayer de synthétiser en laboratoire les espèces susceptibles
d’être présentes dans le milieu interstellaire pour en étudier leurs propriétés et leurs comportements dans des conditions semblables à celles de leur milieu environnemental. La connaissance approfondie de chaque
espèce nécessite un travail considérable. Il s’agit de déterminer avec la plus
grande précision les positions spectrales et les intensités des structures
créées par chaque espèce et par ses principaux isotopomères, dans les domaines
spectraux allant de la région micro-onde à celle de l’ultraviolet du vide.
L’exploitation de ces données permet alors d’identifier la nature, la
concentration et l’environnement des espèces responsables des structures
spectrales observées dans le milieu interstellaire. Bien que la plupart des
transitions moléculaires mettent en jeu les niveaux de vibration fondamentaux, il faut pouvoir
prédire les transitions susceptibles d’être observées entre états excités
(figure 1). C’est ainsi, par exemple, qu’en 2003, la raie « laser » à
891 GHz de HCN put être détectée dans l’enveloppe de IRC+10216. Cette raie
identifiée au préalable en laboratoire est la transition entre les deux niveaux
de rotation en interaction, J=10 et J=9, appartenant respectivement aux niveaux
excités de vibration (0111) et (0400). C’est aussi par
des considérations purement spectroscopiques que fut identifié en 2001 le
porteur CH, responsable de la bande diffuse interstellaire ultraviolette
accompagnée des deux raies auparavant
non attribuées, respectivement situées à 136.913, 136.874 et 137.087 nm. Le
programme PCMI encourage les études spectroscopiques de laboratoire et les
interactions combinées entre les spectroscopistes de laboratoire, les
astronomes observateurs et analyseurs de spectres d’objets interstellaires et
les astrophysiciens élaborant des modèles capables de rendre compte des
complexités observées dans le milieu interstellaire. Pour progresser dans la
recherche et l’identification de nouvelles molécules et radicaux susceptibles
de présenter des structures spectrales non encore identifiées, les
spectroscopistes bénéficient des prédictions établies par les spécialistes des
calculs ab-initio de chimie quantique de plus en plus performants. Dans le
domaine des petites molécules, des progrès considérables ont été accomplis en
Chimie Quantique, liés à la fois par la puissance numérique, aux développements
méthodologiques et algorithmiques. Ces progrès concernent à la fois les calculs
de structure électronique, y compris les états électroniques excités, et la
détermination des surfaces d’énergie
potentielle, mais également la dynamique rovibrationnelle. Au-delà de
méthodes désormais traditionnelles (MP4, Coupled Cluster), certaines méthodes
ont été développées spécifiquement pour traiter les interactions moléculaires
(SAPT ou Symmetry Adapted Perturbation
Theory). Pour les très petits systèmes, les calculs rovibrationnels quasi-exacts
au-delà de l’approximation de Born-Oppenheimer commencent à apparaître. Du
point de vue des états très excités, il faut également citer les possibilités
offertes par la MQDT (Multichannel
Quantum Defect Theory) pour aborder les états de Rydberg. Un lien entre les
différents aspects théoriques pourrait s’avérer fécond, par exemple en vue
d’une paramétrisation ab initio de la MQDT. Les techniques semi-classiques, pas
encore toujours opérationnelles, notamment au voisinage des intersections
coniques, devraient se développer. Elles sont en tous cas susceptibles
d’apporter une rationalisation des spectres (théorie des bifurcations).
Dans
le domaine des vibrations, les méthodes quantique, stationnaires (MCSCF, VMCI ) ou dynamiques (MCTDH) permettent de résoudre la
spectroscopie vibrationnelle pour J=0. Il faut cependant mentionner le
traitement spécifique des mouvements de grande amplitude et des modes basse
fréquence, notamment intermoléculaires, mais également la détermination
théorique d’hamiltoniens effectifs vibrationnels et/ou rovibrationnels.
D’autres enjeux théoriques concernent le traitement des mouvements
intra-moléculaires de dégénérescence élevée (molécules de type toupies
symétriques SF6), les
couplages vibroniques ou les transitions impliquant des nombres rotationnels
élevés (H2O, NH3). Des efforts sont
également attendus pour les espèces radicalaires ou instables. En plus des
prédictions théoriques, les spectroscopistes bénéficient également des
développements technologiques surtout dans les domaines de longueurs d’onde
encore mal explorés mais essentiels pour l’astrophysique que sont l’infrarouge
lointain et le domaine de l’ultraviolet. Les progrès enregistrés récemment dans
le domaine des lasers sub-millimétriques et l’utilisation récente (LURE) et
future (SOLEIL http://www.synchrotron-soleil.fr/) du rayonnement synchrotron
dans la région de l’infrarouge lointain et l’ultraviolet du vide (voir annexe
1) apporteront de nombreuses informations sur les structures énergétiques et
les comportements dynamiques de molécules d’intérêt astrophysique. La très
forte brillance et la grande stabilité des sources de rayonnement synchrotron permettra de réaliser, dans le domaine spectral térahertz,
de grands parcours d’absorption au moyen de cuves à réflexions multiples. Les
espèces pourront ainsi être sondées dans des conditions de faible pression et
aussi de faible température si une régulation thermique est appliquée aux
cuves.
L’étude de la matière carbonée
sous ses formes gazeuse et solide tout comme les agrégats et nanoparticules,
est un thème prioritaire pour le milieu interstellaire. En effet, les
macro-molécules et les nanoparticules jouent un rôle majeur pour les processus
de chauffage du gaz et sa chimie. Il est essentiel de pouvoir connaître la
taille de ces particules et à terme de les caractériser complètement. Il est
important aussi de parfaire l’inventaire des espèces présentes dans le milieu
interstellaire, en s’attachant aux molécules de taille intermédiaire qui ne
sont encore que très imparfaitement répertoriées. Enfin la matière carbonée
interstellaire peut être vue comme une première étape vers une chimie organique
complexe. L’ouverture plus complète du domaine sub-millimétrique avec Herschel
et ALMA permettra d’atteindre de nouvelles classes d’espèces.
Les travaux de spectroscopie sur les chaînes carbonées et
les hydrocarbures polycycliques aromatiques (PAH) sont ainsi très attendus.
C’est dans le domaine des grandes longueurs d’onde que les vibrations molles de
leurs squelettes carbonés caractérisent chaque espèce. Les spectres d’émission
thermique en phase gazeuse de quelques petits PAH ont pu être enregistrés
récemment jusqu’à des longueurs d’onde supérieures à 100 mm. Les structures qui les composent sont
des bandes de rotation-vibration où les profils rotationnels, non résolus,
forment des enveloppes relativement larges (figure 2). La spectroscopie
d’absorption de ces espèces est à développer; elle devrait permettre de prédire
les signatures spectrales de ces espèces placées dans les conditions
interstellaires. Pour ces molécules de grande taille, les techniques de type
« Fonctionnelle de la Densité » permettent également d’obtenir les
surfaces de potentiel des différents multiplets de spin les plus bas avec une
précision souvent satisfaisante et d’accéder aux modes IR, au moins dans
l’approximation harmonique. Clairement, des progrès sont souhaitables du point
de vue des fonctionnelles, ainsi que pour la description des états excités,
même si les méthodes de type TDDFT (Time Dependant Perturbation Theory)
s’avèrent prometteuses, en particulier pour décrire les spectres d’absorption
des PAH. D’autre progrès restent à accomplir pour obtenir les effets de
l’anharmonicité et de la température dans ce domaine de taille par des
approches ab initio, par exemple, la Dynamique Moléculaire de type Car
Parinello.
Les poussières, grains, nanoparticules à base de
molécules carbonées et les silicates constituent une classe importante de
systèmes pour lesquelles des études systématiques sont nécessaires. Les
spectres de chromophores atomiques ou moléculaires enfermés dans la matière
carbonée et ou siliciée sont également très intéressants. En particulier, la
description de composés impliquant des atomes de métalliques reste un enjeu du
point de vue théorique.
Bien que nombre d’études conduites dans une approche ab
initio avec la DFT permettent de déterminer les structures et les modes IR
harmoniques, des améliorations considérables restent à faire. On attend d’une
part des progrès de la DFT pour décrire les interactions intermoléculaires.
Au-delà des tailles plus petites et moyennes, et si l’on souhaite mener des
simulations de Dynamique Moléculaire, les approches doivent faire appel à la
modélisation, par exemple de type liaison fortes pour les descriptions des
états intra-moléculaires, ou des champs de forces pour les ensembles
supra-moléculaires (agrégats de PAH). On pourra ainsi identifier les espèces
stables et leur structure, ainsi que leurs modes de vibration, en particulier
les modes mous intra et intermoléculaires et leur couplage éventuel et
également accéder aux effets de température finie. Un autre enjeu est en effet
de comprendre l’équilibre thermodynamique de tels systèmes. Enfin, il sera
important de décrire les spectres électroniques, visibles ou UV, et la nature
des divers types d’excitations : bandes excitoniques, excitations à
transfert de charge, etc... La dynamique de relaxation de ces espèces dans les
états électroniquement excités, phénomène concurrent de la fluorescence
constitue également un enjeu. Pour ces systèmes complexes, le thème
« Spectroscopie » doit clairement être mené en forte interaction avec
le thème réactivité, par exemple pour comprendre la stabilité des espèces
résultant de la perte d’hydrogènes. Une difficulté réside dans la nature et la
variété des systèmes à investir. Il est donc primordial que
des actions concertées et systématiques s’établissent entre expériences
embarquées, expériences de physico-chimie de laboratoire, spectroscopie
et calculs théoriques, avec des objectifs communs et une très forte
interactivité. En premier lieu, ces études nécessitent la synthèse
d’échantillons analogues aux matériaux interstellaires non-univoques ; les
techniques PVD, CVD, sol-gel, pyrolyse laser semblent être bien adaptées à leur
production. Pour comprendre l'évolution des grains durant leur cycle de vie,
des expériences en laboratoires sont nécessaires afin
de déterminer le rôle des différents paramètres physico-chimiques. Ces
expériences incluent l'évolution physico-chimique des grains sous irradiation
(ions, électrons, photons), érosion des surfaces par pulvérisation
(sputtering), rôle des implantations ioniques sur le comportement ultérieur des
grains, la réactivité des surfaces et les interfaces, l'influence des défauts
de surface, les conditions d'accolement de différents matériaux
(silicate/matière carbonée/glaces) en particulier sur le rôle des surfaces sur
la formation des espèces molécules organiques complexes ou pré-biotiques,
l'interaction des grains avec le gaz, les conditions d'agrégation, de
fragmentation ou de destruction, rôle des espaces intergranulaires (porosité),
évolution avec la température (des grains individuels et des agrégats). Les
phases solides sont très souvent des nanoparticules isolées ou des agglomérats
nanostructurés. Cette échelle est intéressante mais met en en jeu une
physico-chimie que n' est pas encore bien comprise, et
qui représente un grand enjeu scientifique en science des matériaux (et aussi
technologique et économique). La très faible taille modifie fortement les
propriétés intrinsèques du matériau. Du fait du grand rapport surface/volume,
les interactions entre particules et leur environnement sont aussi exacerbées
(rôle important des surfaces). La compréhension de ces « briques élémentaires »
(naturels ou de synthèse) n'est pas immédiate et une coopération avec des
spécialistes de cette famille de matériaux s'avère indispensable. En terme de
caractérisation, l'étude de ces matériaux nécessite aussi des techniques
spécifiques comme la microscopie électronique à balayage et à transmission
(pour la caractérisation structurale, morphologique et chimique), la
microscopie à force atomique (morphologie), la spectroscopie des photoélectrons
(analyse d'extrême surface), les techniques des physico-chimistes de la
catalyse, la sonde ionique (analyse chimique et isotopique) .
Quand la matière sera disponible en quantité suffisante (même si elle est
nanostructurée), d'autres techniques pourront être utilisées comme la
diffraction des rayons X (analyse structurale), les techniques d'analyses
thermiques, calorimétrique et gravimétrique (paramètres thermodynamiques,
volatilisation), la spectroscopie de masse (analyse chimique), et bien entendu
la spectroscopie infrarouge qui permet une confrontation directe avec les
matériaux naturels.
La moisson spectrale du satellite ISO a été très
fructueuse. Elle a notamment autorisé l'observation de phases solides et donc a
permis d'esquisser le cycle de la poussière, depuis sa formation dans les
étoiles en fin de vie, durant son transit dans le milieu interstellaires,
jusqu'à son incorporation dans les nouvelles étoiles. La communauté des
spectroscopistes sera de nouveau particulièrement sollicitée quand les projets
Herschel et ALMA entreront respectivement dans leur phase opérationnelle en
2007 et 2012. Il conviendra alors d’analyser et d’interpréter dans les
meilleurs délais la très grande quantité d’enregistrements qui sera transmise
par ces futurs observatoires. Il est donc nécessaire de compléter les bases de
données des espèces susceptibles d’être observées dont certaines intéressent
également les physico-chimistes des atmosphères planétaires. Le programme PCMI
continue d’inciter vivement les spectroscopistes à cibler leurs recherches sur
des espèces et dans les domaines spectraux qui seront sondés par Herschel et
ALMA, tout en continuant de les encourager à résoudre les énigmes telles que
les origines des nombreuses bandes diffuses interstellaires situées dans la
région visible et proche infrarouge. La plupart des molécules interstellaires
ont été détectées dans le domaine des très grandes longueurs d’onde. C’est donc
dans ce domaine que les spectroscopistes doivent mesurer avec précision les
transitions caractérisant les espèces moléculaires. Certaines d’entre elles, connues
par leurs transitions électroniques et/ou vibro-rotationnelles dans les
domaines spectraux de plus grande énergie ont jusqu’alors résisté à toute
détection micro-onde. C’est le cas en particulier de l’ion H2O+, initialement
identifié simultanément en laboratoire et dans les spectres cométaires, mais
dont les transitions de rotation pure n’ont pas encore pu être mesurées en
laboratoire.
HCN
R(29)
Figure 1 : Portion du
spectre d’émission de HCN observé en laboratoire sur l’intervalle spectral
30-200 cm-1. La plupart
des raies portent l’attribution R(29) ; elles
résultent de transitions entre niveaux de rotation appartenant à un même état
de vibration. Le niveau de vibration le plus excité est (050). Quelques
transitions sont des raies de rotation-vibration et présentent un effet laser.
Elles appartiennent aux bandes (0400)-(0111) et (0510)-(020,21).
Celles de la première bande, situées vers 805 et 891 GHz ont été récemment
détectées vers les étoiles carbonées IRC+10216 et CIT6. Celles de la seconde
bande, situées vers 2300 GHz, pourraient
l’être dans le futur.
Trace 2 Trace 1
![]()
Figure 2 : Les traces 1
et 2 correspondent au spectre d’émission en phase gazeuse de l’anthracène,
enregistré en utilisant deux filtres optiques différents. Les bandes de la
trace 1, situées à environ 600 et 460 cm-1,
ont déjà été observées et sont attribuées respectivement aux vibrations n49 (b2u) et n64 (b3u).
La bande de plus basse énergie, située à environ 85 cm-1 est attribuable selon un calcul DFT à n66 (b3u).
A notre connaissance, son observation n’est pas reportée dans la
littérature.
SOLEIL
Le Synchrotron SOLEIL,
source de troisième génération, sera opérationnel en 2006. Dès le début de sa
mise en service, trois lignes de lumières de très grand
brillance, où pourront être effectuées des expériences de spectroscopie
d’intérêt astrophysique, seront mises à la disposition des utilisateurs. Compte
tenu des performances annoncées, le programme PCMI encourage vivement ses
participants à considérer dès maintenant l’utilisation de cette source en
particulier sur l’une des trois lignes de lumière suivantes :
la ligne AILES (spectroscopie dans l’infrarouge lointain) qui fournira son continuum
de lumière très intense, de l’infrarouge à l’infrarouge lointain, à un
interféromètre à transformation de Fourier à très haute résolution (0,001 cm-1). Des mesures
d’absorption en phase gazeuse réalisées avec de grands trajets au moyen de
cellules à réflexions multiples, permettront alors de détecter de nouvelles
structures d’absorption trop faibles pour avoir été mesurées jusqu’à présent.
4. Réactivité/
Collisions / Chimie Théorique / Interface PNCA
C. Joblin
(CESR, Toulouse), J.-P. Aycard (PIIM, Marseille), L. d’Hendecourt (IAS, Orsay),
J.-C. Loison (LPCM, Bordeaux), J.-M. Mestdagh (CEA, Saclay), B. Mitchell
(PALMS, Rennes), E. Roueff (LUTH, Observatoire de Paris), D. Talbi (LETMEX,
Museum, Paris), P. Valiron (LAOG, Grenoble)
L’objectif des recherches conduites
sur le milieu interstellaire est, entre autres, de comprendre comment la
matière interstellaire évolue sous l’influence des interactions entre gaz,
grains, photons et particules énergétiques (rayons cosmiques). Identifier les
processus qui sont à l’origine de cette évolution et en connaître l’importance
relative passe nécessairement par l’observation des signatures spectrales de la
matière interstellaire, via des bandes d’absorption ou d’émission,
associées à des transitions électroniques (UV-visible), vibrationnelles (de
l’IR proche à l’IR lointain) ou rotationnelles (de l’IR au millimétrique).
Cependant le lien entre les observations et les processus sous-jacents que l’on
cherche à identifier est généralement indirect. L’élucidation du rôle respectif
des différents processus demeure difficile en raison de la multiplicité des
paramètres, malgré l’apport des modèles numériques couplant les macro-échelles
aux micro-processus. Il reste également de grands efforts à faire pour mesurer
ou calculer dans le détail tous les processus, même parmi les plus importants.
Cette richesse et cette complexité sont bien illustrées par les réactions
chimiques qui contrôlent l’abondance et la nature des espèces mises en jeu,
qu’il s’agisse de molécules, de radicaux ou de grains de poussière. C’est
également le cas des transferts d’énergie entre espèces et plus
particulièrement celui du transfert d’énergie rotationnelle et celui du
changement d’état de spin. Les interrogations qui semblent se poser avec le plus
d’acuité à l’heure actuelle portent sur les grains interstellaires, à la fois
en ce qui concerne leur interaction avec le gaz, leur nature, leur évolution et
le possible rôle qu’ils apportent dans la fabrication de la complexité
moléculaire. L’étude de cette chimie hétérogène doit être encouragée sans pour
autant minimiser l’importance de la réactivité en phase gazeuse. L’ensemble de
ces réactions vont contribuer à alimenter des modèles de chimie et c’est, pas à
pas, par comparaison avec les observations qu’un réseau de réactions couplé à
de la dynamique pourra globalement être validé. Au niveau des observations, le
grand défi des prochaines années sera l'obtention d'observations à haute
résolution spatiale pour les nuages moléculaires, les régions de photodissociation
et les disques. Ceci sera possible avec ALMA (radio) et l’est déjà dans l'IR
vibrationnel (NAOS CONICA). Ces observations devraient permettre une réelle
avancée des interactions modèles/simulations/théorie
La
réactivité chimique contrôle la richesse moléculaire avec deux conditions
spécifiques au milieu interstellaire :i) des températures qui peuvent être
aussi basses que 10 K ce qui donne un rôle prépondérant aux processus réactifs
qui sont sans barrière d'activation et ii) de très faibles pressions qui
rendent les collisions à trois corps improbables et donc donnent un rôle dominant aux processus d’association
radiative ou dissociative et aux processus réactifs qui se déroulent à la
surface des grains.
4.1.A-
Chimie du gaz et interactions
gaz - grain
Des
modèles de chimie interstellaire se sont construits autour de réseaux de
réactions en phase gazeuse incluant des
réactions ion-neutre (molécule) et radical-neutre. La mise en place de ces
réseaux a motivé une forte implication des expérimentateurs et des théoriciens.
Ces études ont permis de mettre en évidence le rôle important, mais largement
sous-estimé auparavant, de réactions entre espèces
neutres, atome-molécule, radical-molécule et radical-radical. Les techniques
expérimentales qui ont permis cette percée sont par exemple le CRESU (PALMS à
Rennes) et des faisceaux croisés (LPCM Bordeaux). La confrontation des
observations astrophysiques avec les résultats de modèles prédisant l’abondance
relative des espèces présentes dans le milieu interstellaire ne s’est avérée
qu’en partie satisfaisante. Elle a mis en évidence un certain nombre de lacunes
liées en grande partie à la nécessité de prendre en considération les processus
d’interaction gaz-grain. Ceci amène à s'interroger sur des processus
fondamentaux dont la compréhension est largement incomplète, en
particulier : piégeage et désorption de gaz à partir des grains,
migration, association et réaction d'atomes et de molécules piégés à la surface
des grains, interaction des espèces piégées avec le rayonnement ambiant et
échange d'énergie entre ces espèces et le grain.
Deux exemples illustrent ce propos. Le premier
est la formation d’H2 qui nécessite la participation d’un grain pour
dissiper une partie conséquente de l’énergie de liaison de la nouvelle molécule
formée. Plusieurs mécanismes peuvent être impliqués. La physisorption ne peut
se produire de manière efficace que dans les régions froides des nuages
moléculaires alors que seuls les mécanismes impliquant la chimisorption ne
peuvent être efficaces en bord de nuage dans les régions dites de
photodissociation (PDR) où la température des grains peut atteindre plusieurs
centaines de K. Il a été suggéré que les plus petits grains
(a < 10 nm) jouent un rôle dominant dans la formation de H2
dans ces régions. De plus, de faibles valeurs du rapport ortho sur para de H2
ont été mesurés soulignant l’importance des processus
hors d’équilibre ou des réactions à la surface des grains. Dans les PDR, la
molécule H2 est révélée par son émission IR dans de nombreuses raies
rovibrationnelles et rotationnelles. Il est important d’essayer de contraindre
par ces raies d’émission les mécanismes de formation mis en jeu. Cependant,
l’excitation de ces raies est également due à d’autres mécanismes comme la
fluorescence induite par l’absorption de photons UV et les collisions, ce qui
rend la tâche complexe. Il est indispensable que les études théoriques et
expérimentales caractérisent l’état d’excitation de H2 lié à sa
formation.
Le deuxième exemple illustrant le rôle majeur
des grains et les interrogations qui en découlent est l’enrichissement
isotopique (deutération) des molécules et l’abondance de certaines molécules en
particulier complexes. Les observations surprenantes de molécules doublement ou
triplement deutérées dans certains cœurs pré-stellaires illustrent la subtilité
des couplages - qui dans une large mesure restent à clarifier - entre la chimie
dans le gaz et à la surface des grains.
4.1.B- Nature et évolution
des grains
Les
conditions physico-chimiques dans les enveloppes d’étoiles évoluées (densité
importante et hautes températures) sont favorables à la nucléation et à la
croissance de grains. Deux types
principaux de chimie se rencontrent selon que l’enveloppe est riche en carbone
ou en oxygène. Dans le premier cas, ce
sont principalement des grains carbonés qui se forment, dans le second des
silicates et des oxydes métalliques. La chimie du carbone a été décrite en
particulier par le modèle de Frenklach et collaborateurs qui s’appuie sur notre
connaissance de la chimie des flammes : cyclisation de l’acétylène C2H2
et croissance des cycles par un mécanisme de type HACA (abstraction d’H;
addition de C2H2) puis mécanisme de coagulation générant
des particules de type « suies ». Les modèles de nucléation et
croissance des silicates et grains métalliques sont plus rares, la
problématique étant principalement traitée par le groupe d’E. Sedlmayr à
Berlin. Dans ce domaine, il y a un besoin crucial de données expérimentales
pour soutenir les modèles.
Une fois formés dans les enveloppes d’étoiles,
les grains sont injectés dans le milieu interstellaire. Il faut alors
s’interroger sur leur interaction avec les photons, les particules énergétiques
et les ondes de chocs qu’ils rencontrent. En effet, en modifiant la nature des
grains cela peut avoir un effet sur les interactions entre grains (coagulation
ou fragmentation selon la vitesse relative des partenaires) et sur la chimie à
leur surface. Une question en suspens est celle de l’efficacité de la
destruction des grains par les chocs puisque les modèles de A. Jones semblent
montrer une destruction efficace des grains ce qui pose le problème de leur
éventuelle reconstruction à basse température dans les nuages moléculaires.
Dans les nuages, l’évolution de la distribution
en taille des grains est liée à deux processus principaux au moins. D’une part,
les grains sont soumis aux processus de coagulation à l’intérieur des nuages
comme proposé pour expliquer les résultats de la mission ballon française
PRONAOS (CESR, IAS, CNES). D’autre part, à la surface des nuages, les photons
UV des étoiles jouent un rôle important et les processus de photo-évaporation
et de photo-dissociation dominent l’évolution de la matière. L’analyse des
données de spectro-imagerie de la caméra CAM du satellite européen ISO a permis
de mettre en évidence que les molécules polycycliques aromatiques hydrogénées
(PAH) sont produites à la surface des nuages par photo-évaporation de très petits
grains carbonés.
L’interaction
gaz - grain doit aussi être considérée en tant que moteur pour
changer les propriétés physico-chimiques de la surface des grains. C’est le cas
par exemple dans les régions froides des nuages où cette interaction conduit à
la formation de manteaux de glaces moléculaires qui recouvrent les grains. Ces
glaces constituent alors un nouveau type de solide dont il faut caractériser la
structure et si possible en trouver un diagnostic observationnel. L’évolution
photo- et thermo-chimique de ces glaces doit être étudiée car c’est une source
potentielle de molécules organiques complexes, avec éventuellement des
implications prébiotiques.
4.2. - Modélisations expérimentales et théoriques.
Quelques réalisations recentes. Quelques orientations souhaitables
Nous
avons vu que l’évolution physico-chimique de la matière interstellaire résulte
d’une superposition complexe de processus élémentaires souvent mal connus qui
de ce fait méritent d’être étudiés individuellement, à la fois du point de vue
expérimental et théorique. Une autre approche, également très féconde, consiste
à modéliser une classe de phénomènes astrophysiques. Cette approche est
illustrée par la construction de réseaux de réactions chimiques utilisés dans
les modèles de chimie interstellaire. Sur le plan expérimental, cette approche
revient à synthétiser des analogues aux espèces interstellaires, les grains par
exemple pour en étudier les propriétés physico-chimiques ou spectroscopiques.
Quelques
réalisations récentes et quelques travaux en cours méritent d’être cités car
ils éclairent l’apport des études théoriques ou expérimentales, à la
connaissance du milieu interstellaire.
4.2.A- Etudes expérimentales
Dans les études expérimentales, deux
approches peuvent être distinguées ; des études fondamentales destinées à
quantifier la valeur d’un paramètre physico-chimique (par ex. une énergie de
liaison ou une vitesse de réaction) et des études de type simulations où l’on
cherche à reproduire des processus du milieu interstellaire (par ex. photolyse
UV de glaces moléculaires). Dans ces expériences, la synthèse d’analogues en
laboratoire des espèces interstellaires ainsi que leur caractérisation par
différentes méthodes d’analyse est une étape importante. Ces expériences font donc
appel à des diagnostics de plus en plus pointus. L’étude des propriétés
d’espèces chimiques dans des conditions physiques qui approchent celles du
milieu interstellaire nécessite le développement de montages expérimentaux
complexes comme les techniques de CRESU (PALMS,
Rennes) et de faisceau croisés (LPCM, Bordeaux) pour les études de cinétique du
gaz et les techniques de piège à ions refroidi pour les études de nano-objets
(CESR, Toulouse). A noter que ces espèces sont souvent très réactives dans les conditions
du laboratoire ce qui nécessite leur manipulation dans des conditions très
contrôlées.
En ce qui
concerne les réactions en phase gazeuse, le rôle des réactions radicaux -
neutres dans la chimie interstellaire est maintenant reconnu comme très important
et donc, dans les années qui viennent, la mesure des sections efficaces de
réaction atome (C, N, O) - molécule, radical (OH,CN,CH,
C4H,....) - molécule et radical - radical est
souhaitable pour alimenter les modèles de chimie interstellaire. Ces
expériences sont désormais possibles en utilisant des techniques maîtrisées en
France (Rennes, Bordeaux). Les réactions
de recombinaison ion-électron jouent également un rôle important, et des
mesures détaillées (y compris des rapports de branchement en recombinaison
dissociative) sont possibles autour d’anneaux de stockage (ASTRID au Danemark
ou CRYRING à Stockholm). Le transfert d’énergie entre des espèces est également
un point important à traiter pour l’interprétation des observations
astronomiques, en particulier les observations dans le domaine
sub-millimétrique et millimétrique qui vont s’enrichir dans les années à venir
avec l’apport du spectromètre hétérodyne HIFI de l’observatoire spatial
Herschel et de l’interféromètre ALMA. Des expériences sont donc à prévoir sur
le transfert d’énergie rotationnelle ainsi que sur les réactions qui change
l’état de spin-orbite des atomes.
Parmi les
études impliquant des grains, un effort important a concerné les macromolécules
polycycliques aromatiques hydrogénées (PAH) qui ont été proposées pour
expliquer les bandes aromatiques IR observées entre 3 et 13 μm dans toutes les
régions inter- et circum-stellaires irradiées par des photons UV. Les PAH
jouent un rôle important dans le bilan de charge avec d’une part, la production
d’électrons par effet photoélectrique (source principale du chauffage du gaz
dans les PDR), et d’autre part une contribution possible à l’échange de charge
avec les ions atomiques. Enfin leur rôle dans la chimie doit être caractérisé.
Ils ont été proposés comme jouant un rôle dans la formation de la molécule H2
et des petits hydrocarbures observés dans les PDR. Ils pourraient également se
coordonner au fer pour former des complexes organométalliques, contribuant
ainsi à la déplétion du fer dans les nuages et ouvrant de nouvelles voies
chimiques, le fer pouvant jouer un rôle de catalyseur de réaction entre espèces
neutres en supprimant des barrières de réaction. Un tel rôle doit probablement
être envisagé pour de nombreuses autres espèces minoritaires présentes sur les
grains.
Les études de spectroscopie infrarouge (confrontation
avec les bandes aromatiques infrarouges) et visible (confrontation avec les
bandes diffuses interstellaires) montrent qu’il faut trouver d’autres analogues
que les PAH usuels en laboratoire. Pour trouver de nouveaux candidats, il faut
se poser la question des mécanismes de formation et de destruction de ces
molécules complexes dans les milieux astrophysiques. Sous le rayonnement UV des
étoiles, les PAH sont soumis aux processus de photodissociation. Ces molécules
sont également impliquées dans des réactions chimiques jusqu’à présent très peu
connues. De premières études de photodissociation et de réactivité sur des PAH
déshydrogénés menées avec PIRENEA (CESR Toulouse) ont permis de générer de
nouvelles espèces contenant en particulier des cycles pentagonaux. Une nouvelle
expérience au LPPM (Orsay) va permettre de générer de nouvelles macromolécules
carbonées en isolant les produits formés dans des flammes. L’état
d’hydrogénation des PAH dépend du bilan entre photodissociation et
recombinaison avec l’hydrogène. La réaction principale à envisager est donc la
réactivité des PAH avec H. D’autres réactions peuvent modifier la nature du PAH
et le bilan chimique. Il faut donc envisager les réactions avec des atomes et
ions atomiques (C, C+, O,...), des radicaux (OH, CH) et des
molécules (C2H2, CH4, H2, H2O,
O2, CH3OH, ...). Les études de recombinaison et
d’attachement électronique aux PAH sont également importantes car elles
conditionnent l’état de charge des PAH. En ce qui concerne la formation de ces
macromolécules carbonées, le problème reste largement ouvert et plusieurs
mécanismes doivent être prospectés en laboratoire, d’une part une formation par
croissance à partir d’espèces telles que des hydrocarbures et des chaînes
carbonées, d’autre part une formation par destruction d’espèces de plus grande
taille.
La
présence d’une composante très petits grains ou nano-objets est maintenant bien
établie et elle pourrait avoir un rôle catalytique important dans la chimie
interstellaire. Des très petits grains ont été proposés pour rendre compte de
l’émission dans l’IR moyen qui n’est pas attribuable aux PAH. Une partie
importante de ces grains est de nature carbonée. Certains de ces nano-objets
comme les nano-diamants n’ont pu être mis en évidence jusqu’à présent que dans
quelques environnements circumstellaires. L’étude en laboratoire des propriétés
physico-chimiques des nano-objets inter- et circumstellaires est un sujet
important mais qui débute seulement dans la communauté PCMI avec des
difficultés liées à la production de ces objets et à leur étude en phase isolée
(expérience SONATE au CEA-Saclay, PIRENEA au CESR). D’autres études
particulièrement intéressantes viennent de l’analyse en laboratoire de
matériaux d’origine extraterrestre comme les météorites et les grains
interplanétaires. Des nano-objets circumstellaires peuvent en effet être
extraits de ces particules. Le retour sur Terre
d’échantillons cométaires et interplanétaires par la mission Stardust et
l'extension des moyens analytiques envisagés vont constituer une avancée
importante dans ce domaine, au moins en ce qui concerne leur caractérisation.
Par contre, leur étude physico-chimique revient à notre communauté.
La composante dite grains classiques
du milieu interstellaire met en jeu principalement des grains de silicates et
des glaces moléculaires. La composition des glaces
interstellaires commence à être connue dans ses grandes lignes mais il est
maintenant important d’aller plus loin en essayant de comprendre la structure
exacte de ces glaces et leurs propriétés physico-chimiques et également de
déterminer leur évolution (photo- et thermo-chimique) vers la formation de
molécules complexes. En ce qui concerne le premier point, il est maintenant
possible d’associer au diagnostic de spectroscopie infrarouge des mesures
manométriques d'isothermes d'adsorption entre 20 et 300 K, permettant d’obtenir
des informations quantitatives comme l'aire spécifique et l'énergie
d'adsorption, ainsi que des indications sur le mode de mouillage de la surface,
sur l'existence de pores et leur distribution en taille. La comparaison de
l'allure de l'isotherme manométrique et des isothermes infrarouges permet de caractériser
l'origine des bandes observées: surface ou multicouche. Ce moyen
d'investigation complète la méthode de désorption programmée en température
(TPD) qui, grâce au suivi des bandes infrarouges lors de la désorption, fournit
des informations sur les énergies d'adsorption. Le suivi infrarouge du
processus d’adsorption et la confrontation avec les calculs théoriques permet aussi de déterminer la nature des sites d’adsorption
et la restructuration de la surface mais il reste tout de même un problème crucial
de diagnostic observationnel pour valider ces études dans un cadre
astrophysique.
Pour ce qui est de l’évolution photo- et
thermo-chimique, il est important de combiner deux types d’expériences. D’une
part, il faut étudier la réactivité dans les glaces en s’attachant aux
premières réactions qui mettent en jeu des systèmes à deux puis trois puis
quatre molécules. Ces expériences peuvent être menées dans des matrices propres
(argon, néon). La formation préférentielle d'intermédiaires pourrait être observée
ce qui ouvrirait la voie vers d'autres molécules plus complexes. Ces
intermédiaires devraient être activement recherchés par l'observation et leur
détection permettrait de valider des scénarios d’évolution. Un aspect important
en ce qui concerne ces réactions de type radicalaire en phase froide est de les
comparer à des mécanismes en phase chaude comme le mécanisme de Strecker et de
voir si ces deux types de processus ont une implication sur la compréhension de
l’évolution chimique, de la matière interstellaire à la matière cométaire et
interplanétaire.
Des progrès sont à prévoir en ce qui concerne
l’analyse des résidus organiques. Ceci devrait être possible avec
l’amélioration des procédés d’analyse en spectrométrie de masse couplée soit à
de la chromatographie (HPLC/GCMS) soit à de la désorption laser. Une grande
motivation pour ces expériences est la comparaison avec les données sur la
matière cométaire et interplanétaire que l’on attend des missions Stardust et
Rosetta. L’aspect chiralité peut également être mentionné si l'origine de
l'homochiralité peut remonter à l'origine réelle de la matière organique
pré-biotique sur Terre. C'est un bon enjeu étant donné que la chiralité peut
provenir de plusieurs sources (lumière polarisée circulairement, silicates
asymétriques, catalyse asymétrique par voie chimique...).
Pour les silicates, des efforts doivent être
maintenus sur l'étude de leur composition chimique (composition en cations
métalliques Fe, Mg, Al, ...) et de leur structure liée de près à leur spectroscopie
infrarouge. Dans ce domaine, l’activité de synthèse de matériaux est
particulièrement importante. Une des questions concerne le passage de l’état
amorphe à l’état cristallin et inversement, les observations montrant
l’existence de silicates cristallins dans les environnements circumstellaires
alors qu’ils sont sous forme amorphe dans le milieu interstellaire. Ceci motive
des expériences où des matériaux silicatés sont soumis à des recuits thermiques
ou bombardés par des particules énergétiques (IAS Orsay et LSPES Lille). Des
expériences destinées à comprendre la nucléation et la croissance des silicates
en phase gazeuse manquent de manière cruciale. Des premiers résultats ont été
obtenus au CRPG de Nancy. Sur le plan astrophysique, ces expériences seront stimulées par les
observations du satellite Spitzer qui permettra d’obtenir des spectres IR sur
un grand nombre de régions ainsi que par les missions de retour d’échantillons
de matière extraterrestre.
4.2.B - Etudes theoriques
D’un point de vue théorique, la modélisation des
processus microscopiques couvre la spectroscopie des espèces dans le gaz ou sur
les grains, les collisions inélastiques des molécules observées dans le gaz
avec principalement H2, He, H, e-, les processus de
photodissociation, de recombinaison dissociative et les processus réactifs dans
le gaz ou sur les grains. Ces processus sont intrinsèquement quantiques, même
si certains degrés de liberté sont parfois modélisés avec succès de manière
classique ou semi-classique.
La multiplicité des processus inélastiques et réactifs
mis en jeu dans le gaz et à la surface des grains impose de hiérarchiser des
priorités, en se basant au cas par cas sur la prospective théorique et sur
l’importance astrophysique supposée. Pour les processus inélastiques, un tel
tri a été effectué par le groupe de travail PCMI « BASEMOL » et a
permis de cibler les objectifs théoriques du programme FP6 « Molecular
Universe ». Une évaluation semblable des différents processus réactifs est
nécessaire, car les modélisations en phase gazeuse, et a fortiori sur une
surface, posent des défis théoriques encore plus difficiles que les processus
inélastiques. Cette prospective raisonnée, à mener dans une interaction entre
modélisateurs et théoriciens, est un impératif pour les prochaines années.
La modélisation de tous ces processus nécessite la détermination de
surfaces de potentiel intra- et/ou intermoléculaires Les surfaces de potentiel
sont construites point par point par des calculs de chimie théorique ab-initio.
La précision des calculs ab-initio conditionne la qualité de la surface et la
précision des étapes suivantes, à savoir, les prédictions spectroscopiques, ou
des taux de collision ou de réaction qui seront ensuite incorporés dans les
modèles astrophysiques. De grands progrès ont été réalisés pour les calculs
ab-initio sur de petits systèmes, et pour ce qui concerne la phase gazeuse, des
précisions quasi spectroscopiques de l’ordre du cm-1 sur les
surfaces de potentiel intra- et inter-moléculaires non réactives sont maintenant
réalisables. La détermination des états de transition des processus réactifs
est plus délicate, mais une précision de quelques dizaines de cm-1
est désormais envisageable dans les cas les plus favorables. Pour atteindre
cette qualité, il est nécessaire de combiner un traitement avancé de la
corrélation électronique (MRCI, CCSD(T), SAPT ..) avec des approches
explicitement corrélées ou des techniques d’extrapolation des résultats en base
infinie pour corriger les erreurs liées à la troncation des bases
mono-électroniques. Ces calculs demeurent cependant très lourds, et la
généralisation de ces approches avancées à des systèmes plus gros demeure
encore inaccessible. Les interactions avec les développements en cours,
notamment dans la communauté COST D26, sont à encourager.
Les défis théoriques devraient ainsi progressivement se déplacer du calcul
des surfaces de potentiel vers le traitement quantique (Close-coupling,
R-Matrix, MQDT) des collisions sur ces surfaces et le développement de méthodes
adaptées au calcul des taux de réaction à plus haute température (jusqu'à 1000
K au minimum) et à la prise en compte des processus d’excitation et de
quenching vibrationnel. D’autre part, il sera nécessaire de considérer des
systèmes plus complexes (systèmes à couches ouvertes, présence de plusieurs
surfaces intervenant dans les processus d'excitation, présence éventuellement
de voies réactives). Cette activité se développe en particulier dans le cadre
du programme européen « Molecular Universe », pour lequel la communauté
des théoriciens du PCMI a engagé sa prospective à 4 ans.
Dans le domaine de l’interface
gaz-solide, de nombreux progrès sont à faire. En effet, la principale
difficulté est de traiter de façon équivalente l’adsorption et la réaction. La
première est une interaction faible de l’ordre de ~1 kcal/mol, l’autre une
interaction forte ~100 kcal/mol. Les méthodes de type Théorie de la
Fonctionnelle de la Densité (DFT) qui semblent à première vue adaptées compte
tenu de la taille des systèmes abordés, sont en réalité incorrectes si on les
utilise dans leur formulation habituelle. Ces difficultés proviennent du fait
que les forces de dispersions de London ne peuvent pas être correctement
représentées par des fonctionnelles d’échange-corrélation locales
ou semi-locales. L’approximation de la densité locale (LDA) conduit
systématiquement à une attraction trop forte alors que les résultats obtenus
dans l’approximation du gradient généralisé dépendent de façon critique du
choix de la fonctionnelle d’échange-corrélation .La solution pourrait être dans
des développements originaux. A titre d’exemple, T. Wesolowski
(Genève) propose une approche différente basée sur une partition de la
densité électronique. La densité électronique totale est alors découpée en deux
sous-systèmes de densités (le réactif et le substrat) et l’énergie totale peut
être minimisée par rapport aux variations de la densité électronique réduite au
sous système choisi. C’est une méthode Kohn-Sham avec densité électronique
contrainte (KSCED).
A moyen terme, l’exploration des
propriétés catalytiques des métaux de transition ou des complexes
organo-métalliques associés est à encourager, principalement pour le fer. En
effet la présence de ces métaux pourrait abaisser certaines barrières réactives
et faciliter la synthèse chimique à très basse température à la surface des
grains.
Enfin des développements théoriques plus
rustiques pour modéliser la formation des manteaux des grains, et pour prendre
en compte les processus de coalescence, fragmentation, et irradiation par le
rayonnement ionisant seraient à envisager. Les aspects de physique statistique
gouvernant la croissance des manteaux des grains, leur fractalité et
l’apparition de sites actifs, plus ou moins piégés à l’intérieur des surfaces
pourraient également se révéler déterminant quant à l’étude de
l’adsorption/désorption.
Dans ce contexte, le PN
PCMI a encouragé ces dernières années des projets selon plusieurs axes thématiques.
Ceci permet d’envisager un certain nombre de résultats dans les années à venir.
-(i)-
Interactions gaz-surfaces (grains). Formation de nouvelles molécules
a- Glaces moléculaires et évolution
-
processus d’adsorption des molécules (PIIM, CEA,
CRMC2, LPMA)
-
évolution physico-chimique du manteau de glaces
en particulier sous irradiation UV. Formation de molécules organiques complexes
(IAS, PIIM)
-
aspects théoriques
b-
Formation de H2. Efficacité et état d’excitation
-
formation sur des surfaces à très basses
températures (LERMA)
-
rôle des PAHs (CESR, LPCM)
-
aspects théoriques (LCAM, LPPM, PIIM)
c- Interaction gaz-grain (système fini et isolé)
-
aspects théoriques (LETMEX, LCAM, ENS)
-
approche expérimentale : étude des réactions
de PAH avec des radicaux (OH, CH) au PALMS, avec H au LPCM et étude de
réactions de PAH+ déshydrogénés avec des molécules (O2, H2, H2O, CH3OH)
en piège à ions au CESR. Etudes de
recombinaison dissociative d’ ions PAH avec des
électrons au PALMS.
-(ii)- Evolution des matériaux par
irradiation ou bombardement par des particules énergétiques
a- Matériaux
carbonés
-
photodissociation de PAHs (CESR), irradiation de
nanoparticules par des rayons X (PALMS)
-
formation d'un polymère organique
par irradiation de molécules simples comme CH4 (IAS)
b- Silicates irradiés par He+, H+
(IAS, LSPES)
-(iii)- Phase gazeuse et collisions
a- Réactions
à très basse température :
- étude cinétique et
dynamique (PALMS et au LPCM : nouveau dispositif avec une tuyère de Laval
et expérience de jets croisés pour les aspects dynamiques).
A venir réactions atome (C, N, O)-molécule, radical (OH,CN,CH, C4H) -molécule et radical-radical en
utilisant des techniques de CRESU (PALMS) et de faisceaux croisés (LPCM).
- études théoriques des réactions de la phase gazeuse
interstellaire à partir de la construction de surfaces d’énergie potentiel pour le calcul des constantes de vitesse (LETMEX)
- autres aspects théoriques (collaboration LERMA- PhLAM Lille):
étude cinétique et dynamique de la réaction Si+O2 par la méthode
quantique de paquets d'ondes et la méthode de trajectoire classique, en cours
Si+OH.
b- Mécanistique
(détermination des différentes voies de réactions) :
- mesure des rapports de branchement de
la recombinaison dissociative des ions hydrocarbures (CnHm+)
avec des électrons en utilisant la technique de faisceaux confluents (merged
beams) aux anneaux de stockage comme ASTRID en Danemark ou CRYRING à Stockholm.
- études
théoriques des mécanismes mis en jeu dans les réactions de recombinaison
électronique dissociative et ce à partir des surfaces de potentiel des états
intervenants dans la réaction avec éventuellement calcul du taux de réaction
(LETMEX).
c- Excitation ro-vibrationnelle : aspects
théoriques (LERMA, LUTH, LAOG, LPCM)
- en cours: calcul des taux d'excitation à basse température H2O+H2,
NH3+He, HC3N-H2, HF-H2, N2H++He
(avec structure hyperfine), SO+He (avec structure fine), etc.
- à venir: Calculs des taux jusqu'à des températures de 1000K.
Extension à d’autres systèmes, notamment dans le cadre “Molecular Universe”:
SO+H2, SO2+He/H2, SiO+He, H2O-H, NH3-H2,
HCN-H2, etc. Prise en compte
de l’excitation des modes de pliage (bending) pour H2O, NH3,
HC3N, etc. .
- développement de la base de données "Basecol"
(collaboration LERMA- LAOB Besançon)
La chimie hétérogène
est un domaine très actif de la chimie atmosphérique. De nombreux points sont communs
avec la problématique interstellaire :
-(i)-
Caractéristique de la surface des particules (glaces, suies, silicates)
- Adsorption/désorption de gaz à la
surface des particules
- Aspects théoriques de la
description de la surface des particules
- Approche expérimentale de la
surface par microscopie (AFM, MEB,…)
-(ii)-
Réactivité :
- Surtout OH et éventuellement Cl et
Br comme point commun (les autres espèces étant plus caractéristiques à
l’atmosphère : O3, NO2, HNO3, N2O5,…).
-
Rôle du rayonnement, UV en particulier.
- Programme
« Molecular Universe » (6ème PCRDT) : la
communauté du PN PCMI en a largement inspiré le contenu et y est représentée à
une hauteur proche du maximum permis par les règles communautaires (environ
40%). Ce programme transversal engage très concrètement la communauté du PN
PCMI sur les années à venir sur des travaux théoriques (surfaces et
collisions), des expérimentations de laboratoire, des modélisations
astrophysiques (transfert radiatif, modélisations chimiques), et aussi sur le
développement de bases de données plus complètes et plus conviviales. Il a
aussi un rôle important pour promouvoir, au niveau européen, un travail
prospectif durable sur les différents points théoriques critiques pour notre
compréhension de la chimie interstellaire.
- Groupe de travail COST D26 « Towards a new level of
accuracy in computations of molecular structure, molecular properties,
spectroscopy and thermo-chemistry ».
- GdR Agrégation,
Fragmentation, Thermodynamique de Systèmes Complexes Isolés qui regroupe la
communauté des agrégats libres.
- GdR Glaces
- GdR
Exobiologie : molécules prébiotiques,...
- Programme
National de Planétologie : analyse matériaux extraterrestres,...
- Interface possible
également avec la communauté combustion (formation et réactivité des PAH,
d’agrégats carbonés de type fullerènes et évolution vers des grains de type
suies).
5. Evolution non-linéaire du milieu interstellaire:
les apports
incontournables de la simulation numérique
E. Falgarone, J. Le Bourlot, M. Pérault
Les défis lancés aux théoriciens par les observations des
milieux inter- et circumstellaires ne
peuvent être relevés sans l'aide de simulations numériques directes, du simple
fait que les observables sont régies par des processus atomiques dépendant à la fois des propriétés
locales (microscopiques) et non-locales (disons mésoscopiques) du milieu, que
ces propriétés évoluent sous l'effet de processus non linéaires couplés et
enfin que ces observables sont en général des moyennes réalisées sur des échelles notoirement plus grandes que
les échelles micro ou mésoscopiques en question. Interpréter ces observables
passe donc par l'élaboration de modèles numériques permettant non
seulement de simuler les observables
existantes, mais aussi d'en définir de nouvelles plus puissantes. Cette approche
se heurte à des difficultés majeures liées à la formidable dynamique spatiale
et temporelle requise, et au fait que les variables pertinentes dans
l'évolution d'un système physique donné
ne sont pas nécessairement les observables accessibles.
Ce constat montre
la nécessité de développer en parallèle des approches plus ciblées,
impliquant un nombre de variables réduit quand cela a un sens, destinées à
explorer l'espace des paramètres, à mettre en évidence des comportements
critiques, à explorer la richesse de couplages trop nombreux pour être pris en
compte dans les simulations directes
comme ceux impliqués dans la chimie ou l'évolution des poussières, traiter les situations hors équilibre,
prendre en compte les écarts aux descriptions de type champ moyen, ...
Enfin, des outils conceptuels nouveaux (dans notre
discipline mais pas nécessairement dans d'autres) devraient être développés là
où les approches classiques sont mises en défaut, comme, par exemple, l'approximation fluide.
5.1. Etat De L'art Et Contexte
L'étude du milieu interstellaire (MIS) montre que
celui-ci est le siège de phénomènes physiques variés, interagissant de façon
contre intuitive. Les modèles ont tenté de rendre compte de cette complexité,
et quelques brillants résultats peuvent être mis à leur actif (voir rapport
d'activités). Cependant, il est raisonnable d'affirmer que l'essence même de ce
qui caractérise la dynamique du MIS nous échappe encore.
Une des leçons majeures durement apprise par les
concepteurs et utilisateurs de modèles du MIS, est l'échec de la ``règle de
trois''. Les phénomènes physiques mis en jeu dans la dynamique du MIS sont
hautement non linéaires et il est extrêmement aventureux de tenter d'extrapoler
un comportement connu à un domaine de paramètres proches. L'effet de ces non
linéarités intrinsèques est d'autant plus fort que peuvent interagir des
phénomènes physiques différents mettant en jeu des énergies comparables. Ainsi,
au sein d'un nuage moléculaire, on constate que les densités d'énergie
gravitationnelle, turbulente et magnétique sont du même ordre de grandeur (à
l'ordre 0). Dans un milieu ouvert, fortement couplé à l'extérieur, un
déséquilibre n'aura pas spontanément tendance à s'amortir, mais au contraire
pourra déclencher une chaîne de réactions susceptibles d'engendrer des
comportements structurants de grande ampleur et de durée longue par rapport aux
temps caractéristiques d'évolution des objets. L'une des caractéristiques
essentielles de ces comportements est qu'ils ne peuvent être prédits sur la
base de la dynamique locale.
5.2. Que Cherche-T-On A
Modéliser?
L'astrophysique étant une science d'observations,
l'objectif premier de tout astrophysicien est d'interpréter correctement les
données de l'observation. Or dans le domaine du MIS les exemples abondent
d'observations toujours inexpliquées. Citons-en quelques unes:
- depuis soixante ans le radical CH+ est
observé en abondance dans le milieu froid à moins de 100 K, alors que sa
formation requiert le franchissement d'une barrière énergétique de près de 5000
K. Quel processus fournit l'énergie nécessaire?
- depuis presque aussi longtemps, de larges bandes
détectées en absorption devant les étoiles, les Diffuse Interstellar Bands,
n'ont toujours pas de porteur bien identifié. Quel état de la matière
interstellaire, solide, gazeux ou autre, les produit-il?
- les étoiles se forment dans des structures denses qui
contiennent moins de 1% de la masse du MIS. Or les 99% restants, on le sait,
participent au contrôle du processus, tout en étant distribués dans des volumes
1012 fois plus grands. Comment?
- dans notre Galaxie, le taux moyen de formation
d'étoiles se trouve être égal au taux auquel le milieu extragalactique se dépose sur notre Galaxie et comparable à
celui auquel les vieilles étoiles rejettent la matière dans l'espace. Grâce à
ce subtil équilibre, le MIS qui ne représente qu'1% de la masse de la galaxie
est préservé sur des échelles de temps galactiques. Comment en est-on arrivé là
? Pourquoi surtout dans certains galaxies dites ultra lumineuses, assiste-t-on
à des flambées de formation d'étoiles?
Le deuxième objectif, suite logique du premier, et plus
fondamental encore, est d'explorer les phénomènes physiques (et la chimie) dans
des conditions extra-terrestres. Cela, en ce qui nous concerne, s'articule
autour de la complexité des milieux naturels, la turbulence, le champ
magnétique et sa topologie et l'impact de ces derniers sur la chimie en phase
gazeuse diluée. Il s'agit là de l'un des apports incontournables de ces
dernières années: il serait illusoire de vouloir comprendre la chimie
interstellaire sans prendre en compte la dynamique du gaz et du champ
magnétique, les échelles de temps de la dynamique, jusqu'aux plus petites, on
le comprend aujourd'hui, étant commensurables avec celles de la chimie.
Compétences spécifiques françaises
Si les équipes françaises en général ne sont pas en pointe en termes de Simulation
Numérique Directe (SND) (et cela pour des raisons non scientifiques), elles le
sont en termes de résolution d'équations différentielles non-linéaires
couplées, et des résultats très originaux, reconnus par la communauté
internationale, ont été obtenus dans plusieurs domaines. Il s'agit de la
modélisation fine des régions de
photo-dissociation des molécules (J. Le Bourlot) où la chimie et la thermique
sont couplées au champ de rayonnement, des chocs magnéto-hydrodynamiques (MHD)
et vortex magnétisés (G. Pineau des Forêts) où la thermique, certains aspects
du champ de vitesse, et le champ magnétique partiellement couplé au gaz sont
eux-mêmes couplés à la chimie.
Le compromis difficile entre la microphysique détaillée
et la simulation numérique proprement dite est réalisé à une dimension dans les
algorithmes à mailles mobiles de P. Lesaffre et J.-P. Chièze grâce auxquels les problèmes raides engendrés
par la chimie couplés à ceux du transfert radiatif et de l'hydrodynamique
peuvent être traités. A deux dimensions d'espace, E. Audit et P.
Hennebelle traitent la condensation
thermique en milieu multiphasique turbulent (Fig. 1).

Figure 1: Champs de densité et de vitesse obtenus lors de
la condensation thermique du gaz atomique chaud (de type "warm neutral
medium") soumis au forçage d'une turbulence supersonique. Il s'agit d'un
zoom extrait des résultats d'une simulation 1000 x 1000 à grille fixe. (Audit
& Hennebelle, 2004)
Dans le domaine de la formation d'étoiles,
d'intéressantes confrontations avec les observations sont désormais possibles,
même si les codes utilisés n'ont pas été réalisés en France. Citons le code SPH
(Smooth Particles Hydrodynamics) et les calculs d'effondrement gravitationnel
de P. Hennebelle qui prédisent des champs de vitesse en bon accord avec des observations de
protoétoiles, et un code hydrodynamique
original capable de calculer un écoulement discontinu hors équilibre, et
permet aussi d'aborder les gaz raréfiés (G. Massacrier, J. Devriendt et
collaborateurs).
Enfin, une première approche de type réseau d'itérations
couplées dans laquelle le transfert radiatif et une chimie bistable sont
couplés dans un champ de vitesse présentant des propriétés d'intermittence a
permis d'observer la dynamique multi-échelles de la formation de structures
chimiques (Décamp & Le Bourlot, Fig. 2).
Ces approches sont bien sûr à développer mais le passage
à trois dimensions d'espace qui semble inexorable se heurte à des difficultés
majeures. Le couplage de la dynamique du
gaz et de la chimie opère via le refroidissement radiatif du gaz, qui dépend de
sa composition chimique, de sa métallicité et de son degré d'ionisation. Il se
fait aussi au travers du champ magnétique et l'on sait depuis longtemps que le
couplage du champ magnétique et des espèces ionisées (ions moléculaires et
atomiques ou poussières) au milieu neutre
n'est pas non plus indépendant des échelles de temps des perturbations
dynamiques. Une difficulté supplémentaire dans le traitement de ce
couplage provient du fait que les
échelles spatiales et temporelles de la dynamique rejoignent celles de la
chimie et couvrent des ordres de grandeur: la cascade turbulente, par exemple,
semble s'étendre jusqu'à des échelles proches du libre parcours moyen des
atomes et molécules, et l'existence de l'intermittence en fait des échelles
particulièrement actives. Il en va de même pour
les échelles atteintes dans les chocs.
Quelles sont donc les perspectives dans ce domaine? Au
prix de quelles simplifications peut-on envisager des approches numériques
tridimensionnelles?
5.3. Perspectives
Simulations numériques directes
Une des propriétés du MIS à présent bien établie observationnellement est le
caractère intrinsèquement multi-échelle d'un grand nombre de phénomènes, le
plus exemplaire et sans doute le plus mal connu étant la turbulence. Les
tentatives de modélisation par SND commencent tout juste à atteindre des domaines
de nombre de Reynolds pertinents, et encore seulement dans des cas particuliers
et en négligeant tous les aspects de la physique du milieu autres que la seule
(magnéto)hydro-dynamique. Or, parmi les questions
ouvertes par les SND de la turbulence et leur résolution nécessairement limitée
se pose celle de savoir jusqu'à quel
point un traitement incorrect (car simplifié) des petites échelles affecte la
dynamique des grandes échelles. Cette question est particulièrement critique
dans les simulations avec champ magnétique.
Une illustration de la non-linéarité de l'évolution
chimique et des différences notoires qui se développent sur des temps même
courts alors que les conditions initiales sont proches est donnée sur la figure
3. Elle montre l'évolution temporelle de l'abondance de l'ion moléculaire HCO+
ainsi que de la densité et de la température d'un gaz initialement très chaud
et riche chimiquement qui se refroidit suivant une séquence isobare. On voit
que moins de 1000 ans après le début de l'évolution, les milieux initialement à la même densité
mais subissant une irradiation UV différente ont des abondances qui diffèrent
de plus d'un ordre de grandeur, alors qu'initialement elles différent très peu. Que dire d'une telle évolution calculée dans
un milieu turbulent où le forçage, sous l'effet du champ de vitesse ou des
variations d'irradiation UV, varie sur des échelles de temps du même ordre de
grandeur, ou moins?

Figure 2 : Structures engendrées par l'abondance
d'une espèce chimique dont la formation présente un caractère bistable. La
chimie ici est couplée à un champ de vitesse (et de densité) turbulent et
intermittent. L'espace est l'axe horizontal et le temps l'axe vertical. (Decamp
& Le Bourlot 2002)}

Figure 3 : Evolution isobare du refroidissement d'un
gaz initialement chaud et riche en molécules. De haut en bas, l'abondance de
HCO+, la température et la densité. Les densités initiales sont de
30 cm-3 et 100 cm-3. L'écrantage du champ UV ambiant est
de 0.2 mag (continu et pointillés) et de 1 mag (tirets et points-tirets). Notez
la croissance très rapide des écarts d'abondances entre les milieux
initialement à la même densité et d'abondances proches. (Falgarone, Pineau des
Forêts, Hily-Blant, Schilke 2004).
Cela illustre à quel point la question de la validation des simulations numériques
directes est critique dès que plusieurs processus non-linéaires sont en jeu.
Approches alternatives et complémentaires
De tout ce qui précède, il apparaît qu'il n'est pour
l'instant possible de tenir compte simultanément de la richesse de la dynamique
intrinsèque et de la grande gamme d'échelles dynamiques (spatiales et
temporelles) impliquées qu'en utilisant des outils spécifiquement adaptés à
cette description.
Les ondelettes:
Les ondelettes apparaissent comme l'outil de base naturel
pour cela. Parmi les difficultés à mettre en oeuvre des outils utilisant leur
spécificité, figure naturellement la lourdeur de l'attirail mathématique, mais aussi leur très (trop) grande richesse
(quelle famille d'ondelettes adopter?, dans quel but?,
...). En revanche les bénéfices sont évidents: possibilité naturelle de
travailler dans des espaces fractals, disparition des difficultés liées à
l'existence de singularités, etc...
Vers une nouvelle physique statistique ?:
On aura compris que les interactions à une échelle
``mésoscopique'' jouent un (le?) rôle clé dans la dynamique des nuages
interstellaires. Or nous nous heurtons ici à une carence d'outils conceptuels
permettant d'appréhender ces interactions. Il y a plus d'un siècle, le
développement de la physique statistique a permis d'inclure les
caractéristiques microscopiques des objets physiques au sein d'une description
globale intégrée. Nous pouvons ainsi souvent utiliser des quantités physiques
clairement définies comme la température ou des taux de réactions chimiques
sans avoir besoin de faire appel à une description détaillée des fonctions de
distribution de vitesse de molécules ou aux interactions quantiques lors d'une
collision. C'est à la base même des conditions permettant de décrire
l'écoulement d'un fluide par exemple par les équations de Navier-Stokes.
Or, la description ``fluide'' qui sous-tend cette
conception du cadre physique de base tend à
devenir inopérante dans le cas du MIS. La dynamique d'échelle est trop
vaste, la présence de chocs invalide les hypothèses ergodiques sous-jacentes,
les écarts aux descriptions de type ``champ moyen'' sont importants et
fréquents. Il est donc nécessaire de prendre en compte cette variabilité en renonçant à décrire précisément l'intégralité
des phénomènes physiques intervenant pour ne privilégier que ceux qui ont une
influence directe sur les observables majeures. Pour cela, il est utile de se
placer à une échelle intermédiaire, grande par rapport aux molécules, mais
petite par rapport à la taille des objets modélisés et dont le comportement
intrinsèque puisse être décrit par un petit nombre de variables (à choisir). Le
comportement global résulte alors des interactions entre un très grand nombre
de ces cellules élémentaires. Le travail de modélisation consiste à choisir les
``bonnes interactions'', puis à calculer les quantités moyennes (statistiques)
directement comparables aux observations.
On se donne ainsi la possibilité d'avoir une description
réaliste d'une classe d'objets dont le comportement typique est bien compris.
Moyens à mettre en oeuvre
Ces différentes techniques et approches ne sont pas
foncièrement originales en physique, mais sont très partiellement et souvent
très mal dominées par une majorité d'astrophysiciens, aussi bien observateurs
que physiciens. Or il est indispensable de comprendre au minimum les notions de
base (et le vocabulaire correspondant) pour être en mesure de juger de la
pertinence ou non d'un modèle pour analyser une série d'observations
particulières.
Le premier effort indispensable est donc un effort de
formation. Il passe bien sûr par la formation initiale de nos étudiants, et
cette nouvelle physique est intégrée aux différents cours des Masters d'astrophysique en France. Mais il
est également indispensable d'assurer une remise à niveau d'une grande partie
de la communauté des astrophysiciens
professionnels, qui n'a eu que peu d'occasions d'être sensibilisée à l'intérêt
de ces outils, et répugne souvent à faire l'effort indispensable pour surmonter
la``barrière théorique'' qu'elle croit (à tort) détecter. De ce point de vue,
des écoles de formation, telle que l'école thématique du CNRS organisée à
Goutelas en octobre 2004, sont indispensables pour aider un maximum de
chercheurs à se maintenir au meilleur niveau ("Systèmes complexes en
astrophysique: émergence de structures en milieu dilué",
http://aristote.obspm.fr/complex).
D'autre part, il n'existe encore pas (ou du moins très
peu) de modèles relevant de cette ``nouvelle physique'' et parvenus à une
maturité suffisante pour apporter une aide efficace et immédiate à
l'exploitation des données des grands instruments. Il est donc indispensable là
aussi qu'un effort volontariste maintenu sur le long terme permette leur
émergence et leur validation. Cela passe par un soutien financier (les moyens
de calcul demandés sont souvent importants), mais surtout par des moyens
humains. Développer, tester et valider un code demande un temps considérable.
Le travail (l'abnégation?) des étudiants et chercheurs qui s'y consacrent doit
être reconnu, en particulier par une politique d'affichage de postes dédiés. Le
PN PCMI peut jouer un rôle majeur pour faire en sorte que cette activité soit
reconnue et favorisée.
Interdisciplinarité
Le développement de codes de SND est un important
investissement. Le couplage chimie/turbulence
pourrait se faire à l'aide de codes du type de ceux développés par les
géophysiciens où une phase préliminaire
permet au code d'apprendre à trier parmi
les milliers de réactions celles qui sont pertinentes dans chaque contexte et à
réduire la dimensionnalité de son espace de réactions.
Plusieurs équipes travaillent déjà sur l'implémentation
du champ magnétique dans un code à maille adaptative traitant correctement
l'hydrodynamique et la gravité (R. Teyssier). Cette collaboration inclut un géophysicien (E. Dormy) et des
mathématiciens. Le couplage de la chimie et du champ magnétique quant à lui
requiert le développement de codes multi-fluides.
En France deux grandes communautés organisées en GDR et
proches de l'astrophysique sont celles de la turbulence et celle de la dynamo.
Des échanges réguliers existent et ont conduit à la conception et réalisation
d'une expérience de mesure du transport du champ magnétique par la turbulence.
Enfin, les liens existant déjà avec des physiciens des systèmes complexes à l'Institut non-linéaire de Nice, l'Institut
de recherche sur les Phénomènes
hors-équilibre et l'UMR Matière et systèmes complexes, qui se sont concrétisés
par l'école mentionnée plus haut
devraient conduire à terme à de véritables collaborations concernant les
instabilités d'interfaces, la combustion, l'origine des structures, la
transformation en ondelettes.
6. Prospective PCMI : Analyses/Simulations
de Spectres, Bases de Données et Observatoires Virtuels
M.L.Dubernet
6.1 Analyses/Simulations de Spectres
Le développement d'outils d'analyse ou
de simulation de spectres est lié à l'exploitation scientifique de missions spatiales
ou sols d'observation. L'analyse des spectres dépend des milieux et dans une
certaine mesure des longueurs d'onde observées. Cette analyse repose sur la
disponibilité de codes de transfert radiatif adaptés à la physique des milieux
astrophysiques, de données spectroscopiques sur les longueurs d'onde,
coefficients d'Einstein, intensités des raies des espèces et de données
collisionnelles dans certaines
conditions physiques. Le résultat des analyses ou des simulations doit être
rendu disponible après une période d'exploitation, ce qui implique la notion de
stockage, de maintenance et de diffusion
de l'information. L'analyse des spectres va nécessiter l'accès aux archives des
données observées et le traitement de ces données. Dans un projet d'analyse il
faut également prévoir la partie « pipeline » des données du projet
en amont de l'exploitation scientifique, avec une attention toute particulière
aux standards d'échange, en particulier aux metadonnées qui vont décrire les
caractéristiques de ces données. Il faut aussi prévoir la gestion des résultats théoriques issus des simulations
numériques.
Il est important de souligner la
nécessité de développer des pôles de compétence sur tous ces aspects (codes de
transfert radiatif, données de physique moléculaire, stockage de l'information,
développements informatiques des outils, « pipeline », simulations
numériques des milieux), les pôles
devraient être liés au sein d'un réseau. Cela permettrait une plus grande
flexibilité de maintenance et d'évolution. La notion de réseau exploitant les
compétences locales est mise en avant afin d'assurer la qualité des prestations
et d'encourager la participation active de tous ainsi qu'un retour sur
investissement pour tous les participants. L'aspect réseau doit être privilégié
car les initiatives prises dans le cadre d'une mission (par exemple HERSCHEL,
cf ci-dessous) peuvent être menés en synergie avec les préparations d'autres
missions (comme ALMA).
Actuellement un certain nombre de grands
instruments et d’observatoires spatiaux occupe la communauté PCMI, avec en
priorité pour le mm et sub mm le satellite HERSCHEL, APEX et ALMA, pour l'IR
SPITZER, pour l'UV FUSE.
Au vu de la quantité énorme de données
qui devront rapidement être analysées, il est certes indispensable de
développer des outils d'analyse; néanmoins chaque milieu ayant ses propres
caractéristiques et la recherche sur ces milieux évoluant, il faut créer des
outils d'analyse sur lesquels les
chercheurs peuvent interfacer leurs codes, même si un choix de code est
disponible localement. Pour HERSCHEL (instrument HIFI), des efforts spécifiques
sur la simulation et analyse de spectres ont commencé avec le projet CASSIS à
Toulouse.
Dans toute analyse ou simulation,
l'aspect documentation est extrêmement important : qualité des données
moléculaires, hypothèses physiques des codes de transfert; ces documentations
doivent être établis par des spécialistes des domaines. En tant que service à
la communauté nationale ou internationale, il faut prévoir une aide humaine à
l'utilisateur des logiciels (soit en ligne, soit en ayant la capacité d'accueil
matérielle et humaine des visiteurs).
Les initiatives de la communauté
française doivent s'inscrire dans le contexte international, des initiatives similaires
émergent certainement dans d'autres pays, et
dans la mesure du possible il faut collaborer avec les autres pays.
6.2 Bases de données
Les bases de données se divisent en 3
aspects : le stockage des données observées et traitées par « pipeline »,
le stockage des résultats des simulations/analyses de spectre ou de simulations
des milieux étudiés, les données de physique atomique et moléculaire.
·
Les stockages des différents types de données : données traitées,
bibliothèque de spectres synthétiques, résultats des analyses de spectre,
résultats des simulations des milieux demandent un réflexion approfondie des
métadonnées et du modèle des données associés aux différentes bases ainsi que
des standards d'échange. Les activités métadonnées, du modèle des données sont
essentiellement scientifiques, et elles ne sont pas spécifiques au programme
PCMI : il y a une réflexion internationale au niveau des Observatoires
Virtuels, et au niveau national pour d'autres domaines. Tout travail entrepris
doit tenir compte du contexte international et peut s'appuyer sur l'expertise
acquise dans d'autres programmes (physique solaire, stellaire, galaxies). Il
serait souhaitable que des collaborations inter-programme s'établissent sur ces
problématiques. (Note : les métadonnées concernant les données de projet sol ou
spatiaux sont prises en charge par les projets eux-mêmes, il serait peut-être
souhaitable que le CNES s'implique jusqu'au niveau des données traitées).
·
Physique Atomique et Moléculaire:
Implication des PN dans les activités de
bases de Physique Atomique et Moléculaire
Les données de physique atomique et
moléculaire sont utilisées dans l'interprétation/simulation des spectres et
dans la simulation des milieux. Ces donnéees concernent tous les programmes
nationaux et toutes les missions d'observation. Les bases de données
spectroscopiques et collisionnelles de physique atomique sont
traditionnellement liées à la physique des atmosphères stellaires/solaires, les
bases moléculaires à la physique du milieu interstellaire (incluant les enveloppes circumstellaires), à la
planétologie et à la physique des comètes.
Les activités autour des bases de
données de physique atomique et moléculaire doivent s'organiser en tenant
compte de l'implication des autres programmes nationaux, en essayant de ne pas
dupliquer les efforts entre les différents PN. Les bases de physique atomique
et moléculaire constituent une thématique à l'interface des programmes
nationaux (voir document du groupe interface de D. Despois).
Etat des lieux global
Il existe des grands centres de données
bien établis et maintenus sur le long terme (NIST, JPL, HITRAN, GEISA, CDMS,
CHIANTI, VALD, etc...), le CDS a un certain nombre de données issues des
publications et accueille TOPbase/TIPbase, il existe également des compilations
publiques faites à partir des diverses grandes bases et d'articles, afin de
réunir des éléments au niveau d'une seule thématique (planètes, comètes,
etc....). Les grands centres de données présentent la garantie de la pérennité
sur le long terme, elles offrent un certain nombre d'informations sur la
qualité des données. Néammoins elles ne sont pas complètes, ni au niveau des
besoins astrophysiques ni au niveau des indices de qualité, et par manque de
moyen elles ne sont parfois pas mises à jour (cas de JPL par exemple).
Certaines de ces bases de données fonctionnent majoritairement grâce à des
contrats thématiques passés avec des agences spatiales : NASA, ESA, CNES
(exemple : la physique de l'atmosphère
pour HITRAN, GEISA, JPL). Ce lien entre types de données et source de
financement explique l'origine du manque de données sur certaines molécules
d'intérêt purement astrophysique. Par l'intermédiaire du consortium HERSCHEL,
la base de spectroscopie moléculaire du CDMS est soutenue financièrement par
l'ESA pour 3 ans à travers l'attribution d'un post-doc, et devrait pouvoir
couvrir les besoins en spectroscopie moléculaire de la mission HERSCHEL. La
base BASECOL sur les processus d'excitation ro-vibrationnelles a été soutenue
financièrement par le programme PCMI, et par les établissements d'hébergements
(Observatoires de Besançon et de Paris).
La constitution de bases de données
(statiques ou dynamiques) requiert un gros effort en terme de temps de
chercheur et d'ingénieur, et nécessite d'être soutenue par les programmes
nationaux et par les établissements d'hébergements (recrutement chercheurs,
ingénieurs/techniciens et financements CDD/vacataires).
Qualités des données de Physique
Atomique et Moléculaire dans les bases
Le programme PCMI stimule la communauté des physiciens dans
deux directions : aborder des phénomènes de physique non encore explorés et
produire des ensembles de données de qualité pour la préparation de missions
d'observations. La qualité requise dépend de l'utilisation astrophysique et des
groupes de travail interdisciplinaire ont/vont permis/permettre en
spectroscopie et en collision de mettre au point une planification
pluriannuelle des travaux théoriques et expérimentaux à réaliser (rapports
BASEMOLE, Astrospec). L'interaction Physiciens/Astrophysiciens est essentielle
afin de tester la sensibilité des modèles astrophysiques aux précisions des
données de physique moléculaire, ce qui permet de guider efficacement les
efforts de recherche théorique et expérimentale en physique
moléculaire/atomique.
L'analyse des spectres et surtout la
modélisation des milieux astrophysiques nécessitent souvent des ensembles
complets de données de physique moléculaire ou atomique; ces ensembles sont
souvent difficiles à obtenir avec des méthodes précises, et s'impose alors la
génération d'ensemble de données de physique moins précises mais complètes.
Ceci est un point crucial souvent soulevé par les astrophysiciens, et le rôle
des bases de données devrait comprendre la mise à disposition de données
originales, de données de qualité obtenues avec les meileures méthodes de
physique et de chimie, mais aussi de données moins performantes, mais
indispensables et dont l'ordre de
grandeur a un sens.
Organisation des mises à disposition des
données
La constitution de bases de données en
physique moléculaire/atomique doit correspondre à une niche de compétences non
encore exploitée au niveau international, en relation étroite avec un réseau de
spécialistes producteurs de données et maintenue par des spécialistes du
domaine.
·
C'est le cas de la base sur les excitations
rotationnelles/ro-vibrationnelles de molécules BASECOL.
·
C'est également le cas d'un projet commun à l'IAS et au CESR : L'IAS et le
CESR montent en collaboration un projet expérimental avec l'objectif de
constituer une base de donnée sur les propriétés de la matière solide
(poussières et glaces) dans l'infrarouge lointain jusqu'au millimétrique. Ces
mesures exploreront les effets de composition mais aussi de température et de
structure sur les propriétés d'émission.
Ces données seront associées à un modèle d'émission des poussières
interstellaires qui permettra de calculer des spectres d'objets astrophysiques:
milieu interstellaire diffus, nuages moléculaires, condensations proto-stellaires et disques proto-planétaires. Cet outil servira
à l'interprétation des observations photométriques et spectroscopiques des
poussières avec ALMA, Herschel et
Planck.
·
Pour la spectroscopie mm, sub mm, un certain nombre de bases existent (JPL,
CDMS à Cologne). Pour les raisons citées ci-dessus, les données disponibles ne
sont pas actuellement suffisantes, et il serait souhaitable d'aider les
responsables de la base CDMS à compléter les données, en fournissant une liste
de priorités (travail Astrospec) et éventuellement en organisant un réseau de
producteurs afin de combler les manques.
Cette dernière partie nécessite une organisation forte de producteurs de
données.
L'organisation idéale est un ensemble de
sous-réseaux de spécialistes qui oeuvrent à produire les données, avec des centres thématiques qui collectent les
productions et développent des outils de « data mining » afin d'aller
chercher les autres données dans les grandes bases. Chaque centre correspond à une
ou plusieurs thématiques de physique atomique et moléculaire. Il ne s'agit pas
de constituer de nouvelles bases statiques à partir des grandes bases, mais
d'offrir un service interactif. Chaque centre doit correspondre à des
expertises locales sur les données. La notion de réseau de centres permet de
développer en commun des outils de « data mining » et une philosophie commune de visualisation des
données. Un outil de ce type existe déjà pour certaines données de physique
atomique (logiciel GENIE). Il faut donc développer les deux aspects distincts :
1) collecte des données (travail essentiellement scientifique) 2) développement
d'interfaces d'accès et résolution du
problème de l'interopérabilité des applications.
6.3.Observatoires
Virtuels
Le problème de l'interopérabilité entre
applications astrophysiques est en cours de résolution dans le cadre des
Observatoires Virtuels et des travaux ont commencé en France afin d'inclure les
données de Physique atomique et moléculaire dans les Observatoires Virtuels.
Présentation de l'Observatoire Virtuel
Avec
l’utilisation des cibles électroniques utilisées pour l’observation de
l’Univers sur les télescopes astronomiques au sol ou embarqués et le
développement d’internet, l’échange de données au sein de la communauté
astronomique a connu un essor considérable. En particulier, les observations de
provenances diverses peuvent être confrontées afin de réaliser des études
multi-fréquence des phénomènes. Néanmoins, la collecte de ces données,
archivées dans des bases dispersées prend un temps considérable aux chercheurs.
La communauté
internationale a décidé de se doter d’un outil performant qui permette très
aisément de rassembler les données pertinentes : il s’agit du concept d’Observatoire
Virtuel.
Pour permettre la liaison rapide entre les données, on a défini une
norme commune de description des tables de données, appelée VOTable, utilisant
le langage XML. Cette norme prévoit une procédure simple pour organiser et
décrire les informations résultant d’une requête à une base ou à un système
d’archivage. Pour que le concept
d’observatoire virtuel devienne réalité, il faut réaliser l’inventaire des
données existantes à l’échelle internationale, déployer un ensemble cohérent
d’archives, de relevés, de services et de dictionnaires de référence. Il faut
aussi mettre en place des modes d’accès normalisés aux données et développer
des outils de traitement et d’analyse. Grâce à ces développements, il deviendra
possible de réaliser, au sein de listes comprenant des milliards d’observations,
l’identification croisée des sources observées à plusieurs longueurs d’onde.
L’enjeu en est la découverte, au sein de ces très vastes ensembles de données,
de groupes particuliers partageant les mêmes caractéristiques. Avec, à la clé,
l’éventuelle mise en évidence de quelques échantillons d’objets rares, voire
inattendus.
Un autre
challenge sera de permettre la confrontation des résultats de simulations
numériques ou de modélisations avec les observations et d'introduire des
données d’observation dans les calculs numériques.
La
condition essentielle est d’assurer l’interopérabilité des bases de données et
applications, ce qui va se faire grâce à l'adoption de standards VO de
communication et d'identification des données et ressources.
Contexte
international
La mise
au point des divers standards OV est prise en charge par des groupes de travail
de l’ »International Virtual Observatory Alliance » (IVOA), qui
réunit l'ensemble des projets nationaux. Deux réunions annuelles et des forums
électroniques très actifs assurent l’échange d’informations et d’idées. L’IVOA
contrôle la définition des standards dont l’adoption finale sera assurée par
l’Union Astronomique Internationale (UAI) qui fait autorité dans le monde de
l’Astronomie.
Contexte national
Pour organiser la
participation française à l’Observatoire Virtuel, le CNRS (INSU) a mis en place
une Action Spécifique « OV-France » avec pour objectifs la
coordination nationale, la diffusion des techniques et des méthodes
(organisation de tutoriales). Elle est également le point de contact pour les
projets européens, les STIC, et organise la collaboration avec le CNES. Elle
assure en outre l’évaluation des projets OV (compétence/utilité
scientifique/contexte). Elle s’appuie notamment sur les compétences reconnues
du Centre de Données de Strasbourg (CDS) qui joue déjà un rôle prépondérant
dans la diffusion des données et dans la définition des standards de l'IVOA.
Contexte
BDD de Physique Atomique et Moléculaire, Analyses de spectre en France
Des travaux
ont débuté, en collaboration entre le CDS et l'Observatoire de Paris, afin de
définir des metadonnées pour la physique atomique et moléculaire (Unified
Content Descriptors) et la mise à disposition des données de physique atomique
et moléculaire dans le cadre des Observatoires Virtuels est actuellement à
l'étude. En particulier dans le cadre d'un PPF quadriennal, l'Observatoire de
Paris propose un portail Observatoire Virtuel sur les données de Physique
Atomique et Moléculaire. Il faut souligner que l'initiative de l'accès des
bases de Physique dans les Observatoires Virtuels est une spécificité
française, et que cette initiative est soutenue par OV-France.
Il y a
actuellement dans la communauté PCMI, une certaine motivation pour l'utilisation des standards OV dans les
projets d'analyse/simulation de spectres ou dans les mises à disposition de
modélisations numériques (nous abordons ici la thématique « modélisations
numériques » uniquement sur le plan de l'interfaçage dans le cadre OV). Néanmoins, malgré
l'enjeu essentiel que représentent les Observatoires Virtuels pour tous les projets scientifiques (BDD,
simulation, analyse de spectres) liées aux projets d'observations spatiaux ou
sol, aucune réalisation n'est prête à démarrer. Il s'agit d'un aspect
d'interfaçage important à soutenir dans l'avenir, car il est certain que toutes
les réalisations se faisant hors du contexte Observatoires Virtuels, n'auront
pas de retombées internationales.